MOUVEMENT DE CONTESTATION AU SOUDAN. : Quand le pagne s’invite dans la danse contre el-Béchir

MOUVEMENT DE CONTESTATION AU SOUDAN.   :  Quand le pagne s’invite dans la danse contre el-Béchir

C’est une étape savoureuse, exquise pour les organisations encadrant le mouvement de contestation contre le président soudanais, Omar El-Béchir, entamé depuis le 19 décembre dernier. Faisant d’une vieille tradition d’engagement féminin dans l’opposition, leur miel, ces organisations viennent de rallier à leur cause, l’autre moitié du ciel soudanais. Parmi ces amazones, l’on se souviendra, pour longtemps encore, de ce cliché présentant cette jeune croquante juchée sur le toit d’une voiture et surplombant une masse de manifestantes qu’elle harangue, doigt pointé vers le ciel. L’image n’a pas tardé à faire le tour du monde, via les réseaux sociaux. Mère dévastée et consumée par la perte d’un fils tué par des policiers lors de manifestations en 2013, qu’avait-elle encore à perdre, en affrontant tous les regards tournés vers elle, lors du sit-in organisé le 7 avril dernier devant le quartier général de l’armée ? Et Dieu seul sait si des femmes courageuses et déterminées comme elle et qui nourrissent le rêve d’un Soudan nouveau qui n’aurait plus sa tête coiffée du turban de l’illustre wanted de la Cour pénal internationale (CPI), sont nombreuses. Que le pagne s’invite donc dans la danse et se mette dans tous ses états de colère homérique, c’est bien là, un signe des temps voire un mauvais présage. D’autant qu’il est généralement admis, dans l’imaginaire populaire africain, que lorsque le « sexe fort » s’aliène à ce point l’autre moitié du ciel pour des causes aussi viles qu’indéfendables, il finit par se mettre à dos le Ciel et à subir ses foudres. En tous les cas, Omar El-Béchir doit être en ce moment en état de stress aigu car, en plus d’avoir contre lui une bonne partie de ses concitoyennes, il va devoir désormais se méfier d’une armée de plus en plus distante à son égard, comme l’attestent les scènes de fraternisation entre certains soldats et les manifestants qui continuent de se mobiliser devant le siège de l’Armée. Et pour ne rien arranger, la police soudanaise qui était restée jusque-là fidèle au raïs et à laquelle on a, du reste, attribué les récentes violences contre des manifestants, semble s’être ressaisie : elle appelle à ne plus intervenir contre les civils.

 

El-Béchir doit certainement maudire ce jour-là, où le destin du Soudan a basculé et le sien avec  

 

 

Sans doute sa posture est-elle guidée par la crainte d’un clash entre elle et l’armée qui s’est, jusque-là, gardée de ne pas participer à la répression contre les manifestants et qui, mieux, se serait interposée entre ceux-ci et la police. Mais quoi qu’on dise, cette nouvelle posture des forces de police anti-émeutes devrait, aux yeux de El-Béchir, rendre l’équation de son maintien au pouvoir, encore plus complexe. D’autant que ces forces de police ont clairement affiché leur désir de voir un Soudan uni et disent être plutôt pour un accord qui soutiendrait un transfert pacifique du pouvoir. En tous les cas, la mobilisation promet d’être encore plus grande dans les prochains jours, les forces de sécurité s’étant jointes à celles de la défense soudanaise pour dire non à la barbarie contre les populations civiles. Les jours du président soudanais à la tête de l’Etat, sont-ils pour autant comptés ? Pourvu que ce mouvement ne s’étende pas trop dans la durée. Car, le risque existe que ces manifs finissent par s’essouffler et que, in fine, le dictateur parvienne à reprendre la main. Surtout que, jusque-là, on ne semble pas encore être en face d’un mouvement parfaitement bien structuré et aux actions bien coordonnées. On sait que tout avait commencé par ces fameuses émeutes de la faim, lesquelles ne sont pas étrangères à la partition du Soudan en juillet 2011. Du jour au lendemain, le Nord s’est retrouvé aux prises avec de sérieuses difficultés économiques et sociales pour la simple raison que le Sud, riche en pétrole mais désormais indépendant, ne pouvait plus continuer à assurer son rôle de vache à lait ou plutôt de pompe à sous pour le Nord. El-Béchir doit certainement maudire ce jour-là, où le destin du Soudan a basculé et le sien avec. En tout état de cause, le pouvoir de El-Béchir est en train de vaciller. Et le fait que certaines chancelleries occidentales appellent à la mise en place d’une transition, est loin d’être anodin.

 

« Le Pays »

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