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EXPULSION DE L’EQUIPE PERMANENTE DE L’OMS DU BURUNDI POUR INGERENCE DANS LA GESTION DU COVID-19

Quand Nkurunziza veut cacher le soleil avec son doigt

En pleine pandémie du coronavirus qui continue de faire des ravages dans le monde entier, le représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Walter Kazadi Mulombo, a été déclaré persona non grata au Burundi. Avec trois autres fonctionnaires de son Bureau qui ont aussi essuyé le courroux des autorités de Bujumburu, ils ont jusqu’à ce jour, 15 mai 2020, pour quitter le territoire. Si l’on ne sait pas comment ces désormais indésirables représentants de l’OMS quitteront le pays dont les frontières sont fermées pour cause de Covid-19, on sait par contre ce qui leur est reproché pour leur valoir une telle expulsion: une « immixtion » dans la gestion de cette pandémie. La question que l’on peut se poser, est de savoir pourquoi en arriver à une telle fatwa, au moment où la riposte contre le virus mortel nécessite une mutualisation des efforts dans une synergie d’actions. En tout cas, cette réaction brutale des autorités burundaises à l’encontre de ces hauts fonctionnaires de l’OMS, a de quoi interroger.

Pendant que l’humanité entière s’en remet aux spécialistes, le Burundi, lui, procède à des expulsions

Que cache cette expulsion « très inamicale et peu diplomatique », pour reprendre les propos d’un diplomate, des représentants de l’OMS au pays de Pierre Nkurunziza ? Bien malin qui saurait répondre à cette question. En attendant, tout porte à croire que le pasteur-président veut cacher le soleil avec son doigt. Autrement, qu’est-ce que ces hauts cadres de l’Organisation mondiale de la santé ont bien pu faire de si condamnable, sans être dans leur rôle, pour être jetés sans ménagement dehors, au motif d’ingérence ? En tout cas, l’on constate que dans cette crise sanitaire mondiale aux conséquences déjà désastreuses, pendant que l’humanité entière s’en remet aux spécialistes, le Burundi, lui, procède à des expulsions. C’est à se demander si ce pays ne marche pas sur la tête. Quoi qu’il en soit, pour un pays habitué à ce genre de pratiques, cela n’est pas étonnant. Car, quand ce ne sont pas des diplomates étrangers qui sont sommés illico presto de débarrasser le plancher, ce sont des observateurs étrangers d’élections qui sont déclarés indésirables dans le pays. C’est dire combien les autorités burundaises, habituées à fabriquer leurs propres chiffres, peuvent être réfractaires à tout regard extérieur, quand cela ne fait pas leur affaire. C’est le propre de la dictature, et le président Nkurunziza ne déroge pas à cette règle. Surtout dans un contexte de relations difficiles, dans cette lutte contre le Covid-19, entre un Exécutif qui est pratiquement dans le déni de la maladie et l’OMS qui ne cesse de lancer des alertes sur l’urgence de la situation sanitaire. En effet, pendant que les autorités burundaises attribuent la faiblesse des cas avérés dans leur pays, à « une grâce divine », l’OMS recommande, dans les pays touchés par le Covid-19, la multiplication des centres de dépistage et des tests, au moins pour les cas-contacts. Des mesures qui ne sont pas suivies au Burundi où des médecins ont même récemment tiré la sonnette d’alarme face au refus de tester des malades présentant des symptômes du coronavirus et où des cas de malades cachés dans un hôtel, ont été signalés. En somme, « une politique délibérée » pour ne pas perturber le processus électoral en cours.

Le réveil risque d’être très douloureux

Dans ces conditions, quel crédit accorder aux chiffres officiels qui stagneraient depuis plusieurs jours, à seulement une vingtaine de cas confirmés dont un mort ? Ce d’autant que le pays s’est refusé à appliquer les mesures-barrières de distanciation sociale, en étant, par exemple, le seul pays africain à continuer son championnat national de football pendant que tous les autres sont à l’arrêt. Pendant ce temps, les lieux de culte et autres marchés ne désemplissent pas dans leur fonctionnement habituel et les meetings politiques en vue du triple scrutin (présidentiel, législatives et municipales) du 20 mai prochain, continuent de mobiliser des foules. Mais si le pasteur-président cherche à cacher la réalité de la maladie dans son pays, le réveil risque d’être très douloureux. Car, ce serait laisser le champ libre au virus à couronne, pour prendre de l’ampleur. Toute chose à éviter pour un pays démuni comme le Burundi. Car, quand on voit toute la difficulté des plus grandes puissances de ce monde à faire face au Covid-19, on n’ose pas imaginer la situation d’un pays africain, totalement démuni, si la situation sanitaire venait à être incontrôlable. En tout état de cause, si dans un régime totalitaire comme le Burundi, on peut allègrement tricher avec les chiffres d’une élection et se donner les moyens de les imposer comme vérité, il en va autrement dans le cas d’une urgence sanitaire où c’est la vie de populations entières qui est en jeu. Tôt ou tard, la réalité du terrain finira par s’imposer. Malheureusement, c’est le peuple démuni qui risque de payer le lourd tribut de l’irresponsabilité de dirigeants sans vision et mus par leurs intérêts égoïstes.

« Le Pays »

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