INTERPELLATION DE LA CPI SUR LES CRIMES COMMIS AU BURUNDI : Encore un rapport pour rien ?

INTERPELLATION DE LA CPI SUR LES CRIMES COMMIS AU BURUNDI : Encore un rapport pour rien ?

Le 4 septembre dernier, suite à son rapport qu’elle a rendu public, la Commission indépendante d’enquête de l’ONU sur le Burundi  a exhorté la Cour pénale internationale (CPI) à enquêter de toute urgence sur les crimes contre l’humanité et autres atrocités qui ont été commis dans ce pays.  Le rapport, en effet, pointe du doigt la responsabilité des autorités burundaises, jusqu’au sommet de l’Etat, dans ce qu’il qualifie « d’attaque généralisée ou systématique contre la population civile » menée par le Service national de renseignement, la police nationale, des unités de l’armée et les Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir.   Selon, en effet, Fatsah Ouguergouz, président de ladite commission, les décisions seraient prises « non par le gouvernement, mais par le président de la République entouré d’un cercle restreint d’au moins cinq généraux dont le ministre de la Sécurité publique ou encore le Secrétaire général du parti de Nkurunziza ». De prime abord, il faut se féliciter de ce rapport qui vient confirmer ce que de nombreuses autres enquêtes, comme celle de la Commission des droits de l’Homme de l’ONU, avaient révélé sur la féroce prédation des droits humains dont se serait rendu coupable le régime de Bujumbura.

Désormais, Nkurunziza sait qu’il plane sur sa tête une épée de Damoclès

Même si, toujours  égale à elle-même, Bujumbura crie au complot de la communauté internationale et dénonce «  des mercenaires payés pour valider un narratif déjà en circulation dans certains rapports occidentaux et ouvrir la voie à la CPI, cet instrument dans les mains de l’Occident pour asservir les Etats africains », on sent de la frilosité de la part des autorités burundaises. Du reste, en refusant l’accès du territoire national aux différentes missions d’enquêtes, Bujumbura donne bien la preuve qu’il y a des choses à cacher. Et ce  nouveau rapport vient apporter la confirmation que tout « comme l’huile, la vérité finit toujours par remonter à la surface ». Par ailleurs, il faut tout aussi se féliciter de l’interpellation faite à la CPI pour l’ouverture d’une enquête. Désormais, Nkurunziza sait qu’il plane sur sa tête comme une épée de Damoclès, le risque qu’il aille un jour répondre à La Haye. Même s’il existe le risque inverse que, du fait de cette menace, il s’accroche davantage au fauteuil présidentiel, il sait qu’une action éventuelle de la CPI ne comptera pas pour du beurre, mais qu’elle sera inscrite dans les annales de l’histoire. Et quoique l’on dise, cela a de quoi perturber le sommeil du satrape de Bujumbura. Cela dit, l’on peut se demander s’il existe véritablement des chances que l’appel de la Commission indépendante d’enquête de l’ONU soit entendu. Car, la CPI dispose, en effet, de moins de deux mois pour mener l’enquête demandée, étant donné que le retrait du Burundi du Traité de Rome devra être acté le 27 octobre prochain. C’est donc à une véritable course contre la montre que la Justice internationale devra se livrer si elle veut donner suite à ce rapport et il faudra sans doute compter avec la mauvaise volonté de Bujumbura qui n’hésitera pas à lui mettre des bâtons dans les roues. Il est vrai que faute de pouvoir se mettre en branle dans les délais impartis, la CPI peut encore compter sur une éventuelle saisine du Conseil de sécurité de l’ONU, mais quand on sait aussi que le régime de Nkurunziza peut compter sur l’appui de certains membres disposant d’un droit de veto et peu regardants sur les questions des droits de l’Homme comme la Chine et la Russie, l’on ne peut que douter de l’issue d’une telle option.

Il y a manifestement une forme d’hypocrisie de l’ONU qui cherche à  refiler la patate chaude burundaise à la CPI

 

Même à raisonner par l’absurde, c’est-à-dire que Bujumbura accepte de recevoir les juges de la CPI aux fins d’enquêtes, Nkurunziza aura eu le temps de brouiller toutes les pistes et l’on pourrait aboutir, comme dans le scénario kényan, à un abandon des charges. De ce qui précède, l’on ne peut donc que regretter que ce soit tardivement  que cet appel à la CPI soit intervenu, alors que de nombreux signaux d’alerte avaient été donnés par de nombreuses ONG de défense des droits humains, qui avaient même évoqué des risques de génocide avec d’importantes conséquences dans toute la Région des Grands Lacs. Cela dit, on pourrait même douter de la bonne foi de la communauté internationale quant à sa réelle volonté de résoudre le problème burundais. Sans même passer par la CPI, sur la base de nombreux rapports des instances onusiennes, le Conseil de sécurité aurait pu prendre des mesures de rétorsions qui auraient contraint le régime burundais à plier l’échine. De l’avis des experts, rien que l’interdiction aux soldats burundais de participer aux missions de l’ONU aurait donné du fil à retordre à Nkurunziza. Il y a donc manifestement une forme d’hypocrisie de l’ONU qui cherche à  refiler la patate chaude burundaise à la CPI, pour se donner bonne conscience. L’on pourrait même se demander si l’ONU n’est pas en train de faire  œuvre contre-productive en faisant le choix de mettre ce rapport sur la table au moment même où elle a nommé un nouveau médiateur dans la crise burundaise en la personne de l’ex-président de la Transition burkinabè, Michel Kafando. Alors que ce nouveau missi dominici s’efforce de remettre sur les rails le dialogue inter-burundais, cette nouvelle offensive de l’ONU pourrait braquer le régime de Bujumbura.

Toutefois, en attendant de voir ce que fera la CPI, l’on peut se féliciter que cet énième rapport ramène au-devant de la scène internationale une crise oubliée et vienne rappeler à la conscience universelle un problème que l’humanité semble avoir échoué jusque-là à résoudre.

« Le Pays »

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