GENERAL DJIBRILL BASSOLE : « Je ne peux même plus jouer aux boules dans la cour de la résidence »

GENERAL DJIBRILL BASSOLE  :   « Je ne peux même plus jouer aux boules dans la cour de la résidence »

 Nous écrivions dans nos colonnes, le lundi 23 juillet dernier que le Général Djibrill Bassolé, en résidence surveillée dans le cadre du putsch manqué, avait été interdit de jeu de pétanque. Ce qui avait dû susciter une certaine incompréhension au sein de l’opinion nationale.  Nous avons eu l’occasion de lui arracher cette interview pour avoir sa version des faits. Et l’occasion faisant le larron, nous lui avons posé un certain nombre de questions sur le procès en cours et le nouveau Code électoral soumis aujourd’hui au vote des députés.

 

« Le Pays » : Comment vous portez-vous en résidence surveillée depuis quelques mois ?

 

Djibrill Bassolé (D.B) : La résidence surveillée a totalement vidé de sa substance la décision du juge de m’accorder une liberté provisoire eu égard de l’état de mon dossier judiciaire. Malgré les exactions et les privations incompréhensibles qui dépassent de loin les exigences de la procédure judiciaire, je place ma confiance en Dieu. Les épreuves de la vie sont faites pour chacun de nous. Elles ne doivent pas ébranler notre foi et nos convictions.

Il ressort qu’on vous a interdit de jouer la pétanque. Vrai ou faux ?

 

C’est vrai, hélas ! C’est encore malheureusement la énième mesure arbitraire et totalement incompréhensible qui est prise à mon encontre. Je vous rappelle que je suis empêché d’accéder aux soins de santé appropriés malgré les avis des médecins et la décision de la Chambre de contrôle de l’instruction de m’accorder une liberté provisoire afin que je me soigne convenablement. Il m’est interdit d’avoir accès à internet, de pratiquer la simple marche à pieds à l’intérieur du périmètre de sécurité et aujourd’hui, je ne peux même plus jouer aux boules dans la cour de la résidence. Pratiquer le sport est un droit mais, moi je n’ai plus de droits. Mon existence est jalonnée depuis bientôt trois ans de ce genre de décisions arbitraires et dépourvues de bon sens.

 

Comment avez-vous accueilli la réaction du parquet militaire par rapport à cette information relayée par la presse ?

 

Je n’ai reçu aucune explication relativement à cette interdiction de pratiquer le sport de mon choix dans l’enceinte de ma résidence surveillée. Je ne crois pas que le parquet militaire soit mêlé à cette affaire. En tous les cas, j’ai informé mes avocats qui me conseilleront la meilleure démarche à adopter pour préserver mes droits les plus élémentaires, surtout ceux relatifs à ma santé physique.

 

Par rapport au procès du putsch manqué, à la barre, certains prévenus semblent vous enfoncer davantage. Comment réagissez-vous à cela ?

 

J’aurais bien aimé vous donner quelques explications mais par respect pour le Tribunal qui recevra bientôt ma déposition à ce sujet, je ne saurais le faire avant d’être entendu à la barre. Toutefois, je réitère mon innocence comme mes avocats et moi-même l’avions toujours clamé depuis le début de la procédure hyper médiatisée à dessein. Nous aurons bien entendu l’occasion de démontrer et de prouver devant le tribunal et le peuple burkinabè notre innocence et les évidentes manipulations de ce dossier d’une manière générale.

 

Ne craignez-vous pas une condamnation tant bien même vous dites être serein ?

 

Le plus important dans ces cas-là, c’est de pouvoir s’expliquer publiquement. Le Tribunal, l’opinion nationale et internationale apprécieront.

Il ressort que vous aviez une cinquième colonne au sein de l’ex RSP ; en témoignent les déclarations de Koussoubé Roger dit le Touareg. Qu’en est-il exactement ?

 

Celui qui a fait ces déclarations vous expliquera certainement mieux que moi. Je peux simplement dire que les différentes fonctions que j’ai eu à occuper dans le domaine de la sécurité et même des Affaires étrangères, m’ont amené à collaborer avec le RSP dont je salue au passage les compétences techniques et professionnelles. Ceci dit, la cinquième colonne dont vous parlez, m’est totalement inconnue.Vous savez, ce n’est pas la première accusation dont je suis victime. Il vous souviendra que le gouvernement de Transition m’a accusé officiellement et publiquement d’organiser des attaques terroristes, de mobiliser des forces étrangères pour attaquer le Burkina Faso, etc. Il ne me reste plus qu’à vous demander de bien suivre l’évolution du procès. Toutes ces allégations sans fondements réels, seront publiquement débattues et vous vous ferez votre propre opinion. Ce qui est reproché au RSP à travers le procès dit du putsch manqué, ne serait pas arrivé si les acteurs politiques, au lendemain de l’insurrection et du départ précipité du Président Compaoré, avaient désigné des personnalités civiles pour diriger les organes de la Transition. Je crois sincèrement que le RSP ne se serait pas permis d’enlever le Premier ministre et d’interrompre un Conseil des ministres. L’erreur politique dont nous sommes tous responsables, qu’il s’agisse de la classe politique, des chefs militaires et de la société civile, c’est justement d’avoir accepté qu’un élément du RSP dirige l’exécutif de la Transition. Tous les problèmes sont venus de là. Le RSP est un corps de notre Armée qui a rendu d’énormes services à la Nation mais aussi qui a été au cœur de bien de malaises politiques depuis la Révolution, en passant par les affaires David Ouédraogo, les mutineries de 2011, jusqu’à la gestion de la Transition. Le coup de force du 16 septembre 2015 n’a été la conséquence prévisible de la décision de confier les rênes du pouvoir à un élément de ce RSP déjà en proie à des difficultés de tous ordres. Vous remarquerez que l’interruption du Conseil des ministres du 16 septembre était, en réalité, le quatrième incident grave que nous enregistrions en moins d’une année.Le procès sera pour moi également l’occasion d’expliquer les choses telles que je les ai vécues. Il importe à présent de bien   comprendre et de sauver ce qui reste de la cohésion et du caractère opérationnelle de notre Armée.

