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MANIFESTATION CONTRE TRUE GOLD A NAMISSIGUIMA : Des blessés enregistrés et des personnes interpellées

Comme nous l’avions annoncé dans notre parution du vendredi 29 mai 2015, une marche a effectivement eu lieu le même jour à Namissiguima contre la société minière True Gold Mining. Cette manifestation qui se voulait pacifique, selon les populations de la localité, a malheureusement tourné au vinaigre avec à la clé des blessés. Une quinzaine de personnes ont été également interpellées et mises à la disposition de la Justice. Dans la matinée, Namissiguima a ressemblé, durant quelques heures, à un véritable champ de bataille : gaz lacrymogènes, courses-poursuites, bastonnades et arrestations. Au regard de la complexité de la situation, le gouverneur de la région du Nord, Hassane Sawadogo, a rencontré les différentes communautés musulmanes pour leur donner « la vraie version du problème », afin d’éviter des « informations fantaisistes ». Une conférence de presse a aussi contribué à donner la version dite officielle des faits.

Vendredi 29 mai 2015. Une date que la commune rurale de Namissiguima n’oubliera pas de sitôt. Et la cause est connue. Il est 8h et la marche programmée contre le retour de la société minière True Gold Mining peut maintenant commencer. Le rassemblement prend corps à partir de la grande mosquée de Ramatoulaye, fief de la confrérie Tidjania. Avant le top de départ, quelques consignes ont été données aux marcheurs par les meneurs: pas de violences ni de défiance de l’autorité. «Quiconque s’amuserait à dévier l’objectif de cette marche sera immédiatement lynché», a prévenu El Hadj Moumouni Bagagnan, président de la jeunesse de Ramatoulaye. Des consignes qui seront longuement réitérées par Maiga Abdoul Aziz, demi-frère du Cheick Maiga 2, personnage respecté dans la localité. La foule est constituée de jeunes, de personnes du 3e âge, mais aussi d’adolescents. Pour sa part, Guiro Soumaila, président de la jeunesse de Namissiguima, tenait une correspondance destinée au préfet, président de la Délégation spéciale de Namissiguima, Barry Abdoulaye. Un passage de ladite lettre est sans équivoque : « Nous sommes opposés à la reprise des activités de True Gold dans notre localité ». Les marcheurs, munis de pancartes de fortune, visiblement hostiles à True Gold, démarrent en scandant le nom d’Allah. « La hila-la ». Ce refrain était une sorte d’arme galvanisatrice pour les marcheurs. Arrivés à la place du marché de Namissiguima, les manifestants observent une halte. Là, les forces de l’ordre ont voulu s’interposer à l’avancée de la foule qui grossissait au fur et à mesure que le temps passait. Après quelques brefs échanges infructueux, les forces de l’ordre n’ont pas réussi à stopper les mécontents déterminés. La gendarmerie et la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) sont résolues à devancer les frondeurs à la mairie où elles prennent position. C’est là que le premier coup de gaz lacrymogène a été tiré, loin des manifestants. Les esprits commencent à s’échauffer . Les meneurs de la marche crient: «Nous ne sommes pas là pour la bagarre. Nous voulons juste exprimer notre mécontentement». La situation se calme quelque peu, et la foule prend la direction de la préfecture pour, disait-elle, aller remettre sa lettre au président de la Délégation spéciale, Abdoulaye Barry. Cette course folle vers le bâtiment préfectoral sera stoppée par une pluie de gaz lacrymogènes des forces de l’ordre. L’air devient subitement irrespirable. Une fumée noire et nauséabonde empoisonne l’atmosphère.

Un manifestant forcé à uriner sur ses amulettes

C’est là qu’un manifestant anonyme nous offre quelques gouttes d’eau d’une bouilloire. Pendant ce temps, les autres, révoltés, éparpillés en petits groupes, ne s’avouent pas vaincus. Bien au contraire, les plus hardis foncent et traitent ceux qui battent en retraite de poltrons. Dès lors, les forces de l’ordre pourchassent un à un les manifestants, les traquent et les bastonnent. Alors qu’un véhicule poursuivait les manifestants à vive allure, un élément des forces de l’ordre en tombe. Il est grièvement blessé. Quelques manifestants, irrités, ont alors commencé à affronter par des jets de pierre, les forces de l’ordre.

