A la uneLa chronique du fou

EXCLUSION DE LA PRESSE ECRITE DES CONTRATS COVID- 19  

C’est ça aussi, le Burkina !  

Dans les contrats Covid-19 passés entre le ministère de l’Education nationale, de l’Alphabétisation et de la promotion des langues nationales (MENAPLN), et certains médias burkinabè, qui ont fuité dans la presse (voir encadré, une cagnotte de plus de 900 millions de F CFA partagés à l’exception de la presse écrite), vous aurez remarqué, comme moi Le Fou, qu’aucun organe de presse écrite n’a été pris en compte. Interpellé sur la question par notre confrère L’Observateur Paalga dans le « Grand entretien » à lui accordé, le 23 septembre dernier, le premier responsable du département, Stanislas Ouaro, ne dément pas formellement cette forme de ségrégation.  Pourquoi les organes de presse écrite ont-ils été mis sur la touche ?  A en croire Pr Stanislas Ouaro et pour autant qu’il n’ait pas cherché à se défausser, il n’était pas personnellement favorable à cette discrimination. Bien au contraire, il soutient s’être fait l’avocat de ces médias écartés dont il reconnaît d’ailleurs la précieuse et inestimable contribution dans la stratégie de lutte contre la pandémie. Mais, hélas, il aurait été apparemment mis en minorité, voire combattu dans son élan.  D’abord, dans son propre département, ensuite en Conseil des ministres comme il l’a lui-même révélé à notre confrère, lequel Conseil aurait trouvé que la prise en compte de la presse écrite, n’était pas pertinente.  Moi, Le Fou, je m’interroge alors. Quand cette même presse écrite était activement et constamment invitée à se joindre à la cause sanitaire nationale, au plus fort de la crise, à travers reportages, interviews, conférences de presse et autres, au point même d’être exposée à la maladie, ceux qui la sollicitaient à tour de bras, l’avaient-elle jugée non-pertinente ? Et quid des critères de cette fameuse pertinence ?  Car, me fondant sur l’évidence selon laquelle « les paroles s’envolent, mais l’écrit reste », je me demande si dans l’apprentissage de leçons en mathématiques, en chimie ou en sciences physiques, par exemple, le jeune apprenant n’est pas plus à l’aise en tenant entre les mains, un exercice écrit et  publié dans les colonnes d’un journal, qu’en tendant l’oreille sur des cours diffusés en audio ou à la télé dont certains aspects sonores peuvent lui échapper du fait du caractère spécifique de ces canaux de communication.

J’ai l’amer sentiment que tout n’a pas tourné rond dans cette affaire

 

En vérité, les médias se complètent, tous sont indispensables, chacun y allant de sa spécificité et disposant de son avantage comparatif.  Toutes choses qui me fondent à penser que ceux qui ont milité pour l’exclusion pure et simple de la presse écrite dans l’attribution de ces contrats, ont, au mieux, manqué d’humilité, ou, au pire, mis insidieusement en avant, leurs petits calculs personnels et égoïstes. Cette exclusion pourrait, en effet, avoir relevé d’une gymnastique dont les mobiles sont à rechercher dans ces petits jeux d’intérêts inavouables et inavoués.  Même en Fou déchaîné, je ne vise personne.  Que celui qui se sent morveux, se mouche.  Toujours est-il que je sais que dans ce Burkina d’aujourd’hui qui passe pour être une République des copains et des coquins, l’on ne s’interdit plus quasiment rien ! Et les mauvais exemples foisonnent.  Quand il s’agit de mobiliser les énergies, les moyens, bref l’effort national, personne n’est oublié en termes de part à apporter. Mais quand sonne l’heure de la reconnaissance, peu d’élus sont concernés et tout se passe généralement selon les affinités et autres pratiques scabreuses qui défient la morale, les règles de la transparence et de l’équité.  On est élu ou appelé parce qu’on est proche de telle ou telle personnalité qui pourrait elle-même en attendre quelque chose en retour, on décroche la timbale parce qu’on a ses réseaux, ses entrées dans tel ou tel milieu, etc. Et ainsi va la République du corona business ! C’est ça aussi, le Burkina !  En tous les cas, il n’est pas sûr que les objectifs de communication liés au Covid-19, visés par le MENAPLN, à travers l’attribution de ces contrats, aient été satisfaisants à ce jour ou aient atteint leur but.  Et si c’est le cas, on ne saurait s’en étonner dans la mesure où les contrats ont été négociés avec certains médias dont on peut se demander si c’est la notoriété qui a prévalu à leur choix ou si c’est autre chose. Pour ces structures peu ou prou connues (certaines mêmes étaient en phase d’essai ou même à l’état de projet), comment peuvent-elles agir en faveur de ceux à qui elles sont censées s’adresser ?  Certaines mêmes ont été créées dare-dare pour capter cette manne financière. Ailleurs, on appelle cela délits d’initiés. Je fais aussi le constat que dans ces gros deals de plusieurs centaines de millions de F CFA, les radios de provinces aussi ont été écartées.  Quelle témérité ! Dans cette République désormais unanimement considérée comme un tigre en papier, on n’a plus peur de rien. Y a-t-il lieu de penser que le Covid-19 ne concerne que la capitale ?  Je vous le demande, bonnes gens.  En tout cas, j’ai l’amer sentiment que tout n’a pas tourné rond dans cette affaire. Sans doute ai-je une fois encore perdu les boules et c’est pourquoi je fais un clin d’œil au contrôleur général d’Etat, Luc Marius Ibriga, pour qu’il tente de voir plus clair dans la gestion et la répartition de cette manne financière.   Une autre question : pourquoi le ministre n’a-t-il pas engagé une large concertation avec les représentants des organisations professionnelles des médias, pour savoir dans quelle mesure, chacun selon sa spécificité, pouvait jouer sa partition ? Mais j’ose espérer que tout n’est pas perdu dans la mesure où le Pr Ouaro a laissé entendre que son ministère travaille à rectifier le tir en s’employant à voir comment la presse écrite sera « associée à la reprise des activités de l’année scolaire en lien avec le Covid-19 ».  En tous les cas, j’espère que toutes les leçons seront tirées à l’avenir pour se prémunir contre des frustrations inutiles face à une situation aussi sérieuse que celle que nous vivons.

« Le Fou »

 

 

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