JOURNEE CONTINUE DANS LE SECTEUR DE L’EDUCATION : « 83,3% des acteurs se sont prononcés pour la suppression de la mesure », dixit Jacques Sosthène Dingara, Secrétaire permanent de la modernisation de l’Administration

JOURNEE CONTINUE DANS LE SECTEUR DE L’EDUCATION : « 83,3% des acteurs se sont prononcés pour la suppression de la mesure », dixit Jacques Sosthène Dingara, Secrétaire permanent de la modernisation de l’Administration

 

 Il s’appelle Jacques Sosthène Dingara. Il est le Secrétaire permanent de la modernisation de l’Administration et de la bonne gouvernance. Le Secrétariat permanent de la modernisation de l’Administration et de la bonne gouvernance est une structure du ministère de la Fonction publique, du travail et de la protection sociale (MFPTPS), chargée d'impulser et de coordonner, en relation avec tous les ministères et institutions, les réformes institutionnelles entreprises par l'Etat dans le cadre de la modernisation de l’Administration et la promotion de la bonne gouvernance au sein des administrations centrales, des administrations déconcentrées et des entreprises publiques. C’est à ce titre que la structure est chargée de la coordination du Programme de modernisation de l’Administration publique (PMAP) qui soutient la mise en œuvre des actions de modernisation dans trois ministères pilotes, grâce à un financement de la Banque mondiale. Dans les lignes qui suivent, Jacques Sosthène Dingara répond à nos questions en rapport avec le dernier arrêté relatif à la « suspension de la journée continue » dans le primaire et le secondaire. Le SP apporte des éclairages dignes d’intérêt. Lisez plutôt !

 

« Le Pays » : Quel bilan pouvez-vous faire de la mise en œuvre de la mesure de la journée continue ?

 

Jacques Sosthène Dingara : Je vous remercie d’abord pour l’intérêt que vous portez de façon générale aux actions de modernisation et de bonne gouvernance et singulièrement au système de Journée de travail continu (JTC) en vigueur dans les structures de l’Administration publique burkinabè depuis le 15 septembre 2015. Pour revenir à votre question,  je dois rappeler que la JTC a été instaurée suite aux recommandations d’une étude conduite en  2015 par le MFPTPS dans le cadre de la réduction du train de vie de l’Etat et des mesures d’économies budgétaires voulues par le Conseil des ministres en sa séance du 4 mars 2015. L’étude de 2015 s’était en effet fondée sur les opinions des fonctionnaires, des usagers du service public, des entreprises privées, des partenaires sociaux, etc., pour recommander l’adoption de la réforme compte tenu des nombreux avantages attendus du système d’horaire continu, notamment en termes de création d’emplois, de baisse des dépenses courantes des administrations, de hausse de la productivité des agents publics et d’amélioration des conditions de vie des agents publics, etc. Aussi, un rapport d’évaluation de cette réforme sera examiné en Conseil des ministres dans les jours à venir. Mais comme vous avez dû le constater, les semaines passées, un atelier national sur la validation de ce rapport a eu lieu, et en résumé, on peut retenir  qu’environ 74% des agents de l’Administration publique sont favorables au maintien de la JTC, avec environ plus de 85% à Ouagadougou ; 64,2% des usagers du service public restent favorables au maintien de l’horaire continu contre 35,8% non favorables ; plus de 60% des partenaires sociaux sont favorables et moins de 40% sont contre son maintien. La synthèse des opinions de responsables des entreprises de restauration donne 63,4% d’opinions favorables au maintien de la JTC, avec une tendance plus marquée pour les villes de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Le constat général est donc un consensus sur le maintien de la JTC dans le secteur public, car 67,1% de l’ensemble des acteurs enquêtés sont favorables au maintien de la JTC dans le secteur public, sauf en ce qui concerne le secteur spécifique de l’éducation où 83,3% des acteurs se sont prononcés pour la suppression de la mesure. En outre, depuis la mise en œuvre de la JTC, les impacts socio-économiques attendus du système sont effectivement constatés par l’ensemble des différents acteurs de l’Administration (pour plus de détails, confère rapport d’évaluation). Si la tendance se maintient, on pourrait donc progressivement aboutir à une exploitation optimale des avantages de l’horaire continu. Toutefois, il faut reconnaître que le système pèche encore pour ce qui concerne la mise en œuvre des mesures d’accompagnement préconisées pour garantir son succès total.

Quelles sont les raisons qui ont motivé la suspension de ladite mesure pour le primaire et le secondaire, dans le cadre de la prochaine année scolaire ?

 

