JEROME COMPAORE, CONSEILLER SPECIAL DU PREMIER MINISTRE :: Le plus important pour ce pays aujourd’hui, c’est de construire des valeurs »

JEROME COMPAORE, CONSEILLER SPECIAL DU PREMIER MINISTRE  ::  Le plus important pour ce pays aujourd’hui, c’est de construire des valeurs »

Nous ouvrons nos colonnes à un des conseillers spéciaux du Premier ministre, Paul Kaba Thiéba, pour notre rubrique « Mardi Politique »  de la semaine. Il s’agit de Jérôme Compaoré, ancien député et actuellement, sur le plan politique, secrétaire adjoint des OSC au Bureau exécutif national du MPP. Nous abordons avec lui, la gouvernance de Roch, le phénomène du terrorisme et l’inévitable question de l’augmentation du prix du carburant à la pompe qui fait des gorges chaudes.

Le Pays : Comment êtes-vous arrivé au MPP quand on sait que vous êtes resté fidèle au CDP jusqu’à la chute de Blaise Compaoré ? Est-ce parce que vous êtes de Zorgho comme le président Roch ?

Jérôme Compaoré (JC) : Avant tout propos, je voulais, au nom du président par intérim et vice-président du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), le camarade Simon Compaoré, vous traduire toute la gratitude de notre parti aux premiers responsables et à l’ensemble du personnel de soutien de votre journal « Le Pays » pour l’invitation à nous adressée. C’est aussi le lieu pour moi, de féliciter et d’encourager ces femmes et ces hommes qui œuvrent inlassablement et au quotidien pour l’élargissement des bases d’une presse libre, plurielle, et pour l’ancrage et l’enracinement de notre jeune démocratie au Burkina Faso. Cela dit, je suis arrivé au MPP avec les autres camarades dont on partageait sincèrement à l’époque les mêmes valeurs de démocratie et de bonne gestion. Je suis resté fidèle au CDP jusqu’à la chute du président Blaise Compaoré ? Vous êtes très bien renseigné (rires). Il me semble que le plus important pour ce pays aujourd’hui, c’est de construire des valeurs républicaines qui se fondent sur la démocratie et une sécurité dans notre pays afin de relever les défis qui se posent à nous. En effet, je viens de la même province que le président Roch Kaboré mais je ne sais pas si cela apporte un avantage particulier par rapport aux autres camarades ressortissants des 44 autres provinces de notre pays. Cependant, si nous partageons les mêmes valeurs politiques et idéologiques, il n’y a rien de mal à ce rapprochement.

Trois ans après la gouvernance du MPP, des Burkinabè estiment que le bilan est en deçà des attentes. Que leur répondez-vous ?

Comme vous le savez autant que moi, depuis l’élection de Roch Marc Christian Kaboré à la magistrature suprême de notre pays, nous avons assisté à plusieurs attaques terroristes et du banditisme transfrontalier jamais égalés dans notre pays. A cela s’ajoute un climat sociopolitique qui n’a guère été des plus cordiaux avec les acteurs sociaux. Tous ces faits n’ont pas du tout rendu les choses simples pour une meilleure gestion du Burkina Faso que le président Kaboré aurait bien voulue pour le bien-être des femmes et des hommes de ce pays.

Parlant de l’insécurité, quelle lecture faites-vous de la récurrence des attaques terroristes et quelle pourrait être votre contribution pour réduire le phénomène ?

J’observe comme les autres Burkinabè que le problème de l’insécurité est perçu comme un phénomène international avec plus de particularité au Burkina Faso et qui impose beaucoup de commentaires et de questionnements. Pour ma part, qu’elle soit l’œuvre des ennemis de l’intérieur, de l’extérieur, nous devons comprendre qu’il est temps de nous donner la main pour relever ensemble les nombreux défis qui se posent à nous, car personne n’aurait raison de détruire ce Burkina Faso si cher à plus de 20 millions d’âmes. En termes de contribution, il me semble qu’il faut assurer la vigilance et la sécurité de tous les instants. Etre un vecteur virtuel de communication et d’information auprès des FDS (Forces de défense et de sécurité) pour d’éventuelles anticipations en vue de mettre hors d’état de nuire ces terroristes et autres bandits de tous genres qui freinent énormément le décollage de notre pays.

