IDRISSA BIRBA, JOURNALISTE, PRESIDENT DE L’ORGANISATION NOUVEAUX DROITS DE L’HOMME-BURKINA (NDH-BURKINA) : « Le journaliste est avant tout un défenseur des droits humains »

IDRISSA BIRBA, JOURNALISTE, PRESIDENT DE L’ORGANISATION NOUVEAUX DROITS DE L’HOMME-BURKINA (NDH-BURKINA)   :  «  Le journaliste est  avant tout un défenseur des droits humains »

 

Journaliste depuis plus de 15 ans, Idrissa Birba a une grande expérience du milieu   sociopolitique et médiatique de notre pays. Dans l’entretien qu’il a accepté nous accorder, il  revient, entre autres, sur  l’essence de la création de NDH-Burkina, les projets que l’organisation compte mettre en œuvre dans les mois à venir et bien d’autres sujets non moins importants.

 

« Le Pays » : Comment est venue l’idée de la création de NDH-Burkina ?

 

Idrissa Birba : L’idée date de 2013. En novembre 2013, la SEP (Société des éditeurs de la presse privée du Burkina) dirigée à l’époque par Cherif Sy, a lancé un appel à candidature pour sélectionner des journalistes en vue de participer à une formation sur les Droits humains et la torture en Suisse, plus précisément à Genève.  Nous étions plusieurs dizaines de journalistes à déposer nos candidatures directement à la structure qui voulait en réalité former les journalistes burkinabè. C’était une ONG suisse qui soutenait les médias à travers le monde, dans le domaine des droits humains. L’ONG se nomme Gmédia Suisse. Nous avons donc envoyé nos candidatures et j’ai été retenu avec d’autres confrères burkinabè pour participer à cette formation à Genève.     Nous étions près d’une dizaine de journalistes burkinabè à faire le voyage de Genève pour la formation. On a d’ailleurs pris ensemble le même vol. Il faut avouer que le voyage et la formation étaient très enrichissants. Pour la formation, il y a eu vraiment des thèmes très variés avec des cas pratiques. Des responsables d’organisations mondialement reconnues comme Reporters sans frontières, l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), l’Action chrétienne pour l’abolition de la torture (ACAT-France) sont venues nous présenter des communications liées aux questions des droits humains et la torture. Et ce qu’il faut préciser, c’est que c’est à Genève que nous avons appris que le Burkina Faso devait venir devant une Commission pour présenter la situation des Droits humains dans le cadre de ce qu’on appelle « Examen périodique universel (EPU) ». C’est un examen organisé par la commission des Nations unies pour les droits de l’Homme pour évaluer l’évolution des droits humains dans chaque pays. Je crois que récemment, le ministre actuel de la Justice René Bagoro, y était pour présenter la situation des droits humains au Burkina.  Nous avons assisté à la présentation du rapport du Burkina par le ministre burkinabè des Droits humains et de la promotion civique qui était à l’époque Mme Julie Prudence Nignan/ Somda. C’est donc à l’issue du séjour très riche sanctionné par un Certificat en Droits humains, que l’idée a commencé à germer et c’est finalement en fin 2016 que nous avons décidé de mettre  en place l’organisation. Nous avons suivi tout le processus pour avoir la reconnaissance officielle et ce n’est que le 5 juin 2017 dernier que nous avons eu notre récépissé de reconnaissance officielle signé par le ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation (MATD).

 

Pourquoi décider de  la création d’une organisation de défense et de  promotion des Droits humains alors qu’il en existent déjà plusieurs avec les mêmes objectifs?

 

On dit souvent que trop de viande ne gâte pas la sauce (rires) !  Et si chaque Burkinabè avait une association de défense des droits humains, j’allais même applaudir, parce que cela signifie que la question des droits humains est un acquis. Je profite d’ailleurs saluer au passage certaines organisations pionnières sur le terrain depuis des dizaines d’années comme le MBDHP (Ndlr ; Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples) et bien d’autres qui font un travail formidable dans des contextes difficiles marqués souvent par des menaces et des intimidations. Je crois que la défense des droits humains est basée aussi et surtout sur la dénonciation ; elle n’est évidemment pas faite pour plaire à un gouvernement, à X ou à Y. Elle est difficile voire risquée. Il y a plusieurs défenseurs des droits humains qui sont assassinés chaque année à travers le monde. C’est comme le journalisme en réalité. En matière de Droits humains, pour nous qui sommes dans le domaine, en général, il faut dénoncer et quand on dénonce, forcément, ça ne va pas plaire à quelqu’un à quelque part. Le journaliste est avant tout un défenseur des droits humains ; il est donc incontournable dans la défense et la promotion des droits humains. Dans notre bureau 4 des 6 membres sont des journalistes. Mais ce n'est pas un réseau de journalistes ; c’est ouvert à tout le monde. Au Burkina Faso, nous sommes dans une jeune démocratie et l’analphabétisme faisant, si je peux m’exprimer ainsi, la question des Droits humains se pose avec acuité au quotidien et je pense qu’une jeune organisation comme la nôtre,  pour contribuer à la sensibilisation, à l’information  et à la formation et même à la dénonciation, n’est certainement pas de trop dans le milieu des organisations et associations des droits humains. C’est un peu l’essence de la création de NDH-Burkina.

