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LIBERATION DE MAURICE KAMTO ET COMPAGNIE

Le diagnostic partiel de Biya

Dans le cadre du grand dialogue national, le président camerounais, Paul Biya, a ordonné la libération de 333  détenus  anglophones. C’était le jeudi 3 octobre dernier. Cette mesure a été saluée à sa juste valeur en ce sens qu’elle participe de la recherche de la paix et du vivre-ensemble au Cameroun. A peine a-t-on fini d’applaudir cette mansuétude  présidentielle, que Paul Biya a décidé  de poser un autre acte qui vaut son pesant d’or. En effet, le samedi 5 octobre dernier, Maurice Kamto et ses  camarades, détenus depuis 9 mois pour avoir contesté la victoire de Paul Biya à la présidentielle de 2018, bénéficiaient à leur tour de la mansuétude du locateur du palais d’Etoudi. Pour qui connaît ce que représente  Maurice Kamto au Cameroun, ce geste peut davantage positionner  le pays sur la voie de la décrispation de la vie politique et in fine de la  réconciliation nationale.

 

On peut s’attendre à ce que l’opposant retourne à la case prison

 

Toute chose qui peut permettre aux Camerounais de fédérer leurs énergies pour notamment bouter Boko Haram hors de leur pays et par voie de conséquence, se donner plus de chances d’arrimer enfin le Cameroun au développement. De ce point de vue, l’on peut avoir envie de sauter au toit pour dire bravo à Paul Biya. Mais il convient de ne pas aller trop vite en besogne. Et pour cause. L’on peut d’abord se poser la question de savoir si Maurice Kamto et ses partisans vont se satisfaire de la mansuétude de Paul Biya en cessant de contester la légitimé de sa victoire à la présidentielle de 2018. En tout cas, le pouvoir les y invite et cela, sans ambages. Pour le ministre de la Communication, « la balle est désormais dans le camp de Kamto et des siens ». Il enfonce le clou en estimant que Kamto et ses partisans doivent « arrêter cette espèce de théâtralisation qui n’a pas lieu d’être, dans la mesure où ils contestent une situation incontestable. Ils réclament une victoire qu’ils n’ont jamais gagnée ». Les choses sont claires, Kamto et les siens, aux yeux du pouvoir, sont des comédiens qui doivent cesser de prendre leurs rêves pour la réalité. En tout cas, du côté de l’opposant, les choses ne sont pas perçues de la même manière. Et les premiers mots que l’opposant a prononcés quelques instants après sa sortie de prison, laissent présager que le énième mandat de Paul Biya ne sera pas un long fleuve tranquille. En effet, il a martelé ceci : « Si certains pensent que le fait d’être libéré, c’est la fin de la lutte, alors, ils n’ont rien compris ». Et face à ses nombreux partisans venus l’acclamer à sa sortie de prison, Maurice Kamto a laissé entendre qu’il ne les trahira jamais. C’est donc un Maurice Kamto sûr de son bon droit, qui s’est adressé à ses partisans. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la libération de l’opposant, voulue par Paul Biya, est loin d’anesthésier sa détermination à déboulonner ce dernier et son système. On peut donc s’attendre à ce que ce dernier retourne à la case prison, puisqu’au Cameroun, on peut se permettre tout sauf afficher ouvertement une telle posture politique. L’autre élément qui invite à ne pas aller trop vite en besogne quant aux chances du Cameroun d’aller à la paix consécutivement à ces cascades de libérations, est lié au maintien, en prison, du leader ambazonien, Sisiku Ayuk Tabé. A cela, il faut ajouter que plus d’un millier de Camerounais originaires des régions anglophones, sont encore emprisonnés et une soixantaine, poursuivis.

Il est largement temps pour Paul Biya de faire prévaloir ses droits à la retraite

 

En somme, le chemin de la paix et de la résolution de la crise politique est encore long. Et cela est dû au fait que Paul Biya n’est pas allé au bout du diagnostic du mal camerounais. En effet, un diagnostic complet et sans complaisance de la situation du Cameroun, lui aurait permis de savoir que le plus grand mal de ce pays, s’appelle Paul Biya. Les autres maux dont souffre actuellement le pays, sont en réalité les effets induits de ce grand mal. Après presque quatre décennies de pouvoir sans partage, couplé à une gestion des ressources à son seul profit, Paul Biya doit comprendre, pour autant qu’il ait encore un grain d’amour pour le Cameroun, qu’il est largement temps pour lui de faire prévaloir ses droits à la retraite, pour permettre à un autre Camerounais de présider aux destinés du pays.  Manifestement, son si long règne a fait beaucoup de mal au Cameroun. Or, l’absence d’alternance est source de violences et d’instabilité. C’est ce que vit aujourd’hui le Cameroun. Et la manière dont il vient de procéder à la libération de Maurice Kamto et compagnie, vient illustrer le fait que l’institution judiciaire, au Cameroun, se réduit à sa petite personne. C’est lui qui emprisonne selon ses humeurs, c’est lui seul qui décide de qui doit être maintenu en prison ou libéré. Dans ces conditions, l’on peut trouver légitime que ses compatriotes mettent un point d’honneur à chercher à se débarrasser de lui et de son système. Et s’ils ne peuvent le faire par la voie des urnes, puisqu’au Cameroun la démocratie est un vain mot, la tentation est grande qu’ils le fassent par d’autres moyens. C’est aussi simple que cela.

« Le Pays »

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