INSECURITE AU MALI

INSECURITE AU MALI

 Les assassins de Ghislaine et Claude en cavale, 5 ans après

C’est un déluge de feu qui s’est abattu sur le camp de la Minusma à Ber, bourgade située à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Tombouctou, au petit matin du samedi dernier. Cette attaque qualifiée de complexe n’a pas encore été revendiquée, mais elle porterait la marque des groupes terroristes qui foisonnent dans cette partie du Mali. Deux soldats burkinabè y ont perdu la vie et cinq autres blessés, mais le contingent onusien venu du pays des Hommes intègres a vaillamment défendu le camp, en repoussant les assaillants qui seraient arrivés dans des picks-up surmontés de mitrailleuses lourdes. Dans la même journée du samedi, et à plus de 300 kilomètres de là, plusieurs soldats togolais ont été blessés lorsque leur véhicule a sauté sur un engin explosif improvisé dans la périphérie de Kona, au centre du Mali. La veille, deux militaires maliens ont péri entre Aldouma et Diougani, tout près de la frontière du Burkina Faso, suite à une attaque dont les auteurs ne sont pas encore formellement identifiés. Cette fin du mois d’octobre a donc été une véritable bérézina pour les Casques bleus déployés au Mali, et la comptabilité macabre va malheureusement continuer pour cette mission onusienne qui est la plus meurtrière au monde, et le restera aussi longtemps qu’elle n’aura pas de mandat suffisamment robuste pour aller « traquer les terroristes jusque dans les chiottes s’il le faut », au lieu de rester sur la défensive comme c’est le cas actuellement.  Il est difficile de comprendre, en effet, cette posture attentiste quand l’ennemi lui, n’hésite pas à aller à l’abordage à travers des attaques multiformes et tous azimuts. Il est, par ailleurs,  hallucinant de constater que malgré la présence d’une multitude de forces dans le nord du Mali (Minusma, groupes armés supplétifs, Barkhane, armée malienne, G5…) des présumés terroristes puissent encore faire du rodéo en plein jour dans une région désertique comme celle de Tombouctou, dans des Pick-up ou sur des motos, sans faire l’objet de tirs d’artillerie ou de frappes aériennes avant qu’ils ne commettent leurs actes d’une atrocité innommable.

Le risque est grand de voir durer la quadrature du cercle

Qu’il y ait de la complicité, ne serait-ce que  passive de la part des populations civiles des zones concernées, cela ne fait guère de doute. Mais au regard de la précision des attaques et du choix des cibles, on est fondé à se demander si on sein même des camps et des casernes, il n’y aurait pas de taupes qui agissent au service et pour le compte des assaillants qui préfèrent ne même plus se donner la peine de revendiquer leurs crimes. Quid alors de l’attitude plus qu’ambigüe, des pays qui offrent le gite et le couvert aux idéologues du terrorisme dans la zone sahélienne, et qui, dans le même temps, participent aux rencontres et aux discussions organisées dans le cadre de la lutte contre le fléau. D’aucuns y voient de l’hypocrisie et même du cynisme, et n’hésitent pas à pointer du doigt des pays comme l’Algérie et la Mauritanie qui serviraient de tête de pont ou de pont arrière dans ces vastes opérations de déstabilisation des pays du Sahel. Pour des raisons historiques, géopolitiques ou géostratégiques, même la France qui est en pointe dans la lutte contre le terrorisme dans la sous-région ne semble pas vouloir ou pouvoir rappeler l’Algérie à l’ordre. En plus des chefs djihadistes comme Iyad Ag Ghali ou Amadou Koufa, le sud algérien servirait de lieu de refuge à certaines personnes impliquées dans l’assassinat en 2013 à quelques kilomètres de Kidal, de deux journalistes français, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, tous deux de Radio France Internationale (RFI). Le présumé commanditaire de l’assassinat, Abdelkrim al-Targui, a lui été massacré par l’armée française non loin de Kidal en mai 2015, tandis que trois autres membres du commando ayant brutalement mis fin à la vie de nos confrères de RFI ont eux aussi déjà péri dans d’autres accrochages avec les Français. Ce sont donc les derniers rescapés de ce rapt meurtrier des deux journalistes dont RFI commémore la mémoire depuis samedi dernier, qui se la couleraient douce en Algérie, au grand dam des familles biologiques et professionnelles des victimes, d’autant qu’ils semblent désormais hors de portée judiciaire aussi longtemps qu’ils séjourneront au pays de Abdel Aziz Bouteflika. Alors, si la Minusma est en enfer au Mali et les assassins de Ghislaine et de Claude sont en cavale depuis 5 ans malgré tous les moyens de pression et d’action dont disposent l’ONU et la France, que peut-on attendre de nos armées et de nos chancelleries dans cette traque des chefs djihadistes a priori commanditaires des actes terroristes dans notre sous-région, qui seraient sous la protection des services secrets algériens ? A  vrai dire, pas grand-chose, et le risque est malheureusement grand de voir durer cette quadrature du cercle, à moins que par extraordinaire, l’Algérie et dans une certaine mesure, la Mauritanie décident de jouer franchement leur partition afin de mettre fin à ces cycles de violences qu’ils connaissent bien pour les avoir affrontés sur leur propre sol. Cela pourrait se traduire par une expulsion, vers leur pays d’origine, de tous ces Maliens aux mains tachées de sang qui y ont trouvé refuge, à défaut de pouvoir faire accepter par les autorités de Bamako, le principe de la négociation et du pardon à accorder aux repentis, à l’instar de ce que les Algériens avaient eux-mêmes fait dans le cadre de la fameuse loi sur la concorde civile qui avait permis de mettre miraculeusement fin à une décennie d’horreurs dans leur pays. On aurait ainsi sauvé toute une sous-région d’un chaos généralisé, et on aurait également apaisé les cœurs meurtris des familles de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon qui n’arrivent toujours pas à faire leur deuil parce qu’elles ne savent pas jusqu’ici par qui, comment et pourquoi ces deux journalistes chevronnés ont été arrachés à leur affection et à celle des milliers d’auditeurs de Radio France Internationale.

Hamadou GADIAGA

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