FORMATION DU GOUVERNEMENT CHRISTOPHE DABIRE

FORMATION DU GOUVERNEMENT CHRISTOPHE DABIRE

 On prend presque les mêmes et on recommence

Le premier gouvernement du tout nouveau Premier ministre Christophe Joseph Marie Dabiré a été rendu public sous le coup de 15h, ce jeudi 24 janvier 2019. Au regard du temps mis pour constituer cette nouvelle équipe, et surtout de la situation économique morose de notre pays, beaucoup de nos compatriotes s’attendaient, naïvement peut-être, à un gouvernement resserré, avec de nouvelles têtes couronnées dans plusieurs départements. Ceux qui y ont cru avaient leur raison, que la raison politique a malheureusement ignorée, puisqu’en termes de lifting et de resserrement, il n’en a rien été. Quasiment tous les ministres de plein exercice du gouvernement de Paul Kaba Thiéba ont été reconduits dans leurs fonctions, et le nombre de départements ministériels est resté exactement le même (28). Seuls les ministres dont le bilan et/ou le management ont été décriés sont passés à la trappe, notamment ceux qui occupaient les départements ultra sensibles par ces temps de morosité économique et sécuritaire, comme les Finances, la Défense et la Sécurité. Exit donc et sans surprise la Dame de fer, Rosine Coulibaly, jusqu’ici ministre de l’Economie, des finances et du développement (MINEFID), mais « bye-bye » aussi à Jean Claude Bouda qui a dû quitter le ministère de la défense les mains en l’air, malmené sur le plan des résultats et sur celui de la moralité par une opinion publique de plus en plus « terroriste », qui ne fait pas dans la dentelle quand les gouvernants sont suspectés d’être en déphasage avec les intérêts du peuple. Notre « Margaret Thatcher » nationale a largué les amarres (ou a été larguée, c’est selon) après avoir passé 3 ans sur une mer particulièrement agitée, avec des membres de son équipage ayant toujours eu en tête de renverser le verre pour ne même pas le voir à moitié vide. Elle est remplacée par Lassané Kaboré, ancien cadre du MINEFID officiant jusqu’à sa nomination, à la BCEAO. C’est un homme dont on salue déjà la rigueur et le pragmatisme, mais attendons de voir si ces atouts ou ces qualités suffiront à remettre au travail tous ces agents du ministère quasiment sur le pied de guerre depuis que son prédécesseur a touché là où ça faisait le plus mal, vous nous avez bien compris.

Il n’y aura rien de nouveau dans la gouvernance et dans la manière de conduire les affaires

Quant au maroquin de la Défense nationale et des Anciens combattants, il échoit au nouvel enfant terrible du Yatenga, Moumina Chérif Sy, qui s’est révélé aux Burkinabè pendant la transition et surtout à l’occasion « des événements du 16 septembre et jours suivants » avec son appel à la résistance au putsch du Général Diendéré en 2015, qui a fait date et surtout fait siffler les oreilles des éléments ‘’incontrôlés’’ du défunt Régiment de sécurité présidentielle. Beaucoup s’accordent à dire qu’il s’agit là d’un bon casting, puisqu’avec la détermination et la témérité qu’on lui connaît, ce fils d’un Général de corps d’armée aujourd’hui disparu, a le profil de l’emploi. Reste à savoir s’il aura les coudées franches et les moyens nécessaires pour casser les codes et chasser les terroristes de notre territoire. Autre victime de taille de ce remaniement, c’est le ministre de la sécurité Clément Sawadogo qui, comme son collègue de la défense, paye cash l’incapacité de l’Etat et de son département à faire face au péril sécuritaire qui est en passe d’ébranler les fondements mêmes de notre nation. Il va certainement être appelé à d’autres fonctions selon l’expression consacrée, mais en attendant, il remet un département à charge explosive à Ousséni Compaoré qui, espérons-le, pourra la désamorcer puisqu’il est gendarme de formation et de carrière, aujourd’hui à la retraite. Cette nomination est certes une sorte de rétropédalage de la part du président du Faso qui disait qu’il n’est pas militaro-compatible, mais il fallait ça pour ainsi dire, ne serait-ce que pour répondre au souhait d’une partie du peuple qui réclamait un homme de tenue à la tête de ce département.
Il y a également eu une demi-surprise à l’occasion de ce remaniement, et c’est « l’exfiltration in extremis par une porte dérobée » de Tonton Tranquilos, Simon Compaoré vous l’avez bien deviné, qui a abandonné son portefeuille sans…feuille de ministre d’Etat pour s’occuper probablement du parti au pouvoir dont il assure la présidence par intérim depuis la disparition de Salifou Diallo en août 2017. Quoi de plus normal pour ce cofondateur du parti qui voit son aura et peut-être aussi sa santé se déliter après plusieurs décennies passées dans l’arène. Alors que le compte à rebours pour les élections couplées de 2020 a commencé, Simon Compaoré a peut-être préféré se consacrer à son parti qui, si le contexte et la configuration du paysage politique actuel ne changent pas, devra batailler fort pour assurer sa victoire.
En dehors de ces caciques du régime dont les départs n’ont paradoxalement pas étonné grand monde, on peut aussi noter que Roch Marc Christian Kaboré a abandonné en rase campagne son ex-ministre de l’Agriculture et des Aménagements Hydro-agricoles, Jacob Ouédraogo, de même que celui de la Santé, Nicolas Méda. Ces derniers ont certainement fait les frais d’une redistribution des cartes, pour satisfaire les différents courants et les poids lourds qui composent la majorité.

Par  ailleurs l’équilibre régional a été, peut-on dire, globalement respecté. Quant à la dimension genre, on constate un léger progrès avec l’arrivée de deux dames qui reprennent à deux hommes leur tablier.
Au total, on peut dire qu’en dehors des ministres controversés et des quelques victimes collatérales, il n’y aura rien de nouveau dans la gouvernance et dans la manière de conduire les affaires, d’autant que le Premier ministre Christophe Dabiré a préféré prendre les mêmes pour continuer le chemin particulièrement long et miné. Souhaitons-lui bonne chance et espérons que du haut de ses 71 ans, il aura assez de sagesse, mais aussi et surtout de rigueur pour sauver le navire battant pavillon Burkina Faso des bourrasques sécuritaires et du « Niragongo » social dont les laves pourraient ébranler durablement les ressorts sur lesquels le pays s’est toujours appuyé pour rester debout, envers et contre tout.

Hamadou GADIAGA

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