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MARCHE CONTRE LE REGIME CORROMPU DE TSHISEKEDI  

L’enfant conçu dans le péché peut-il être vertueux ?

Hier, 21 octobre 2019, a eu lieu une marche anti-corruption en République démocratique du Congo (RDC). Le Comité laïc de coordination (CLC) qui en a eu l’initiative entend, par là, interpeller fortement le régime de Félix Tshisekedi afin que celui-ci traduise dans les actes, l’une de ses promesses faites aux Congolais pendant la campagne électorale. Dix mois après que ses  compatriotes lui ont permis d’accéder au palais de marbre de Kinshasa, l’on peut faire le constat que Tshisekedi fils a d’autres chats à fouetter que d’aller en croisade contre ce grand mal qui ronge la RDC depuis Mobutu, et qui, de manière implacable, plombe le développement du pays.  Dix mois après, en tout cas, le mal persiste. Et tout porte à croire qu’il a encore de beaux jours devant lui, puisque Tshisekedi semble s’en accommoder au point  qu’il rechigne à faire rendre gorge au système corrompu de son prédécesseur Joseph Kabila.

 

On doit tresser au CLC des lauriers pour sa constance dans la lutte contre la prédation des biens de la République

 

 Et de manière explicite, il l’a dit en ces termes : « En arrivant au pouvoir, ma philosophie a été de tirer un trait sur le passé (…). On peut repartir avec ceux qui ne sont pas trop compromis ». Ces propos ont été tenus en septembre dernier. En un mot comme en mille, on peut dire que le président veut faire dans le recyclage des corrompus les plus  fréquentables de la République. Il n’est donc pas  étonnant qu’au sein de son propre cabinet, l’on compte des personnalités sur qui pèsent des soupçons de pratique présumées de corruption. En effet, l’Inspection générale des finances a révélé, en août dernier, que 15 millions de dollars de fonds publics, qui devaient être versés au Trésor public, étaient partis sur un autre compte. Au lieu d’inviter la Justice à élucider cette affaire plus que trouble, le président Tshisekedi s’est fendu d’une explication alambiquée. Pour lui, en effet, il n’y a pas de quoi ameuter toute la terre, puisqu’il s’agit d’une affaire non de « détournement », mais de « retro commissions ». Cette attitude du président peut être décryptée comme une volonté de sa part, de jouer à l’avocat défenseur des présumés corrompus qui travaillent à ses côtés. Et le premier d’entre eux pourrait être son directeur de cabinet,   Vital Kamerhé. L’on ne peut donc pas faire le reproche au CLC de chercher des poux sur une tête rasée, lorsqu’il entend battre le macadam de Kinshasa contre la corruption. On doit, au contraire, lui tresser des lauriers pour sa constance dans la lutte contre la prédation des biens de la République. En effet, le rôle de vigie de la République, de l’Eglise catholique, n’a pas commencé avec le régime de Tshisekedi. Depuis Mobutu jusqu’à Kabila fils en passant par Kabila père, l’Eglise catholique a toujours été à l’avant-garde du combat pour la moralisation de la vie politique en particulier et pour la promotion de la démocratie en général. Le CLC, qui est un collectif proche de cette institution morale, est donc bien dans son rôle  de ne pas baisser aujourd’hui la garde face à la corruption, puisque le régime de Tshisekedi donne l’impression, sur ce front, de faire du Kabila sans Kabila. D’ailleurs, le Secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti présidentiel, a estimé que la démarche du CLC « n’est pas opportune » aujourd’hui.

Tshisekedi doit sa victoire beaucoup plus à un deal entre lui et Joseph Kabila qu’à la volonté du peuple congolais

 

En se mouchant ainsi bruyamment, le moins que l’on puisse dire, c’est que le camp de Tshisekedi est gêné aux entournures de voir le CLC toujours vent debout contre la corruption après la chute du régime Kabila.En tout cas, il a manqué l’occasion de se taire. Car, le CLC a tellement souffert des excès du système Kabila, qu’il ne peut se permettre aujourd’hui de donner la communion au régime de Tshisekedi sans confession. D’ailleurs, l’on peut se poser la question de savoir si l’enfant conçu dans le péché, peut être vertueux. Cette question fait référence aux circonstances troubles dans lesquelles Félix Tshisekedi a été élu président. Pour bien des observateurs du scrutin présidentiel, avec à leur tête, justement le CLC, Tshisekedi doit sa victoire beaucoup plus à un deal entre lui et son prédécesseur Joseph Kabila, qu’à la volonté du peuple congolais. Ce péché originel fait de lui un obligé de Kabila fils.De ce point de vue, le chef de l’Etat se retrouve aujourd’hui dans une situation où il est tenu d’observer une attitude servile vis-à-vis de la personne qui lui a permis d’être là où il est aujourd’hui. C’est, peut-on dire, cette gratitude à Kabila fils qui l’a probablement conduit en septembre dernier, à dire ceci : « Je n’ai pas à fouiner dans le passé. Trop de travail m’attend ».  Ces propos sonnent comme un aveu de son refus conscient de faire l’inventaire du règne de Kabila et par conséquent, de son incapacité à faire dans la rupture. Qu’il se retrouve aujourd’hui dans le viseur du CLC est donc tout mérité. En tout cas, ce n’est pas l’Exécutif encore moins l’Assemblée nationale, dominés outrageusement par le Front commun pour le Congo (FCC) de Kabila fils, qui vont travailler contre la corruption. Dans le contexte actuel, le seul rempart crédible contre ce fléau est la société civile et l’opposition politique incarnée  par le malheureux Martin Fayulu. Ce dernier et ses partisans ont donc des raisons de s’associer au CLC pour crier haro sur le régime Tshisekedi, pour son manque de volonté politique manifeste d’inscrire la RDC dans une gouvernance vertueuse. Et cela dure depuis 10 mois.

« Le Pays »

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