En tant que conseiller spécial du Premier ministre, qu’est-ce qui a motivé, selon vous, le gouvernement à opérer la hausse du prix du carburant à la pompe à hauteur de 75 F CFA ?

Les motivations du gouvernement à opérer la hausse du prix du carburant à la pompe à hauteur de 75 FCFA, sont essentiellement des motivations économiques, eu égard aux tensions de trésorerie dont la société (SONABHY) qui a le monopole de ravitaillement souffrait par rapport aux créances que l’Etat central lui devait à travers sa subvention cumulée de plusieurs milliards de nos francs.

Justement, l’une des raisons avancées pour justifier cette hausse serait liée aux tensions de trésorerie dont souffrirait la SONABHY ; ce que conteste l’opposition qui rappelle que la société a été récemment félicitée parce que son compte d’exploitation est au vert. N’est-il pas temps de libéraliser le secteur comme au Mali ?

L’opposition a parfaitement raison car étant dans son rôle, mais le gouvernement a aussi et surtout raison et je m’explique. A la dernière Assemblée générale des Sociétés d’Etat, la SONABHY a effectivement été félicitée car son compte d’exploitation était au vert mais l’opposition a oublié d’associer les 250 milliards de FCFA que l’Etat doit à la SONABHY du fait du passif de la subvention de ce dernier qui date de depuis plus d’une dizaine d’années et qui constitue de façon financière un sérieux manque à gagner pour la société. Et si des mesures vigoureuses ne sont pas prises, la SONABHY cessera de mener sa mission régalienne de société d’Etat des hydrocarbures au pays des Hommes intègres. Le gouvernement a surtout raison car en tant que garant de la gestion du pouvoir d’Etat dans une vision cartésienne, il prend des mesures économiques drastiques en vue de rattraper ce lourd déficit qui pèse sur les épaules de la SONABHY de par sa faute, dans sa mission de continuité de l’Etat. Pour ma part, la libéralisation des prix dans le secteur des hydrocarbures n’offre pas forcément les meilleurs prix aux consommateurs car l’Etat reste toujours garant des prix fixés et pratiqués à la pompe en fonction des différentes situations socio-économiques du moment.

Sans pour autant condamner une hausse des prix pour tenir compte du contexte international, certains estiment qu’elle ne devrait pas atteindre une telle ampleur. Qu’en dites-vous ?

C’est vrai, le contexte international a vu la flambée du prix du baril en raison de nombreux conflits dans les pays arabes, principaux producteurs du pétrole et dans le reste du monde. Il y a également le fait que depuis plusieurs années, les prix ont été contenus par le biais de la subvention apportée par l’Etat qui, malheureusement, du fait de plusieurs raisons objectives ou subjectives, n’a pas pu respecter ses engagements vis-à-vis de la SONABHY, créant ainsi de sérieuses difficultés pour un fonctionnement rationnel de la société.

Pour certains économistes, techniquement, d’autres solutions étaient possibles plutôt que de procéder à une augmentation. Que leur répondez-vous ?

Le monde économique évolue dans ses principes et dans ses règles aussi bien dans l’espace que dans le temps. Je veux bien être d’accord avec ces économistes mais en attendant, le gouvernement a choisi d’augmenter de 75 F CFA le prix du gazoïl et du super à la pompe, au lieu du prix de la bière et de la cigarette par exemple. C’est un choix stratégique opéré par rapport à nos réalités du moment, car plus d’un Burkinabè le sait aujourd’hui, notre pays est en pleine guerre et ce, depuis 2016 contre le terrorisme sous toutes ses formes et autres narcotrafiquants tout le long de nos frontières.

Selon les centrales syndicales, le prix d’aucun hydrocarbure ne devrait excéder 300 F CFA si l’on tient compte de la réalité des prix. Quelle est votre réponse ?

Les centrales syndicales sont très bien renseignées sur les différentes structures des pays pratiquées dans l’UEMOA, au sein de la CEDEAO et dans le reste de toute l’Afrique. J’aimerais également avoir leurs commentaires sur ce registre qui, sans doute, nous permettra d’opiner davantage sur le sujet.