Pourquoi les termes « Nouveaux droits de l’Homme » ?

 

 Le  constat  est qu’il est temps  d’étendre les droits humains, pour intégrer d’autres aspects dans les textes des pays, afin de prendre en compte les évolutions de la société depuis la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 et  la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 (les textes de référence)  jusqu’à ce 21e siècle. Qui parle de nouveaux droits de l’Homme parle, entre autres, du droit à la solidarité, du droit à la paix, du droit à un environnement sain, du droit au respect physique, psychique et physiologique, du droit au logement décent, du droit d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, etc. Au Burkina Faso, je me réjouis que la nouvelle Constitution proposée ait intégré certains nouveaux droits comme le droit d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, le droit à l’énergie, à l’accessibilité numérique… Le CNT (Ndlr, Conseil national de la Transition) sous la Transition avait compris aussi l’importance d’intégrer de nouveaux droits dans la Constitution et c’est ce qu’il a fait.  Vous remarquerez donc que ce sont de nouveaux droits ; on en  parlait mais ce n’était pas dans les textes comme la Constitution. C’est un peu le sens de « Nouveaux droits de l’Homme ». Le monde évolue et il faut que nécessairement certains droits naissent avec cette évolution.

 

Quelles sont les activités que vous avez déjà menées et lesquelles sont en perspectives ?

 

Comme je l’ai dit, nous sommes jeunes, je dirais même très jeunes. Mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années, comme le disait Pierre Corneille. Nous avons un bureau qui est très réduit mais une équipe très dynamique engagée pour la cause des droits humains. Et cela est déjà très important. Nous avons déjà participé avec d’autres organisations de défense des droits humains et des organisations professionnelles des médias à plusieurs activités et à la publication dans les médias de plusieurs déclarations dans l’affaire Lookman Sawadogo contre les magistrats, publié plusieurs articles sur notre page Facebook sur les Koglwéogo. Actuellement nous sommes à la phase de recherche de partenaires techniques et financiers, de personnes- ressources.   Nous avons également soumis trois projets pour financement à trois partenaires étrangers l’Allemagne (ASW), les USA et à la France, et nous espérons une réponse positive. Nous avons aussi  élaboré un programme d’activités 2017-2018 que nous allons dérouler en fonction des financements que nous aurons. NDH-Burkina compte également prendre attache avec les organisations sœurs des autres pays telles que NDH-Togo, NDH-Cameroun pour des échanges d’expériences. Nous espérons, avec  le soutien des partenaires, nous distinguer sur le terrain par le travail que nous allons mener pour la défense des droits humains au Burkina et ailleurs aussi. Je tiens à remercier l’organisation ASW de l’Allemagne qui compte nous appuyer pour un projet à venir. Mais pour le moment, nous luttons pour avoir un siège digne de ce nom pour pouvoir dérouler nos activités et nous espérons que des partenaires de la cause des droits humains vont nous aider incessamment à avoir ce siège.

Quelle appréciation faites-vous de la situation des droits de l’Homme dans notre pays ?

 Je dirais qu’en matière de droits humains, le Burkina peut mieux faire. Et ce n’est pas le ministre Bagoro qui dira le contraire. Nous sommes dans une jeune démocratie avec l’analphabétisme comme frein à certaines évolutions qui touchent ou qui concernent les droits humains. Bon ! On peut aussi relativiser parce qu’il y a par exemple un intellectuel digne de ce nom qui m’a toujours dit qu’un enfant et une femme n’ont pas de droits dans sa cour.  Vous comprenez que ce n’est pas seulement la faute à l’analphabétisme. C’est un travail quotidien et de longue haleine surtout, je le répète, pour notre jeune démocratie. Le Burkina Faso, depuis 1998 avec l’assassinat de Norbert Zongo et de ses compagnons, suivi des mutineries de 2011 et l’insurrection de 2014, vous remarquerez que le peuple burkinabè a pu « arracher » certaines libertés et des droits. Mais je le dis toujours, trop de liberté tue la liberté. Quand on est libre, quand on a des droits, il faut savoir que vous avez aussi des devoirs et c’est très important. Pour me résumer, je dirais que le Burkina peut mieux faire en matière de défense et de promotion des droits humains. Quand vous prenez le cas des Koglwéogo, il y a eu manifestement  des cas flagrants de violation des droits humains et cela continue. J’espérais que ce chapitre était clos et que ces deriers avaient compris que nous sommes dans un Etat de droit. Malheusement, même à Ouagadougou, ces derniers continuent de bafouer les droits humains ; pourtant le ministre de la Sécurité avait dit haut et fort qu’on n’a pas besoin de Koglwéogo à Ouagadougou. Qui peut me dire quel est le statut d’un Koglwéogo dans l’organisation sécuritaire de notre pays ? C’est le combat du respect des droits humains que nous voulons mener à NDH-Burkina. Je crois qu’on doit le mener ensemble.