Pour une question aussi importante, permettez-moi de rappeler que le décret n° 2015-1048/PRES-TRANS/PM/MFPTSS du 15 septembre 2015 instituant la journée de travail continu dans les administrations du secteur public a, en son article 4, exclu des secteurs comme le primaire et le secondaire au MENA.  En effet, l’article 4 du décret précise que « dans les structures de formation primaire, secondaire, universitaire et professionnelle, les services ou unités à activités permanentes, les différents responsables de ces structures s’organiseront pour assurer leurs prestations en dehors des horaires d’ouverture  prévus. Les modalités d’organisation des horaires de travail de ces structures seront précisées par un arrêté conjoint du ministre de tutelle/Président d’institution et du ministre en charge de la Fonction publique ». A cet effet, le ministère de l’Education nationale et de l’alphabétisation (MENA) a réaménagé ses horaires, suite à l’instauration de la JTC à travers l’arrêté conjoint n°2015-0004/MENA/MFPTSS du 11 janvier 2016 portant organisation des horaires de travail dans les structures éducatives de l’éducation de base. Donc, il est important de préciser que l’arrêté ci-dessus cité, n’instaurait pas la journée de travail continu dans l’enseignement, mais il s’agissait d’adapter de nouveaux horaires dans le secteur de l’éducation, aux horaires de la JTC dans l’Administration. Les raisons sont simples : réduire un peu l’écart entre la fin de la journée de travail continu  dans l’Administration et celui dans le secteur de l’éducation, pour permettre aux parents qui déposent leurs enfants de les ramener. Aussi, un des objectifs sociaux de la JTC, c’était d’augmenter le temps passé en famille avec les enfants. Des difficultés ont été constatées dans la mise en œuvre de ces nouveaux horaires dans le secteur de l’éducation, à travers la contestation des partenaires sociaux et des enseignants et qui s’est matérialisée par le boycott de la journée continue dans les régions du Centre-Ouest et de la Boucle du Mouhoun, organisé par les sections régionales de certaines organisations syndicales de l’éducation.

« Les acteurs avaient des difficultés pour s’adapter aux nouveaux horaires et c’est tout à fait normal qu’ils se réjouissent de sa suppression »

 

Nous retiendrons surtout qu’à travers l’évaluation, l’application de la journée continue dans les établissements d’enseignement primaire a été diversement appréciée par les acteurs du système.  Toutefois, nous estimons que les raisons qui ont motivé le nouveau réaménagement des horaires pour le primaire et le secondaire, dans le cadre de la prochaine année scolaire, sont  similaires à celles évoquées par les enseignants lors de nos enquêtes terrain. Il s’agit surtout des difficultés que rencontrent les enfants à se nourrir à la pause à midi, du manque ou de l’insuffisance de cantines scolaires pour les enfants dans les écoles pour se nourrir à la pause à midi, de l’absence d’organisation de permanences pour assurer la garde des élèves pendant l’interclasse, de la faible concentration après la pause de midi, la fatigue, des retards et des somnolences des enfants pendant les cours de l’après-midi, de l’absence ou de l’insuffisance des sanitaires pour les élèves et le personnel enseignant, du manque de temps pour les travaux de groupe et l’apprentissage des leçons. Ce sont, du reste, ces mêmes raisons qui ont permis à l’étude d’évaluation de la JTC de recommander que les acteurs du secteur redéfinissent leurs horaires dans une démarche concertée. Nous pensons, sans doute, que le MENA a anticipé sur les divergences de positions pour une rentrée scolaire apaisée.

Beaucoup de personnes se réjouissent de la suspension de cette mesure. Comment peut-on expliquer cette « joie » ?

 

Je voudrais rappeler que l’évaluation a révélé que dans le secteur spécifique de l’éducation, 83,3% des acteurs se sont prononcés pour la suppression de la mesure de réaménagement des horaires pour les adapter à l’horaire continu de l’Administration. Aussi, vous comprenez que les acteurs avaient des difficultés pour s’adapter aux nouveaux horaires et c’est tout à fait normal qu’ils se réjouissent de sa suppression. Mais ce qui est important, il ne faut pas confondre le réaménagement des horaires dans le secteur de l’éducation, aux horaires de la JTC.  Si vous lisez l’étude qui avait recommandé l’instauration de la JTC en 2015, vous verrez qu’une analyse avait été faite sur les difficultés de l’application de la JTC dans le secteur de l’éducation, et le gouvernement a jugé bon d’exclure ce secteur du champ d’application du décret. Ce n’est donc pas nouveau pour nous. Je crois que c’était pour répondre aux préoccupations des parents d’élèves, surtout pour les grandes villes comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso où les parents déposent le plus souvent les enfants à l’école, et permettre aussi aux enseignants de profiter des avantages qu’offre le 3e temps de la JTC, que le MENA a réaménagé des nouveaux horaires.

 

Certains plaident pour que la suspension de la JTC soit étendue à l’ensemble de la Fonction publique. Peut-on s’attendre à ce qu’effectivement, cela soit une réalité ?

 

L’étude sur  l’évaluation de la JTC a révélé  que 67,1% de l’ensemble des acteurs enquêtés sont  favorables au maintien de la JTC dans le secteur public, contre  32,9% pour la suspension de cette mesure. Toutefois, il y a lieu de nuancer un peu, dans la mesure où quand on fait l’analyse des raisons évoquées par la plupart des agents de la Fonction publique qui sont contre la poursuite de la mesure, on peut se rendre compte qu’elles sont essentiellement liées à l’insuffisance, voire à l’absence de mesures d’accompagnement au sein des structures publiques, plutôt qu’à la mesure elle-même. Donc, vous comprenez que son maintien est beaucoup plus souhaité que sa suppression.  C’est pourquoi, au regard des avantages déjà produits par le système en une année et demie de mise en œuvre, l’évaluation a proposé de maintenir au sein des structures de l’Administration publique, la JTC, avec de petits réaménagements d’horaires tout en recommandant au Gouvernement de faire davantage des efforts pour la mise en œuvre effective d’un certain nombre de mesures d’accompagnement. Si cela est effectivement fait, vous verrez certainement de moins en moins d’agents plaider pour la suspension de la JTC. Mais il appartiendra à l’autorité d’en décider, suite à l’évaluation qui a été faite.

 

Propos recueillis par Michel NANA

 

 

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