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NANA AKUFO-ADDO A LA TETE DE LA CEDEAO

Que peut ce démocrate face aux timoniers de l’espace ouest-africain ?

L’évènement est passé presqu’inaperçu en raison de la brûlante actualité malienne qui a servi de plat de résistance à la 57e session ordinaire du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui vient de s’achever à Niamey au Niger. Le président nigérien, Mahamadou Issoufou, a passé le témoin à son homologue ghanéen, Nana Akufo-Addo, pour présider aux destinées de l’organisation sous- régionale pour une durée d’un an, conformément aux règles en vigueur. Avant de revenir sur ce nouveau mandat qui s’ouvre à la tête de l’institution communautaire, l’on se doit d’abord de féliciter le président sortant qui, on le sait, n’a pas fait dans la langue de bois pour afficher son opposition vis-à-vis de l’épidémie des 3es mandats qui a éclaté dans l’espace ouest-africain, tout comme il a fait preuve de fermeté face aux putschistes maliens.

 

Il prend les rênes de l’organisation au moment où celle-ci traverse une zone de fortes turbulescences

 

Même si le chef de l’Etat nigérien ne laisse pas à son successeur, une organisation sous ses plus beaux jours, on peut lui délivrer un grand satisfecit non seulement pour son attachement à la défense des valeurs démocratiques dans l’espace CEDEAO, mais aussi pour l’audace dont il a fait montre sur les questions sécuritaires face aux Occidentaux dont il a dénoncé les accointances avec certains milieux terroristes.    Pour en arriver au nouveau président en exercice de la CEDEAO, on peut dire, sans risque de se tromper, qu’il prend les rênes de l’organisation au moment où celle-ci traverse une zone de fortes turbulescences causées par la perte de sa crédibilité et se trouve confrontée aux plus grands défis de son existence à savoir l’insécurité, la difficile question de la monnaie communautaire, l’ECO, et les menaces de  l’instabilité politique avec la crise malienne et les tripatouillages constitutionnels pour s’offrir des 3es mandats comme en Côte d’Ivoire et en Guinée. C’est donc dire combien herculéennes sont les tâches du président Nana Akufo-Addo si tant est que son ambition soit d’amener l’organisation communautaire à atteindre ses objectifs de    «promouvoir la coopération et l’intégration dans la perspective d’une Union économique de l’Afrique de l’Ouest en vue d’élever le niveau de vie de ses peuples, de maintenir et d’accroître la stabilité économique, de renforcer les relations entre les Etats membres et de contribuer au progrès et au développement du continent africain ». La tâche s’avère d’autant plus ardue que certains de ses pairs sont ceux-là mêmes qui parsèment d’embûches le chemin, en l’occurrence ceux qui rament à contre-courant de l’histoire en faisant des pieds et des mains pour s’éterniser au pouvoir. Pour autant, Nana Akufo-Addo ne met pas les pieds à l’étrier en victime résignée. Il a le profil de l’emploi et peut, avec beaucoup de volonté, faire bouger les lignes. En effet, l’homme possède de nombreux atouts pour faire aussi bien sinon mieux que son prédécesseur. D’abord, il est loin de porter le bonnet d’âne dans la classe de la démocratie et dispose, de ce fait, d’une ascendance morale sur bien de ses homologues.

 

Il n’a pas de temps à perdre avant de mettre la main à la pâte

 

Il ne sera donc pas gêné de donner des leçons à ceux qui prennent des libertés avec les principes démocratiques. Son rôle sera d’autant plus aisé qu’il n’a pas de problèmes domestiques qui peuvent entraver ses actions. En effet, il dispose d’un bon bilan économique et son opposition ne campe pas dans la rue comme on le voit dans de nombreux Etats de la sous-région. Par ailleurs, l’autre atout majeur du président ghanéen est qu’il est réputé ne pas avoir sa langue dans la poche. On peut donc compter sur lui pour cracher ses vérités à ses vis-à-vis et faire preuve de fermeté quand il le faudra. Enfin, l’on espère aussi que le pragmatisme anglo-saxon lui permettra de faire preuve d’ingéniosité pour trouver des solutions aux nombreux problèmes qui se posent à l’espace sous-régional.   Cela dit, tout comme le dit le proverbe, « la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a ».  Aussi pétri de talents que soit le nouveau président en exercice de la CEDEAO, son action ne peut que s’inscrire dans les codes diplomatiques de l’organisation et l’on peut bien donc se poser la question suivante : que peut cet agneau face aux vieux loups de l’espace ouest-africain ?  Même s’il est condamnable de verser dans le pessimisme, ce serait tout de même faire preuve de réalisme que d’admettre que le démocrate bon teint qu’est Nana Akufo-Addo, aura fort à faire face aux grands timoniers de la CEDEAO dont certains comme Alpha Condé ne se sont pas gênés pour envoyer paître l’organisation ouest-africaine quand elle a voulu intervenir dans le débat politique guinéen.  Il faut d’ailleurs craindre que face à l’entêtement de ces fossoyeurs de la démocratie en Afrique de l’Ouest, la détermination de l’homme ne vienne à s’étioler et qu’il ne se replie sur ses soucis intérieurs avec l’élection présidentielle annoncée au Ghana pour la fin d’année.  En attendant de voir sous quel angle Nana Akufo-Addo placera son mandat à la tête de la CEDEAO, la seule certitude que l’on peut avoir est qu’il n’a pas de temps à perdre avant de mettre la main à la pâte. L’urgence est à la question malienne et l’on peut bien le dire, c’est au pied du mur que l’on reconnaît le bon maçon.

 

« Le Pays »        

 

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