MOUSSA ZERBO, député UPC « Tout comme l’article 37 à l’époque, ce Code électoral est légal mais dangereux »

MOUSSA ZERBO, député UPC     « Tout comme l’article 37 à  l’époque, ce Code électoral est légal mais dangereux »

 Le député Moussa Zerbo est l’un des très virulents leaders de  l’Opposition politique.  Alors que le Conseil constitutionnel vient de rendre  une décision déclarant le nouveau Code  électoral conforme à la Constitution, l’Opposition politique n’entend pas  baisser les bras. Du moins, c’est le message de l’invité du jour de votre rubrique « Mardi Politique ».

 

« Le Pays »: Le Conseil constitutionnel vient de trancher le débat sur le nouveau Code électoral. Selon la décision du Conseil, les articles incriminés sont conformes à la Constitution. Quel commentaire en faites-vous?

 

Moussa Zerbo : Nous nous gardons de commenter les décisions de justice ; nous en prenons simplement acte. Nous faisons confiance à notre Justice.

 

Pensez-vous que le droit a été dit dans cette affaire ?

 

Comme nous l'avons dit tantôt, nous prenons acte de cette décision de justice. Mais nous tenons à dire que ce n’est pas l’Opposition politique qui a saisi le Conseil constitutionnel. D’ailleurs, elle n’en a pas les prérogatives. Ce sont des députés de l’Opposition qui l’ont fait, et qui ont simplement informé le Chef de file de l’opposition politique (CFOP).

Maintenant que le Conseil constitutionnel a tranché, que compte faire l’Opposition politique qui avait prévu des manifestations ?

 

La question judiciaire semble avoir été vidée mais il reste la question politique et de l'opportunité de la loi. Vous vous souviendrez de la modification de l'article 37 qui était légale du point de vue  constitutionnel. Mais l'inopportunité de cette modification a conduit à des manifestations avec les conséquences que vous avez connues. Donc, tout comme l'article 37 à  l'époque, ce Code électoral est légal mais dangereux. Du reste, les manifestations pacifiques sont prévues et garanties par la même Constitution.  Autre élément de discorde, qui ne figurait pas dans la requête des députés, c’est la question du fichier électoral. L’arrimage de ce fichier au fichier de l’ONI, est une porte ouverte à la fraude électronique, parce que le processus échappera au regard de l’Opposition. Vous savez, c’est une manière subtile de dérober une part importante de l’organisation des élections à la CENI, au profit de l’Administration. Et cela, nous ne saurions l’accepter parce que c’est une remise en cause d’un acquis historique.  Nous réaffirmons que selon les règles établies, des manifestations de protestation seront organisées à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. Appel est donc lancé à toutes et à tous, les jours à venir, pour mettre fin à cette forfaiture qui est une remise en cause des acquis démocratiques. C'est un apartheid électoral dirigé contre nos compatriotes de la diaspora.  La question de l'équité ne saurait être un argumentaire sérieux, étant entendu qu'au terme de l'article 265 septies, il est dit ceci: « Les cartes d'électeurs obtenues après inscription sur présentation d'une pièce autre que la carte d'identité, demeurent jusqu'en  2021 ». En clair, à l'intérieur du pays, des Burkinabè voteront avec des actes de naissance, des permis de conduire, des carnets de famille, des cartes de vaccination, des permis de port d'armes, etc., jusqu'en 2021. Où est donc l'équité tant chantée par le pouvoir en place ? C’est là une question fondamentale.

Parler de fraudes électorales est devenu le réflexe des opposants en Afrique. On l’a encore vu tout récemment avec Soumaila Cissé au Mali. Ne pensez-vous pas que c’est exagéré de dire que le pouvoir actuel prépare une fraude électorale ?

 

Nous alertons sur des faits précis et des insuffisances constatés, qui pourraient être sources de fraudes électorales. Il n'y a aucune exagération ! Soumaïla Cissé  a prévenu bien avant, il n'a pas été écouté.

 

Vous parlez de manifestations les jours à venir. Est-ce à dire que la stratégie de lutte est définie et quels en sont les principaux contours ?

 

Les manifestations sont de plusieurs natures et nous nous gardons de dévoiler  quoi que ce soit avant des voix plus autorisées que la nôtre. Le moment venu, vous serez avisés.

 

D’aucuns disent qu’en ce qui concerne le débat sur le Code électoral, l’opposition cherchait juste un thème de campagne. Qu’en dites-vous ?

 

L'opposition n'a pas besoin de cela comme thème.  Nous sommes désolés, ce sont des propos vides de sens. Comment peut-on utiliser la question du Code électoral comme thème de campagne ? C'est une préoccupation légitime de nos compatriotes de l'extérieur et nous ne sommes pas restés insensibles à cette exclusion voire restriction électorale. C’est aussi la consécration de la fraude, à travers un fichier électoral à problème. Nous en avons plein. Entre autres, nous pouvons citer la mal-gouvernance, la corruption, l'incapacité à assurer la sécurité des Burkinabè et du pays, les questions de justice (dossier Thomas Sankara, Norbert Zongo, Dabo Boukary, Flavien Nébié, les crimes économiques…), la grogne sociale et la pauvreté ambiante qui ronge nos populations.

Entre nous, honorable, ne pensez-vous pas qu’en matière de communication politique, le débat sur le Code électoral est une opportunité pour l’Opposition de ne pas se faire oublier ?

 

C'est bien possible mais nous disons tout net que nous ne profitons d'aucune situation, comme certains  le pensent. C’est un débat qui vaut la peine d'être mené  sans passion, mais plutôt avec réalisme et objectivité. Il y va de la cohésion sociale et de la paix.

