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INVESTITURE DE AFFI N’GUESSAN COMME CANDIDAT A LA PRESIDENTIELLE IVOIRIENNE

Un pas de plus vers la déchirure du FPI

C’est au palais de la culture de Treichville que les « rénovateurs » du Front populaire ivoirien (FPI) ont désigné,  le 1er août 2020, leur actuel président, Pascal Affi N’Guessan, comme candidat du parti à l’élection présidentielle du 31 octobre prochain. L’investiture de ce personnage comme porte-étendard de la formation politique de l’ancien président Laurent Gbagbo, vient confirmer ce que lui-même avait clamé déjà : avec ou sans son père-fondateur, le FPI ira aux prochaines élections, pour « fermer la sanglante parenthèse ponctuée par des crises postélectorales », de ces deux dernières décennies en Côte d’Ivoire. Sauf coup de théâtre, le premier chef de gouvernement de Laurent Gbagbo (2000-2003) sera le seul à aller à la pêche aux voix sous la bannière de l’ancien parti au pouvoir, d’autant que celui qui aurait pu en être le candidat naturel n’a pas encore fini avec ses démêlés judiciaires, à La Haye comme à Abidjan. Une candidature unique donc, qui va fatalement susciter des polémiques multiples au sein du FPI, l’aile dite radicale du parti ne jurant que par Laurent Gbagbo. Qu’à cela ne tienne, Affi N’Guessan reste droit dans ses bottes de présidentiable et compte crânement sur ses chances et sur ses capacités à faire mentir les oiseaux de mauvais augure qui lui prédisent une défaite cuisante face à celui dont on l’accuse de faire le jeu, le candidat du RHDP au pouvoir. Une chose est sûre, cet acte de candidature est un pas de plus vers un irréversible clash entre les rénovateurs incarnés par le candidat déclaré du parti, Affi N’Guessan, et les radicaux pour lesquels c’est « Gbagbo ou rien ». Et à ce jeu d’anéantissement mutuel entre les membres du FPI, c’est la tête de turc qu’est Affi N’Guessan qui risque d’y laisser des plumes, car les fidèles de l’ancien président pourrait s’allier même au diable s’il le faut, pour lui barrer la route et le punir pour avoir trahi la figure tutélaire du parti.

 

Il est peu probable que ce grand parti de masse survive à sa figure de proue, Laurent Gbagbo

 

 

Et le diable en question pourrait être le candidat du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié, qui rêve de reconquérir un pouvoir qui lui a échappé dans la nuit du 24 au 25 décembre 1999 suite à l’intrusion, pour la première fois dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, de la soldatesque dans la vie politique du pays. Des marchandages seraient toujours en cours entre les Gbagboïstes et Bédié lui-même afin que ce dernier autorise Laurent Gbagbo et tous ses partisans ostracisés par le régime de Ouattara à rentrer tranquillement au pays, s’il venait à être élu en octobre prochain. Avec la nouvelle Constitution qui a déboulonné le verrou lié à l’âge et à la visite médicale qui devait attester du bien-être physique et mental des candidats, le Sphinx de Daoukro comme on surnomme Bédié, peut légitimement rêver de revenir aux affaires par orgueil personnel et pour prendre sa revanche sur l’histoire, en comptant évidemment sur l’électorat Akan-Baoulé qui lui est traditionnellement acquis, et sur les ultra du FPI qui rêvent d’une « remontada politique », même si c’est par procuration. Si on ajoute au tandem PDCI-pro-Gbagbo, les partisans de Guillaume Soro qui tiennent à venger le fratricide depuis que leur mentor a été condamné à un exil forcé pour avoir écopé d’une peine de 20 ans de bagne en Côte d’Ivoire, on peut dire que la coalition du RHDP aura du pain sur la planche. Quant à Affi N’Guessan, si cette alliance de circonstance se confirme, il n’aura aucune chance de déposer ses valises au Palais cossu de Cocody à l’issue du scrutin à venir, quand on sait qu’il n’avait glané que 9,29% des voix en 2015 alors que sa candidature n’avait pas suscité autant de passion pour ne pas dire… de haine à l’intérieur de sa propre formation politique. En tout état de cause, c’est le FPI qui pourrait sortir laminé des prochaines échéances électorales, et si ses dirigeants ne trouvent pas rapidement ce supplément d’âme qui puisse leur permettre de se réconcilier et de colmater les brèches, il est peu probable que ce grand parti de masse qui a fait rêver tant d’Ivoiriens, survive à sa figure de proue, le flamboyant Laurent Gbagbo aujourd’hui diminué par l’âge et les différentes épreuves de la vie qu’il a subies durant sa longue carrière politique.

 

Hamadou GADIAGA

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