MARCHE CONTRE LA VIE CHERE

MARCHE CONTRE LA VIE CHERE

 Aller vers le juste partage des sacrifices

 Sous la houlette de la Coalition nationale de lutte contre la vie chère (CCVC), de nombreux Burkinabè ont battu le pavé, hier, 29 novembre 2018, contre l’augmentation du prix des hydrocarbures qui risque d’avoir un impact sur le renchérissement de la vie. En rappel, le 8 novembre dernier, le gouvernement décidait, en conseil des ministres, l’augmentation, de 75 FCFA, des prix à la pompe du litre d’essence et de gasoil qui sont passés, dès le lendemain, respectivement de 602 à 677 et de 526 à 601 F CFA. Cette nouvelle est tombée comme un couperet sur la tête des consommateurs burkinabè qui n’étaient en rien préparés à une telle augmentation, encore moins avec un tel taux (12%).

Le gouvernement gagnerait à aller à un dialogue franc et sincère avec les partenaires sociaux

 Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est une mesure qui a du mal à passer, tant la pilule s’avère trop amère pour des populations au pouvoir d’achat déjà fortement en souffrance. En témoignent la bronca qui a accueilli la mesure et la foule cosmopolite de manifestants parmi lesquels l’on comptait des syndicalistes, des militants de partis politiques, des activistes de la société civile voire des citoyens sans coloration, qui ont tous répondu à l’appel de la CCVC à l’occasion de cette marche de protestation qui s’est tenue sur l’ensemble du territoire national. Et la colère des manifestants est d’autant plus compréhensible que malgré les assurances du gouvernement, l’on peut aisément imaginer les répercussions prévisibles de cette augmentation des prix de produits aussi sensibles que l’essence et le gasoil, qui, si elles ne sont pas contenues, contribueront sans nul doute à maintenir la grande masse des populations dans la précarité. C’est pourquoi le gouvernement gagnerait à aller à un dialogue franc et sincère avec les partenaires sociaux. Car, il y a fort à parier que si ceux-ci avaient été sensibilisés et associés d’une façon ou d’une autre à la prise d’une telle décision, l’on aurait pu faire l’économie d’une telle manifestation qui vient en rajouter à la longue liste des coups durs portés à notre économie. Il y a donc lieu de croire que même si le gouvernement ne manque pas d’arguments pour justifier sa décision, il a aussi donné des verges pour se faire fouetter. Et aujourd’hui plus que jamais, la question de la transparence dans la gestion de la chose publique, se présente comme un impératif. Car, on ne peut plus rien cacher durablement aux populations. Et dans le cas d’espèce, au moment où se tenait la marche, la fluctuation à la baisse des prix du marché mondial battait en brèche l’argument du gouvernement dont les chiffres avancés pour justifier l’augmentation étaient déjà dépassés.

Quoi qu’il en soit, il ne sert à rien de vouloir faire l’Autruche. Et le gouvernement gagnerait à considérer de telles interpellations comme des avertissements sans frais pour redresser la barre. Il y va de son intérêt et de celui de tous. Attention donc à la cocotte-minute ! Car, un problème peut en cacher un autre. Et rien ne dit que la question de la hausse des prix des hydrocarbures et du renchérissement de la vie qui a servi de prétexte pour fédérer, hier, de nombreux Burkinabè de colorations différentes, ne cache pas d’autres préoccupations corporatistes momentanément mises en berne, et qui pourraient bien donner le tournis au gouvernement, si elles devaient opportunément être mises sur la table.

 On ne peut pas demander au peuple de serrer la ceinture quand certaines dépenses au sommet passent à ses yeux pour des dépenses de prestige

En un mot comme en mille, il revient au gouvernement d’éviter de prêter le flanc. Car, on ne peut pas demander au peuple de serrer la ceinture quand certaines dépenses au sommet passent à ses yeux pour des dépenses de prestige. Sont de celles-là, par exemple, l’acquisition de véhicules de haut standing pour des personnalités de l’Etat. C’est pourquoi il faudrait travailler à aller vers un juste partage des sacrifices, pour espérer apaiser un front social en perpétuelle ébullition.

En tout état de cause, la rue s’est une nouvelle fois exprimée, mais cela participe de la construction et du renforcement de la démocratie. Et il est heureux que les choses se soient déroulées sans couac ni anicroche. C’est la preuve de la maturité grandissante des Burkinabè, en matière de manifestations de rue. Il appartient maintenant au gouvernement de se montrer à l’écoute des populations à la limite de l’exaspération à cause du renchérissement de la vie, et qui ne savent plus véritablement à quel saint se vouer ; car la réalité est que la grande majorité vit dans une misère ambiante. Toute autre attitude visant à ignorer royalement ou à balayer du revers de la main ces préoccupations, pourrait être lourde de conséquences. D’autant plus que le tandem des organisations de la société civile, des partis politiques d’opposition et des syndicats qui se sont retrouvés dans la marche d’hier, pourrait s’avérer une triplette hautement explosive pour un gouvernement qui n’a pas encore fini avec les déboires et dont l’action a visiblement été plombée par une question sécuritaire qui s’est imposée aussi comme une priorité. C’est dire s’il faut éviter d’aller à un pourrissement de la situation et à un durcissement des positions. Personne n’aurait à y gagner.

 

« Le Pays »

 

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