 

En tant que défenseur des droits humains, comment vivez-vous la situation de ce qui se passe en Libye avec nos frères ?

 

C’est simplement triste, désolant et révoltant de voir des frères Africains souffrir ainsi en terre africaine. Des pratiques qu’on croyait révolues à jamais sont de retour et encore en Afrique et ce sont des Africains qui sont à l’origine. Mais je crois que nos dirigeants doivent se « réveiller » parce que certains dorment au sens propre comme au sens figuré. Ils sont les premiers responsables de ce qui se passe en Libye. Je n’en dirai pas plus. Mais dans le même temps, il faudrait que les jeunes comprennent qu’il n’y a plus d’eldorado dans le monde. J’ai eu la chance de voyager dans des pays européens comme la France, la Belgique, la Suisse, mais j’avoue que même pour les Européens, ce n’est pas facile. Dans ces pays, j’ai plusieurs fois donné des pièces d’euros à des mendiants, sans compter les nombreux « je demande une clope », (la cigarette) que j’ai dû  gérer lorsque je fumais. Bref, c’est pour dire comme l’artiste A’Salfo que plusieurs Européens sont « moisis » dans leur propre pays. A Genève une fois, j’ai fait la connaissance d’une Ivoirienne qui servait dans un bistrot ; elle m’a confié qu’elle ne veut plus rentrer dans son pays parce qu’elle ne peut plus y retourner et qu’elle n’a plus les nouvelles de ses parents, il y a plus de 5 ans. Vous pensez que c’est une vie ça ? A Bruxelles en octobre dernier, j’ai rencontré des Congolais qui sont venus à mon hôtel. C’était la même chose. Les jeunes doivent changer de mentalité et se dire que le vrai bonheur se trouve dans leur pays. Bien évidemment, il faudrait que les Etats africains, les gouvernements travaillent  pour retenir aussi les jeunes dans leur pays ; il ne sert à rien de verser des larmes de crocodile ou de rappeler des ambassadeurs pour consultation. Généralement, c’est du médecin après la mort. Ce sont des choses qu’on peut éviter.

 

Avez-vous quelque chose à ajouter pour conclure notre entretien ?

 

Ce que je peux ajouter, c’est que l’organisation NDH-Burkina est ouverte aux bonnes volontés qui veulent s’engager ou qui sont engagées dans la promotion et la défense des droits humains au Burkina Faso. Je souhaite que les gouvernants fassent encore des efforts en matière de droits humains au Burkina. A Genève en 2013, lorsque nous y étions, la question de la surpopulation de nos centres de détention est ressortie et les experts de l’ONU se sont vraiment inquiétés de cette situation au Burkina. De  2013 à aujourd’hui, y a-t-il eu une évolution positive dans les prisons au Burkina ? Je ne saurais y répondre, mais nous avons un projet dans ce sens pour faire le point et avoir des données chiffrées et singulièrement sur les femmes et les mineurs détenus.  Il y  a aussi la question des peines alternatives à la prison qui a été  proposée à Genève par les experts de l’ONU. Où en est-on ? J’invite donc tous les défenseurs des droits humains à plus de courage et d’abnégation, parce que je sais que ce n’est pas facile dans le contexte du Burkina que vous connaissez. Je souhaite que tous les défenseurs des droits humains mettent aussi et surtout l’accent sur les femmes et les enfants qui voient très souvent leurs droits violés simplement parce que ce sont des femmes ou des enfants. Je termine en remerciant le journal « Le Pays », un journal de référence que j’apprécie,  qui a accepté cet entretien, et partant tous les journalistes de votre Rédaction. Je suis journaliste, responsable d’une rédaction et je sais que ce n’est pas facile. Rendez-vous est donc pris sur le terrain de la défense des droits humains. Il n’y a pas plus grand défenseur des droits humains que le journaliste, les médias, et  j’insiste. C’est ma conviction. Et je demande à votre Rédaction de nous soutenir, de venir adhérer à notre organisation. Ensemble nous pouvons réussir ce combat très noble à savoir, la promotion et la défense des droits humains au Burkina et partant des valeurs démocratiques. Encore merci à toute la Rédaction de votre journal. La lutte continue comme on le disait sur le campus de Zogona.

Jonas B. SALOU (Correspondant)

 

 

 

 

                                      

 

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Google+