Pourquoi, selon vous, le gouvernement n’a-t-il pas jugé nécessaire de consulter les partenaires sociaux avant de prendre cette mesure d’augmentation qui, aussitôt prise, est entrée en vigueur en moins de 24 heures ?

Gouverner, c’est prévoir et prévoir, c’est anticiper. Le parent pauvre de notre système aujourd’hui dans notre pays est la communication dans les deux sens : insuffisance de communication et trop de communication. Et comme dans votre jargon journalistique, trop de communication tue la communication, pour vous dire la vérité, le Premier ministre a entrepris une série de rencontres avec les partenaires sociaux et avec la classe politique. C’est ainsi que moi-même qui vous parle, j’ai pris part avec mes autres collègues aux côtés du Premier ministre, en date du mercredi 7 novembre 2018, à une grande audience qui a regroupé les autorités religieuses et coutumières dans sa juste représentation et sans doute les jours qui ont suivi avec d’autres couches sociales. C’est vous dire que le travail de communication et d’information a été fait, même s’il n’a pas atteint le niveau national comme d’autres l’auraient souhaité.

Pensez-vous que la promesse faite par les transporteurs de ne pas répercuter l’augmentation sur les tarifs de transport en commun et les denrées de première nécessité va tenir pendant longtemps ?

Je pense qu’une promesse des transporteurs de ne pas répercuter l’augmentation sur les tarifs de transport en commun et des denrées de première nécessité tiendra aussi longtemps car, il s’agit là de deux parties en jeu et il faut un strict respect de la promesse tout en évitant la citation de l’adage qui dit que: « La promesse n’engage que ceux qui y croient ».

Dans la foulée, après l’augmentation du carburant, le gouvernement a décidé de couper à la source les taxes de résidence. Est-ce qu’on ne réunit pas les ingrédients d’une implosion sociale ?

De nos jours, au Burkina Faso, il faut avoir sans doute le courage d’apporter de façon structurelle les réformes économiques en vue du renforcement de la mobilisation de l’assiette fiscale. Mais je la vois dans la progressivité, pour tenir compte du contexte sociopolitique et économique qui n’augure déjà pas de lendemains meilleurs. Sinon quoi de plus normal à ce qu’un citoyen normal puisse payer ses taxes de résidence sans aucune pression ou de représailles tout en étant loin de penser à une quelconque implosion sociale dans notre pays ?

Propos recueillis par Drissa TRAORE

 

Carte de visite (C.V)

« Je suis chercheur à l’INERA/CNRST. J’ai eu la nomination au grade de Chargé de Recherches lors de la 38ème session des Comités Consultatifs Interafricains (CCI) tenue à Bamako en juillet 2016. En 2005, j’ai obtenu, à l’université Paris VIII St Denis Vincennes, un diplôme d’Etude Approfondie (DEA) dont le thème est : « Risques et Inégalités, Territoire en mutation et enjeux Géographiques. » J’ai également obtenu un DEA MASTER Recherche portant sur «Les inégalités dans l’accès à l’eau potable au Burkina Faso : cas de la Commune de Koudougou ». J’ai fait ma soutenance de doctorat à l’Université Paris II Panthéon Assas Sorbonne en Science et technique de l’information, en octobre 2012 sur le thème : «La maîtrise et la gestion de l’eau dans un contexte de décentralisation au Burkina Faso : Etat des lieux et perspectives dans une dynamique de développement et de communication ».
Je suis membre du Réseau Ouest Africain des Chercheurs dans le domaine de l’Eau Potable et l’Assainissement, et membre du Conseil national de l’Eau du Burkina (CNEau), instance chargée de l’orientation relative à la gestion de l’eau auprès du ministère en charge de l’Eau. Depuis 2016, je suis Point Focal du Haut Conseil pour la Réconciliation et l’Unité Nationale (HCRUN). Je suis par ailleurs membre du Haut conseil pour le dialogue social (HCDS) au titre du premier ministère depuis 2017. Je fais partie également du comité technique d’élaboration des normes sur les céréales et produits céréaliers (2005 à 2016). En 2012, j’ai été élu député sous la bannière du CDP. J’ai été nommé au poste de Conseiller spécial du Premier ministre en février 2016 après avoir été directeur de cabinet du Premier ministre de 2007 à 2011. »

 

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