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MORT DE L’EX-PRESIDENT TUNISIEN

Une mort qui devrait interpeller…

Balayé par le printemps arabe en 2011, l’ex-président tunisien, Zine el Abidine Ben Ali, a tiré sa révérence hier, 19 septembre 2019 des suites de maladie. L’ex-satrape était âgé de 83 ans et vivait dans la ville portuaire de Djeddah en Arabie Saoudite, où il s’était exilé avec son épouse Leïla Trabelsi, son fils Mohamed et sa fille Halima depuis sa chute en 2011. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Ben Ali aura marqué son pays beaucoup moins positivement que négativement. En effet, ses premières années au pouvoir ont été marquées par des progrès, notamment sur le plan économique et sur celui du statut de la femme. Mais comme le pouvoir absolu corrompt absolument, du statut de sauveur à son accession au pouvoir, Ben Ali s’est vite revêtu du manteau de dictateur. Conséquence, durant plus de deux décennies, le peuple tunisien aura été privé de liberté, de démocratie mais aussi et surtout du pain avec à la clé, un chômage endémique de la jeunesse. Bien que policier, son régime ne pouvait survivre à tous ces facteurs négatifs. C’est ainsi qu’un 17 décembre 2010, un jeune vendeur ambulant de Sidi Bouzid, Mohamed Bouazizi, s’est immolé par le feu, en signe de protestation contre la saisie de sa marchandise par les autorités. Une horreur qui n’a eu pour effet que de mettre le feu aux poudres parce que le peuple ne pouvait plus supporter les actes de corruption et de népotisme qui caractérisaient le régime en place. La suite, on la connaît. Le successeur de Habib Bourguiba a été contraint de fuir son palais doré le 14 janvier 2011. L’homme qui avait pris les rênes du pouvoir en 1987 par un coup de force, quitte ainsi piteusement la scène, libérant la Tunisie affamée et assoiffée de liberté et de démocratie.

Ben Ali aura été une figure politique controversée pour les Tunisiens

Jugé et condamné par contumace à 35 ans de prison pour malversations et à vie pour répression des manifestants, l’ex-tyran tunisien n’a pu purger ses peines, les autorités saoudiennes ayant, par deux fois, refusé de l’extrader vers son pays qui réclamait sa tête. D’une certaine manière, Ben Ali aura payé pour ses nombreux crimes. Et cela pour plusieurs raisons. La première est que son projet de revenir au pays en vue de reprendre la main aux premières heures de sa chute, est tombé à l’eau. La seconde, c’est le fait de mourir en exil loin des siens. Ben Ali aura été une figure politique controversée pour les Tunisiens. Aura-t-il droit à des funérailles dignes de son rang comme Caïd Essebsi ? Cela est très peu probable. Ironie du sort, l’homme a cassé sa pipe au moment où son peuple est en train de parachever dans les urnes, la révolution qui a eu raison de son long règne sans partage.  On peut être sûr d’une chose : très peu de Tunisiens regretteront l’ancien securocrate de Bourguiba, qui aura négativement marqué son temps. Il quitte ainsi le monde des vivants sans que sa disparition ne provoque une vague de compassion et de torrent de larmes à travers le monde.
Une mort qui devrait interpeller les dictateurs du continent. Leur addiction maladive au pouvoir, semble leur avoir fait oublier qu’ils ne sont pas éternels. Si bien qu’ils semblent avoir fini par se soucier très peu de ce que l’histoire retiendra d’eux, après leur passage sur terre. Bâtisseur, il le fût, certes. Mais, dictateur, Ben Ali l’aura aussi été et c’est bien, hélas, l’image que la postérité gardera le plus, de lui… à jamais.

DZ

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