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LIBERATION D’IGNACE SOSSOU

Un ouf de soulagement pour la corporation

Le journaliste d’investigation Ignace Sossou respire depuis hier, l’air de la liberté, après six mois de détention. Fin de calvaire donc pour ce défenseur des droits humains et de la liberté de la presse. Faut-il le rappeler, ce journaliste avait été condamné, en première instance en 2019, à 18 mois de prison pour cyberharcèlement puis en appel à 12 mois de prison dont 6 mois ferme et une amende de 500 000 F CFA. C’est donc en homme libre qu’il s’est exprimé hier, sur ce désormais mauvais souvenir. Et comme il fallait s’y attendre, il a salué le combat mené par les organisations de défense des droits humains pour sa libération. Et c’est peu dire que cette liberté retrouvée d’Ignace Sossou, est un ouf de soulagement pour sa corporation mais aussi et surtout pour l’ensemble des défenseurs de la liberté d’expression. Cela dit, en attendant qu’Ignace Sossou reprenne la plume, sa détention prolongée en prison doit pousser à la réflexion sur les conditions d’exercice du métier de journaliste au Bénin. Car, tout laisse croire que le journalisme est devenu un métier à hauts risques au Bénin. Toujours est-il qu’il ne fait pas bon être journaliste au pays de Patrice Talon. Certes, pour le pouvoir béninois, le journaliste a été condamné pour un délit de droit commun. Mais personne n’est dupe. Tout porte à croire qu’il pourrait avoir payé pour ses prises de position tranchées vis-à-vis du pouvoir de Patrice Talon qui, il faut le dire, se montre de plus en plus hostile à la critique. En tout cas, il est difficile de convaincre les Béninois qu’Ignace Sossou a mérité ce supplice d’autant plus que les juges n’ont pas pu prouver de façon irréfutable sa culpabilité. On se demande jusqu’où pourra se dérouler le rouleau compresseur du pouvoir qui semble déterminé à faire taire toutes les voix qui dérangent. En tout cas, on a envie de se demander si le Bénin n’est pas en train de se « gondwaniser ». Et à l’allure où vont les choses, le Bénin risque de se retrouver en tête de la lugubre liste des pays prédateurs de la liberté de presse. Mais que le pouvoir se le tienne pour dit. La dure épreuve que vient de traverser Ignace Sossou n’émoussera en aucune manière sa détermination à poursuivre son travail d’investigation. Si Talon pense pouvoir se servir de la Justice pour émousser l’ardeur au travail et l’engagement des journalistes, il se fourre le doigt dans l’œil.

Un Etat qui s’attaque à la liberté de la presse, n’est ni plus ni moins qu’une dictature

En tout cas, pour autant qu’il veuille préserver son image de démocrate, le pouvoir béninois a tout intérêt à se ressaisir, car un Etat qui s’attaque à la liberté de la presse, n’est ni plus ni moins qu’une dictature. Pourquoi ne pas prendre exemple sur d’autres pays comme le Burkina Faso ou le Sénégal qui sont allés loin en dépénalisant les délits de presse ? Car, en démocratie, pour quelque raison que ce soit, on ne doit pas se réjouir de l’emprisonnement d’un journaliste. Cela est d’autant vrai que la vitalité de la démocratie se mesure à l’aune de la liberté de la presse. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette condamnation d’Ignace Sossou aura été une mauvaise publicité pour le régime de Patrice Talon. Il ne fait pas l’ombre de doute que cette condamnation du journaliste d’investigation apporte de l’eau au moulin de tous ceux qui accusent le président Talon de vouloir tuer la démocratie béninoise qui, pourtant, constituait une vitrine sur le continent.

DZ

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