LIBERATION PROCHAINE D’AHMED ABBA : La vérité a-t-elle rattrapé le mensonge ?

LIBERATION PROCHAINE D’AHMED ABBA : La vérité a-t-elle rattrapé le mensonge ?

Après plus de deux ans  passés derrière les barreaux, le correspondant en langue haouassa de Radio France internationale (RFI) recouvrira bientôt la liberté. Il ne reste plus que quelques formalités judiciaires à remplir pour qu’Ahmed Abba, puisque c’est de lui qu’il s’agit,  dise au revoir à ses geôliers pour rejoindre sa famille. Ainsi en a décidé le Tribunal militaire de Yaoundé qui, après maints reports, a réduit à 24 mois sa peine. Or, arrêté le 30 juillet 2015, et condamné à 10 ans de prison ferme assortis d’une amende de 85 000 euros, en première instance en avril dernier, pour  « non-dénonciation d’un acte terroriste » et « blanchiment de produit d’un acte terroriste » (ce dernier chef d’accusation ayant finalement été écarté en appel), Ahmed Abba aura passé 29 mois dans les liens de la détention et cela, en dépit de l’immense clameur que sa condamnation avait suscitée au-delà des frontières camerounaises. Quand on sait qu’au Cameroun, les condamnations d’emprisonnement ferme sont le plus souvent confirmées en appel quand elles ne sont pas tout simplement revues à la hausse, on ne peut que se féliciter de l’allègement de la peine de notre confrère qui, pour avoir fait son travail, « n’avait rien à faire dans une prison ». Et c’est peu dire. Du reste , on a l’impression que la Cour d’appel elle-même était gênée aux entournures, consciente qu’elle était que le dossier Ahmed Abba était juridiquement « vide ». C’est pourquoi pour sauver  la face de la Justice camerounaise, elle a décidé de réduire à 24 mois sa peine d’emprisonnement ferme de 10 ans.

Le problème du Cameroun, c’est Paul Biya

En fait, on ne le sait que trop bien. La condamnation du correspondant de RFI achevait de convaincre l’opinion internationale de la « crispation des autorités camerounaises vis-à-vis de la presse sacrifiée sur l’autel de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme » pour reprendre les propos du Secrétaire général de RFI, en la personne de Christophe Deloire. A preuve, en plus de Ahmed Abba, au moins six autres journalistes sont dans le collimateur du pouvoir, certains ayant même été interdits d’exercer le métier. Ainsi va la vie au Cameroun où critiquer l’action du régime en place est perçu comme un crime de lèse-président et sévèrement réprimé. Si fait que visiblement émasculé, le peuple a fini par se résigner. En fait, le problème du Cameroun, c’est Paul Biya. Car, voici un homme qui, arrivé au pouvoir en 1982 après la démission de son mentor Ahmadou Ahidjo, incarnait beaucoup d’espoirs  et qui, au fil des ans, s’est mué en un dictateur impitoyable et impénitent qui travaille à museler la presse dans son pays au point que d’année en année, ils sont nombreux les journalistes camerounais qui, pour sauver leur peau, prennent le chemin de l’exil. C’est tout simplement regrettable. Car, pendant que certains pays parlent de dépénalisation des délits de presse, au pays de Biya, on continue de persécuter les journalistes.

B.O

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