A 9h 12mn, nous arrivons à la préfecture de Namissiguima. La traque des manifestants se poursuit de plus belle.   Le commandant en charge des opérations, téléphone collé à l’oreille,  lance à sa hiérarchie. « Nous les avons dispersés, mais ils sont en train de se former en petits groupes pour revenir. Envoyez-nous du renfort », disait-il à son interlocuteur. Dans la cour de la préfecture, nous avons, pendant une bonne quinzaine de minutes, assisté à la bastonnade copieuse des manifestants, à l’aide de branches d’arbres et de matraques. Il a été demandé à 4 personnes interpellées  de répéter par force le refrain ‘’la hila-ila-la’’. Ceux-ci qui étaient d’un certain âge et qui considéraient cela comme une humiliation, n’ont pas voulu obtempérer. Un gendarme d’un tempérament fougueux s’est mis à les fouetter. Sous l’effet des brimades, les personnes, torses nues, n’ont pas pu résister. Le  «la-hila-ila-la »  a été repris en chœur et avec une certaine intensité. Un autre, appréhendé avec des amulettes, a été forcé d’uriner sur elles. Agée d’environ 65 ans, une 5e personne venait d’allonger la liste des interpellés. Même si elle n’a pas été physiquement brutalisée, elle l’a par contre été verbalement. « A ton âge là, tu n’a pas honte de marcher avec tes petits-fils. Vas-y t’asseoir ! », lui a-t-on ordonné. A 9h 24mn, pendant que la course-poursuite continuait, nous avons pu rencontrer le préfet, président de la délégation spéciale dans son bureau. A travers les fenêtres, il suivait les actions des agents de sécurité ». Il accepte de nous recevoir mais refuse de se confier à nous : « M. le journaliste, avec le respect que je vous dois, je n’ai rien à vous dire. Actuellement, comme vous-même le constatez,   la situation est volatile. Je ne sais pas ce que cela aura comme conséquences pour ma propre personne à l’allure où vont les choses. »

Les manifestants ont-ils oui ou non  déposé une demande d’autorisation? Avons-nous insisté. Et le jeune préfet de répondre par l’affirmative, avec une voix presqu’ inaudible, au regard de la gravité du moment. Visage grave, démarche affolante, Abdoulaye Barry nous raccompagne, puis s’engouffre de nouveau dans son bureau. Les interpellations se poursuivaient. Soudain, un véhicule rempli d’agents arrive avec à son bord un manifestant. Combien d’agents ont-ils été déployés pour les besoins de la cause ? Bien malin qui saura répondre à cette question. Toujours est-il que nous avons pu dénombrer au moins 9 véhicules remplis de policiers et de gendarmes. Les interpellations se sont poursuivies jusque tard dans la nuit de vendredi à samedi et ont eu raison du président de la jeunesse de Ramatoulaye, El Hadj Moumouni Bagagna. Selon ses proches, la gendarmerie est venue chez lui et lui a demandé de la suivre en vue de faciliter la libération des manifestants interpellés. Selon nos sources, le Cheick Aboubacar Maiga 2, en déplacement actuellement à la Mecque, devrait, depuis l’Arabie Saoudite, adresser un message à ses adeptes. Ce message, à ce que l’on dit, est censé déterminer la poursuite ou l’arrêt de la bataille contre True Gold. A en croire un des meneurs de la lutte, la population de Namissiguima a été contactée dans la matinée du samedi 30 mai pour une conciliation « conditionnée ». Au fait, si la population accepte de signer un document qui montre sa bonne volonté de travailler avec True Gold dans le cadre du Comité local de suivi (CLS), les autorités sont disposées à libérer les personnes interpellées. Une proposition qui n’a pas rencontré l’assentiment des interlocuteurs d’en face.

15 interpellations, 7 blessés

Face à la situation, le gouverneur du Nord, Hassane Sawadogo, a rencontré la presse le lendemain 30 mai, pour faire l’état des lieux. Selon lui, la marche n’était pas autorisée et le préfet de Namissiguima a eu le temps de le signifier aux organisateurs qui ont déposé la demande le 28 mai 2015 à 18h 11mn, alors qu’il fallait le faire 72h avant. Pour lui, la population a passé outre la décision du préfet. Aussi, il a annoncé l’interpellation de 15 des manifestants estimés à plus de 500 personnes. Quant au nombre de blessés, le gouverneur a fait savoir que 4 manifestants ont été légèrement blessés, ainsi que 3 éléments des forces de l’ordre dont un grièvement, qui a été évacué à Ouaga.

Il faut signaler qu’avant cette conférence de presse, le gouverneur a rencontré les leaders des confréries religieuses dont le grand imam de Ouahigouya. Rien n’a filtré de ce conclave. Seulement, le gouverneur dit avoir rencontré ces leaders pour que la crise ne glisse pas sur le terrain religieux.

Hamed NABALMA

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2 commentaires

  1. Que de chaque côté chacun mette de l’eau dans son vin. Ici l’intransigeance est il me semble, une voie sans issue. Que les autorités religieuses soient des vecteurs de paix afin que soit évités au Burkina des conflits à consonance confessionnelle. Que la sagesse et la retenue l’emporte.

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