GESTION DU CONTENTIEUX ELECTORAL AU KENYA : La Cour suprême pourra-t-elle sauver le pays ?  

GESTION DU CONTENTIEUX ELECTORAL AU KENYA : La Cour suprême pourra-t-elle sauver le pays ?   

 

Au Kenya, les regards sont à nouveau tournés vers la Cour suprême qui doit se prononcer, une fois de plus, sur les recours déposés in extremis à la date butoir du 6 novembre dernier, par des activistes de la société civile et un ancien parlementaire contre la réélection de Uhuru Kenyatta qui a remporté un large succès (98% des voix) sur une faible participation (38,8%), lors de la reprise du scrutin présidentiel, le 26 octobre dernier. Après l’invalidation du premier tour qui avait déjà connu la victoire du président sortant, Uhuru Kenyatta, la bande à David Maraga va-t-elle encore créer la surprise en invalidant une seconde fois l’élection du locataire du State House qui a cette fois-ci fait cavalier seul, après le boycott aux allures de jet d’éponge de son rival, Raïla Odinga ? Rien n’est moins sûr. Ce d’autant plus que contrairement au premier tour, l’opposant historique n’a pas donné signe de vie au niveau de l’instance suprême pour un quelconque recours officiel contre la réélection de son challenger, qu’il avait pourtant verbalement contestée. Au demeurant, était-il seulement fondé à le faire quand on sait qu’il s’est retiré du second round pour n’avoir pas obtenu les réformes qu’il réclamait ? Et si cette posture visait ni plus ni moins qu’à ne pas porter une quelconque onction à la victoire de son adversaire ? Quoi qu’il en soit, l’on se demande aujourd’hui si le relais pris devant la Cour suprême par l’ancien député John Harun Mwau et les activistes Njonjo Mue et Khelef Khalifa, permettra de débouter une nouvelle fois Uhuru Kenyatta d’une victoire qu’il n’a jamais cessé de revendiquer. L’on peut en douter. Au contraire, l’on est même porté à croire que ces recours ne changeront rien à la donne. Car, Uhuru Kenyatta qui est dans une logique de victoire et qui a encore une haute mainmise sur les institutions de l’Etat, ne manquera certainement pas d’user de tous les moyens possibles pour que ce scrutin ne soit pas invalidé. A cet effet, l’on a encore en mémoire la volée de bois vert et les pressions dont la Cour suprême a fait l’objet de la part du président, après l’invalidation de sa victoire au premier tour.

Uhuru Kenyatta devrait avoir le triomphe modeste

Dans ces conditions, l’on voit mal comment ces réclamations qui viennent, pourrait-on dire de seconds couteaux, pourraient remettre en cause les résultats du scrutin. Car, en l’absence de recours d’un poids lourd comme Raïla Odinga, les grands juges, certainement instruits et échaudés par les conséquences de leur bravade du premier tour,  pourraient cette fois-ci choisir de ne pas se casser les méninges et de rendre un verdict qui leur permettrait de s’en laver les mains. Mais, une telle posture ne serait pas dénuée de dangers, car elle pourrait les mettre dans le collimateur de l’opposition. Tout comme une nouvelle invalidation du scrutin pourrait provoquer l’ire de Uhuru Kenyatta et ses partisans. C’est pourquoi l’on ne peut s’empêcher de se demander si la Cour suprême, qui semble prise entre le marteau de l’opposition et l’enclume du pouvoir,  pourra sauver le Kenya en prenant une décision qui évitera de mettre le feu aux poudres. C’est tout le mal qu’on lui souhaite, à l’issue des 14 jours qu’elle a pour statuer. En attendant, il y a lieu de croire que le Kenya n’est pas encore sorti de l’auberge. Cela dit, si sa réélection venait à être confirmée, Uhuru Kenyatta devrait avoir le triomphe modeste. Car, une telle victoire acquise dans les conditions que l’on sait, restera pour longtemps l’une des taches noires de son règne et portera à jamais l’ombre du discrédit en ce qu’une partie du pays n’a même pas pu voter.

Outélé KEITA

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