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MANIFS CONTRE UN TROISIEME MANDAT DE CONDE

Un dialogue pour quoi faire ?

A Conakry, après deux jours d’une violente tempête sociale dont le bilan s’établit à près de sept morts, des dizaines de blessés et de nombreuses arrestations, le ton semble à l’apaisement. C’est du moins ce que laisse croire la sortie du ministre de l’Administration du territoire, le général Boureima Condé, qui invite l’opposition au dialogue. « La porte n’a jamais été fermée. Cela ne sert à rien de verser le sang pendant que le verbe, les mots peuvent trouver la solution », a-t-il laissé entendre. La question que l’on peut d’emblée se poser après ce brusque changement de ton du gouvernement, est la suivante : l’Exécutif guinéen est-il de bonne foi ? Point n’est besoin de regarder dans une boule de cristal pour voir que cette offre de dialogue du gouvernement cache mal une ruse de guerre destinée à casser le rythme de la contestation et à gagner du temps. Car, on le sait, le gouvernement fait un clin d’œil à la communauté internationale qu’elle prend à témoin de sa disponibilité à dialoguer avec ses opposants. Alpha Condé ne fait donc semblant de reculer que pour mieux sauter. Mais cette vieille ruse de guerre va-t-elle prospérer ?

 

Le dialogue ne saurait se substituer aux dispositions de la loi fondamentale de la Guinée

 

Rien n’est moins sûr dans la mesure où l’opposition, bien consciente que le pouvoir négociera avec le poignard dans le dos, pose comme préalable à toute discussion, l’engagement ferme du président Alpha Condé à ne pas briguer un troisième mandat. Du reste, l’on imagine difficilement comment les leaders de l’opposition pouvaient enjamber les cadavres de leurs militants tombés sur le champ de bataille, pour se précipiter à la table dressée par leur bourreau sans se mettre à dos une partie de l’opinion nationale et internationale. Et puis, l’on peut toujours s’interroger sur l’opportunité même de ce dialogue dans la mesure où le strict respect de la Constitution permet, à lui seul, de résoudre le problème posé. C’est le lieu de saluer la maturité politique  du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) qui a compris que le dialogue ne saurait, en aucun cas, se substituer aux dispositions de la loi fondamentale de la Guinée et qu’il pourrait même déplacer le débat dans une zone de non droit. Mais l’on peut se poser la question de savoir si l’opposition guinéenne ne tombe pas dans un autre piège en refusant la main tendue du pouvoir. Ne court-elle pas le risque de vendanger une partie du capital de sympathie dont elle bénéficie auprès de l’opinion publique en refusant de saisir la main du gouvernement dans une Afrique où le dialogue passe pour une valeur cardinale ? Et puis, ne manquera-t-elle pas une occasion pour plaider la cause de ses militants arbitrairement arrêtés lors des manifestations des 14 et 15 octobre ? A la réflexion, les deux positions ne sont pas totalement incompatibles. L’on peut même penser que le FNDC ne risque pas grand-chose en acceptant la main tendue d’Alpha Condé. Tout en refusant de marchander sa position sur la modification de la Constitution et en maintenant la mobilisation dans la rue, il peut aller à la table des négociations. D’une part, il prendrait ainsi à témoin l’opinion nationale et internationale de sa disponibilité à dialoguer mais d’autre part, il conserverait ainsi la sympathie de tous ceux qui sont attachés à cette valeur.

 

Il faudra que le FNDC se montre imaginatif pour maintenir le flambeau de la lutte

 

C’est, en tout cas, de la sorte que l’opposition burkinabè avait manœuvré en 2014 pour éviter le piège du dialogue que lui avait tendu Blaise Compaoré. Tout en gardant ses militants et sympathisants mobilisés, elle était allée au dialogue pour réaffirmer son refus de la modification de l’article 37 ; toute chose qui avait eu pour effet d’écourter le débat dont la durée totale n’avait pas excédé trois minutes d’horloge. Le FNDC pourrait donc s’inspirer de ce modèle.   Cela dit, que l’opposition aille ou pas au dialogue, le plus urgent pour elle reste le défi de l’organisation et de la redynamisation du mouvement de contestation qui semblait, au deuxième jour de manifestation, présenter des signes d’essoufflement. Comme on le sait, le pari d’une grande mobilisation sur la longue durée, est difficile à gagner. Cela dit,  il faudra que le FNDC se montre imaginatif en trouvant des stratégies pour maintenir le flambeau de la lutte, comme le font si bien les Algériens.  En attendant de voir l’évolution de la situation, c’est le lieu encore d’interpeller la communauté internationale pour qu’elle sorte de son mutisme coupable face au rêve de pouvoir à vie d’Alpha Condé et à la dérive meurtrière de son gouvernement. Il y a donc urgence à agir surtout que les violences communautaires ont pignon sur rue en Guinée.

« Le Pays »

 

 

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