Lors de son passage en France, le président de l’Assemblée nationale de la Côte d’Ivoire, Guillaume Soro, à la réponse d’Alain Foka sur sa supposée implication dans le putsch manqué, n’a pas souhaité polémiquer arguant la résolution diplomatique du dossier entre les deux chefs d’État. Et le ministre  des Affaires étrangères du Burkina, Alpha Barry, en réagissant, sur une chaîne au niveau nationale, à ces propos a laissé entendre que : « ce sont les conséquences du mandat d’arrêt qui ont subi une résolution diplomatique et non le mandat lui-même ». Quelle lecture faites-vous de cette affirmation ?

 

Je ne peux rien vous dire à ce sujet pour la bonne raison que je n’ai été associé à aucune approche diplomatique. En ce qui me concerne, je m’attacherai avec l’assistance de mes avocats à décliner toute responsabilité pénale dans ce dossier judiciaire en dépit de tout le tapage politico-médiatique qui a été délibérément orchestré en particulier contre Guillaume Soro et moi-même. Mon vœu le plus ardent est que ce douloureux épisode n’entache pas durablement les excellentes relations qui unissent la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso et qui méritent d’être consolidées pour le plus grand bien de nos populations.

 

Comment avez-vous perçu la décision de la Cour de cassation du Burkina Faso qui vient de rejeter la requête aux fins de récusation du magistrat Seydou Ouédraogo et de son conseiller ?

 

Je comprends bien et je partage la préoccupation de nos avocats signataires de ces différentes requêtes. Elles ont pour objectif ultime, de nous garantir un procès équitable à travers une véritable indépendance du système judiciaire et des magistrats. C’est précisément en vertu de ces valeurs républicaines qu’il faut apprécier les décisions de justice. En tout état de cause et ayant préalablement exprimé à travers mes avocats nos inquiétudes motivées, nous nous attachons à présent à débattre publiquement ce qui nous est reproché. Les différentes instances judiciaires nationales et supranationales jugeront et l’opinion publique appréciera.

 

L’actualité politique est animée par le vote de la diaspora, surtout la modification du Code électoral avec l’exclusion de ceux possédant la carte consulaire, vous qui avez été ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, quelle est votre appréciation sur la question ?

 

Je me garderai bien pour l’instant de faire un long développement mais la question du vote des Burkinabè de l’étranger et des élections inclusives et crédibles sont des sujets de préoccupation. Il faut se convaincre de l’impérative nécessité d’impliquer les Burkinabè de la diaspora à la dynamique de la construction d’une nation forte et prospère qui rayonne au-delà de nos frontières. Dans mes fonctions antérieures comme vous l’avez indiqué, je me suis occupé de l’opérationnalisation du vote des Burkinabè de l’étranger en collaboration avec la CENI. Des mesures d’ordres administratif et technique  avaient été prises et plus rien en son temps, ne faisait obstacle au vote de nos compatriotes résidant à l’étranger en 2015.

À mon humble avis, il y a des questions d’intérêt national qu’il faut savoir placer au-dessus des calculs politiciens et des intérêts partisans. Le vote des Burkinabè de l’extérieur avec leur carte consulaire, en font partie. L’opération que nous avons entreprise en 2012 aurait permis de recenser correctement nos compatriotes vivant à l’étranger, de créer des bases de données fiables et modernes particulièrement utiles pour la gestion administrative et diplomatique de notre diaspora. C’est à travers une gestion consulaire de qualité que nous aurons une diaspora forte et respectée.

Je vous expliquerai à une prochaine occasion la stratégie qui était la nôtre de faire du vote de nos compatriotes de l’étranger et de la délivrance d’une carte consulaire sécurisée un puissant levier de la vitalité de notre diaspora. L’opération, par exemple, de délivrance de cartes consulaires en Côte d’Ivoire n’a pas couté un centime à l’État burkinabè. Au contraire, elle aura permis de démarrer la construction de la Maison du Burkina à Abidjan et de reverser de l’argent au Trésor public burkinabè. En tout cas, exclure la carte consulaire vote des Burkinabè de l’extérieur, me semble une erreur stratégique.

Propos recueillis par Drissa TRAORE

 

 

 

 

           

 

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2 Commentaires

  1. Mamadou

    depuis quant la diaspora burkinabé est là ? pourquoi ils ne votaient pas ? un diaspora burkinabé incapable d’avoir sacnib ne mmérite pas de décide sur le sort du pays parce que il ne connaît le pays. merc
    i

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