LA LETTRE DE L’EDITEUR/MEDIAS: « Le Pays » entre dans sa vingt-huitième année

LA LETTRE DE L’EDITEUR/MEDIAS: « Le Pays » entre dans sa vingt-huitième année

Jailli d’une vision engendrée par la passion d’un professionnel nommé Boureima Jérémie SIGUE, «Le Pays» qui a vagi ce jour béni du 3 octobre 1991, a aujourd’hui 28 ans. Vingt-huit saisons se seront en effet écoulées, avec leur lot de nuages gris et d’éclaircies, d’orages et de beau temps, de joies et d’épreuves. Mais Dieu soit loué, les Editions «Le Pays» auront réussi à surmonter les vicissitudes de toutes sortes et résisté aux intempéries de tous genres.  Et malgré tout, nous restons le même hier, aujourd’hui et demain. Sans jamais nous détourner de notre cap, notre détermination à fendre les houles, à braver les lames de fond pour nous hisser aux cimes de l’excellence, reste intacte.

A nos fidèles lecteurs, à nos annonceurs ainsi qu’à nos partenaires d’ici et d’ailleurs, nous réaffirmons notre engagement à continuer ensemble l’aventure, à affronter tous les récifs. Certes, produire un journal et, par-dessus tout, se consacrer à la parution quotidienne, n’est pas une sinécure. Bien au contraire, c’est un véritable «pensum». Mais aussi redoutable soit-il, ce dur labeur a ceci d’exaltant que des hommes et des femmes continuent à croire en nous et à nous investir de leur confiance. Qu’ils en soient remerciés. Nous ferons le maximum pour ne pas les décevoir.

 

L’opposition politique n’a pas fait autre chose que de surligner les maux actuels du pays

 

Mais il est vrai que les médias privés, dans leur ensemble, ne comptent pas seulement que des amis et des défenseurs dans ce pays. Il y a aussi ceux qui, jusqu’à des niveaux insoupçonnés de l’Etat, voient mal l’avènement d’une presse toujours plus forte, plus libre, soit parce qu’ils n’en mesurent pas l’importance, soit parce qu’ils estiment qu’elle dérange. Or, que serait le Burkina Faso sans une presse libre comme la nôtre, dont le travail remarquable et fort apprécié au-delà même de nos frontières, devrait être un précieux outil d’alerte pour les tenants du pouvoir politique ?

En tout cas, les tas d’immondices et autres scories aux odeurs parfois pestilentielles, qui continuent à s’entasser sur les rivages de la gouvernance actuelle, devraient interpeller l’Autorité centrale. Sont de ceux-là, les scandales financiers qui, fréquemment, font les choux gras des médias d’investigation, et, ce faisant, jettent une lumière crue et très peu flatteuse sur la gouvernance du régime. Et, plus dramatique, les suites généralement données à ces affaires, dorment tranquillement sous la couverture moelleuse de l’impunité. En effet, quand le gros poisson est pris dans la nasse, il a toutes les chances de s’en tirer à bon compte. Car, pour tout châtiment, il se verra simplement déplacé s’il est détenteur de la bonne carte. Le moins chanceux sera, pour quelque temps seulement, mis sous les verrous. Après quoi, à l’image de Balthazar Picsou, il ira se vautrer dans sa baignoire dorée. Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, doit y mettre le holà. Il doit le faire au plus vite d’autant que ces pratiques n’honorent ni le pouvoir ni la République.

