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JUGEMENT DE PRESUMES GENOCIDAIRES RWANDAIS A PARIS : Un procès pour l’exemple

Le 10 mai dernier, s’ouvrait devant les assises de Paris en France, le procès de deux Rwandais accusés d’avoir directement participé au massacre de centaines de Tutsi dans une commune située à l’Est de leur pays, en avril 1994. Octavien Ngenzi et Tito Barahira, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, comparaissent pour le rôle qu’ils auraient joué dans les horribles tueries qui se sont déroulées au printemps 1994 dans la commune de Kabarondo dont ils étaient respectivement bourgmestre et ancien bourgmestre au moment des faits. Mais, ce procès n’est pas le premier du genre dans l’Hexagone, puisqu’il y a deux ans, Pascal Simbikangwa devenait le premier Rwandais à être condamné en France pour génocide.  Pour rappel, à en croire le président du collectif des parties civiles pour le Rwanda, Alain Gauthier, de par leurs fonctions, les bourgmestres étaient des hommes puissants dans les communes qu’ils dirigeaient et pouvaient influer sur le déroulement des événements, à l’effet de protéger les populations persécutées ou de les envoyer à la mort, en complicité avec leurs bourreaux. C’est cette deuxième option, abjecte, qui semble avoir été le rôle des deux accusés, soupçonnés d’avoir encouragé des Tutsi à se regrouper dans des églises, en leur faisant croire qu’ils y seraient à l’abri, alors que c’était tout simplement un piège qui leur était tendu à l’effet de les massacrer en masse. Si les charges sont avérées, Tito et Octavien n’échapperont pas à la Justice. En cela, il est heureux de constater que même plus de vingt ans après les faits, le dossier rejaillit pour être jugé en France, où s’étaient réfugiés les deux mis en cause qui avaient été arrêtés et incarcérés par les autorités françaises. Paris ne les a jamais extradés au Rwanda  où ils avaient été jugés par contumace et condamnés à la prison à vie par les tribunaux populaires appelés « gacaca ».

L’on peut penser que si la France ne les a pas extradés, c’est qu’elle n’avait peut-être pas toutes les garanties qu’ils bénéficieraient d’un procès juste et équitable au Rwanda.  

 

Il est heureux de constater que plus de vingt ans après les faits, la traque des génocidaires du Rwanda se poursuit

 

Surtout si c’était pour comparaître devant des tribunaux populaires dont l’expérience a montré qu’ils ne sont souvent pas loin des tribunaux d’exception. Mais la Patrie des droits de l’Homme pouvait aussi difficilement se soustraire à l’obligation de juger des personnes contre qui pèsent de si lourdes présomptions,  sans être soupçonnée de vouloir protéger de présumés génocidaires. Surtout qu’elle-même a été fortement critiquée pour son rôle ambigu dans le génocide rwandais, à travers « l’opération turquoise », quand elle n’est pas tout simplement accusée d’en avoir été co-auteure. En tout cas, cela a même contribué à refroidir les relations entre Paris et Kigali. Si fait qu’il ne serait pas exagéré de dire que si l’on en est arrivé à la tenue de ce procès, c’est aussi à cause de l’insistance du Rwanda. Peut-être que ce procès, que d’aucuns voient comme une manière d’évacuer ce contentieux franco-rwandais, participera à améliorer les relations entre les deux capitales.

En tout état de cause, il faut que le droit soit dit et que justice soit rendue. En somme, un procès pour l’exemple et pour l’histoire. Surtout à l’endroit de tous ces dictateurs africains qui pensent qu’ils peuvent se permettre toutes sortes d’excès et d’exactions sur les populations quand ils sont au pouvoir. Tôt ou tard, le passé de chacun le rattrapera. Et chacun devrait le savoir.

Dans ce cas d’espèce, c’est un massacre avec beaucoup d’ingéniosité, qui consistait à mettre en confiance les victimes pour mieux les avoir et les abattre. C’est inhumain ! C’est pourquoi il est heureux de constater que plus de vingt ans après les faits, la traque des génocidaires du Rwanda se poursuit. Il faudrait que cela se fasse sans relâche ; si possible jusqu’à en débusquer le dernier, comme dans le cas des nazis de la Seconde Guerre mondiale dont certains sont encore traqués, plus de soixante-dix après la fin de la guerre. Car, assurément, le génocide rwandais fait partie des plus grands génocides du XXè siècle. Plus jamais ça !

 

Outélé KEITA

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