L’UPC a gagné son procès contre les députés frondeurs, sur l’utilisation de l’identité visuelle du parti. Quel intérêt votre parti avait-il à astreindre Daouda Simboro et ses compagnons en justice ?

 

C'est tout simplement une question de justice et de bon sens. La création de ce groupe n'a pas été autorisée par le parti, même si le règlement intérieur de l'Assemblée nationale autorise un groupe de dix députés à se constituer en groupe parlementaire. Par conséquent, l'utilisation de l'identité visuelle de notre parti par des frondeurs, ne saurait être tolérée. Toute décision doit être prise au sein des instances du parti.

 

Les frondeurs  se disent toujours militants de l’UPC. Ils n’ont jamais signifié leur démission du parti. Ne pensez-vous pas que l’UPC se trompe de combat dans cette affaire ?

 

L'UPC n'est en combat contre personne. Comme vous le dites si bien, lorsqu'on est militant d'un parti, on défend ce dernier et on mène les débats en interne et non pas des débats de rue. Aussi, on participe à la vie du parti en siégeant aux instances statutaires. Personne n'empêche les militants du parti de prendre part aux débats en son sein ou d'apporter des contradictions. Nous avons été simplement mis devant un complot qui a foiré. L'UPC s’est remise de cet épisode difficile et se porte à présent très bien.

De quel complot parlez-vous exactement et quels en étaient les contours et les acteurs?

 

Nous avons assez épilogué sur cette question au point que ce n'est plus à l'ordre du jour  chez nous. C'est un sujet sans importance pour nous.

 

Où classez-vous actuellement vos camarades frondeurs : sont-ils de l’opposition ou de la majorité ?

 

Ils sont mieux placés pour vous donner leur position. Seuls, eux, peuvent vous situer. Nous n'en savons rien.

 

Ont-ils été exclus de l’UPC, oui ou non ?

 

Posez aux intéressés la question s'ils se sont auto- exclus ou autre sinon, aucune décision n'a été prise par le congrès.

 

D’aucuns estiment que politiquement, le président de l’UPC, Zéphirin Diabré, a perdu les pédales et est mené en bateau par l’ancien régime que lui-même a combattu en mobilisant ses militants. Qu’en dites-vous ?

 

Nous pensons qu'il faut être sérieux. Vous pensez que quelqu'un de la trempe de M. Zéphirin Diabré peut être mené en bateau  par qui et pour quelle raison ? C'est une méconnaissance grave de l'homme. Le CFOP est une institution regroupant des partis ayant librement décidé de s'y affilier  et de mener un combat commun. Cela est une disposition constitutionnelle. Donc, qu'il soit clair que notre parti ne saurait aucunement entretenir une haine, ni une animosité à l'endroit des frères burkinabè, pour des raisons politiques ou autres.  Le peuple burkinabè a pardonné  à certains qui sont aux commandes de notre pays aujourd'hui.

 

Un des leaders qui ont fait naître et construit l’UPC, en l’occurrence Louis Armand Ouali, est aujourd’hui nommé conseiller à la présidence du Faso. Quel commentaire en faites-vous ?

 

Aucun commentaire à faire. Bon vent à lui !

 

Le 19 août dernier, c’était le premier anniversaire du décès de Salifou Diallo, ancien président de l’Assemblée nationale. Comment jugez-vous la gestion de l’hémicycle après le départ de Salifou Diallo ?

 

Avant tout propos, je voudrais m'incliner pour rendre hommage à ce grand homme. Que la terre libre du Burkina lui soit légère et que son âme repose en paix ! Malgré le caractère excessif qu'on lui connaissait, feu Salifou Diallo était un travailleur et cherchait toujours le consensus dans sa gestion en tant que président. Il informait et associait ses collaborateurs que nous sommes, à ses activités. Ses déplacements à l'intérieur comme à l'extérieur n'étaient pas officieux. La gestion des affaires courantes étaient plus transparentes. L’Assemblée nationale jouissait d'une certaine notoriété.

 

Voulez-vous nous dire que les déplacements du président Alassane Bala Sakandé, à l’intérieur ou l’extérieur du pays, sont officieux ?

 

Vous pourrez avoir la réponse à votre question en faisant un sondage à l'AN et auprès de vos confrères.

 

De façon générale, pensez-vous que Salifou Diallo manque à la classe politique actuelle ?

 

Bien sûr ! Même si on n’est pas du même parti, il faut reconnaître que c'est quelqu'un qui avait de la vision. C'était un vrai politique.

 

Les attaques terroristes touchent  d’autres localités du pays, notamment l’Est, le Sud-Ouest, le Mouhoun. Doit-on s’inquiéter de l’évolution territoriale des attaques ?

 

Cette situation ne laisse personne indifférent ; c'est même très inquiétant à l'allure où vont les choses. Il y a lieu de redoubler d’efforts pour sécuriser les personnes et l'ensemble du territoire.

 

Dans quels domaines pensez-vous que le pouvoir en place a réussi son mandat ?

 

Nous ne voyons véritablement pas grand-chose. Néanmoins, nous pouvons noter quelques efforts dans la réalisation des infrastructures routières. Là encore, ce sont des projets négociés  par l’ancien régime, et dont les financements, dans la plupart des cas, étaient déjà acquis.

 

Dans quels domaines note-t-on des échecs ?

 

Pratiquement dans tous les domaines : la gouvernance, le domaine sécuritaire, sur le plan sanitaire, l’éducation, l’économie et nous en passons.

 

Feriez-vous mieux si l’UPC était au pouvoir ?

 

Nous avons des solutions et des réponses appropriées aux problèmes de notre pays et aux préoccupations de nos populations. Nous avons des femmes, des jeunes et des hommes capables d'apporter des changements qualitatifs.

Interview réalisée par Michel NANA

 

 

 

 

 

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Google+