L’opposition politique, instigatrice et organisatrice de la marche-meeting du 29 septembre dernier, n’a pas fait autre chose que de surligner les maux actuels du pays lors de ce grand rassemblement à la Place de la Nation. L’homme débonnaire de Tuiré aux éclats de rires homériques, aurait tort de faire la sourde oreille face à l’importante clameur qui a monté des rangs des marcheurs, le week-end dernier. Il faut surtout éviter de voir en l’événement, un show puéril à snober. Ce serait prendre des vessies pour des lanternes car, après tout, de la rue qui a grondé ce jour-là, ne s’est pas élevée que la voix de l’opposition. Pour tout dire, il est temps d’opérer, dans le vif, la rupture. Le président du Faso doit afficher une réelle volonté d’imprimer et d’imposer sa marque. Quelle image et quel héritage veut-il laisser à la postérité ? Cette question doit hanter, en permanence, tout dirigeant qui a le souci de ne pas entrer dans l’Histoire à reculons.  Et cela ne relève pas de l’impossible pour le président burkinabè pour peu qu’il s’engage résolument à apporter à la gouvernance actuelle, une plus-value de rigueur et de vertu.

 

La recrudescence de ces actes terroristes a servi de munitions et de fenêtre de tirs à l’opposition politique

 

Quant à l’économie, profondément embourbée dans le marécage de l’inertie, elle peine à s’en dépêtrer.  L’ampleur du marasme est saisissante ; elle se ressent à tous les niveaux. Combien de temps encore faudra-t-il au président Roch Marc Christian Kaboré, pour terrasser le minotaure de l’immobilisme économique ? Il urge, en tout cas, pour lui, d’avoir le génie et l’audace de Thésée car le temps presse.  En effet, les Burkinabè ne cessent de ronger leurs freins face à une économie qui a bien du mal à se débarrasser de son boulet et à reprendre son envol. Résultat : bien des Burkinabè sont aujourd’hui partagés entre sentiments de désespoir et de révolte.

Et l’on peut comprendre les sentiments qui animent tous ces mécontents et autres desperados du Burkina post-insurrection.  Car, le candidat Roch s’était présenté à eux et au peuple, comme « la solution » au moment où il sollicitait leurs suffrages pour exercer le pouvoir suprême. A-t-il joint l’acte… aux promesses ? A chacun d’apprécier.  Toujours est-il que beaucoup de concitoyens continuent à nourrir de sérieuses craintes quant à l’avenir. Mais il est vrai que, à la décharge du régime, la préoccupante situation sécuritaire que connaît le Burkina, continue à avoir un effet induit sur l’économie. C’est connu, lorsque la sécurité va mal, l’économie va mal. Il est vrai que récemment, le curseur du terrorisme s’est déplacé d’un cran vers le haut, avec les attaques tous azimuts à l’Est, au Sud-Ouest et au Nord du Burkina. La recrudescence de ces actes terroristes a servi, et c’est de bonne guerre, de munitions et de fenêtre de tirs à l’opposition politique, pour « flinguer » le pouvoir, à l’occasion de la marche-meeting de samedi dernier à la Place de la Nation.  Mais toutes ces récriminations n’ont pas seulement émané de l’opposition.

Dans la clameur générale qui s’est emparée de l’éponyme Place de la Nation, figuraient aussi des voix d’anonymes qui appelaient le gouvernement à revoir sa copie. En tous les cas, que ces critiques soient celles de l’opposition, de la société civile ou du citoyen lambda, le caractère crucial des sujets abordés commande que les tenants du pouvoir fassent sérieusement leur examen de conscience et, le cas échéant, fassent acte de contrition. Les détournements de deniers publics, la corruption, ne doivent plus constituer des actes banals et impunis au Burkina ; l’homme qu’il faut doit être mis à la place qu’il faut, et toute nomination à un haut niveau de responsabilité, doit faire l’objet d’une enquête préalable de moralité. Mais il est vrai que la morale a disparu du lexique burkinabè depuis des lustres, au point que dans cette vaste savane qu’est le Faso, il n’est pas aisé de trouver sept hommes ou femmes probes, capables de jeter la première pierre à son prochain sans courir le risque de se voir rappelé ses propres péchés. En tous les cas, il faut que nous nous en sortions et c’est encore possible. Pourvu que le grand berger, l’auguste pasteur le veuille et que, par la pédagogie de l’exemple, il indique la voie.   

 

Cheick Beldh’or SIGUE, Directeur général, Directeur de Publication des Editions « Le Pays »

Chevalier de l’Ordre national.

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