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PLAN DE RIPOSTE CONTRE LE COVID-19 AU BURKINA

De la nécessité d’aller vers des solutions structurelles

Le gouvernement burkinabè a rendu public, dans la soirée du 7 avril 2020, lors de son traditionnel point de presse, son plan de riposte contre la pandémie du COVID-19. Le budget prévisionnel de ce plan est estimé à 177 900 426 021 F CFA. L’on peut, d’ores et déjà, se féliciter du fait que désormais, le pays dispose d’une feuille de route qui détermine les orientations à prendre et qui canalise les ressources financières à mobiliser pour venir à bout du virus invisible qui a déclaré la guerre au monde entier. Sans entrer dans le fond de ce plan qui cristallise toutes les attentions, au Burkina Faso, l’on peut déjà déplorer toute la polémique qui a entouré ce document dont l’enjeu est capital pour le pays, face à une crise sanitaire où l’humanité tout entière semble impuissante. En effet, l’on est passé d’un premier plan dont le coût initial était de 11 milliards de FCFA à un second estimé à environ 178 milliards. Mais plus que la croissance exponentielle des chiffres, ce qui a scié le moral de bon nombre de Burkinabè, c’est la clé de répartition de ce second budget qui accordait plus de 121 milliards de F CFA comme frais de location d’hôtels pour l’hospitalisation des malades.

La crise du Covid-19 n’est pas seulement que sanitaire, elle est aussi sociale, économique et politique

L’opinion publique nationale dont l’Opposition politique à travers le Chef de file de l’Opposition politique (CFOP), s’est fait le relais, n’y a vu « qu’un deal » ou « une nouvelle caverne d’Ali Baba » dont la finalité essentielle est de servir une clientèle politique qui n’a d’autres visées que de piller les ressources du pays. Même si le porte-parole du gouvernement dénonce « une fuite de documents », l’on ne peut que constater que le mal est déjà fait. Non seulement l’Exécutif y a perdu un peu de son crédit, mais pire, beaucoup de nos compatriotes mettent en doute le sérieux avec lequel l’on tente d’organiser la riposte pour venir à bout de la pandémie. Pour en arriver au fond du plan de riposte lui-même, l’on peut se féliciter que dans sa structuration, les concepteurs ne se soient pas seulement focalisés sur des données cliniciennes mais qu’ils aient ratissé large pour prendre en compte un secteur comme la communication qui, dans un tel contexte épidémiologique, est un pivot essentiel parce que visant le changement de comportements présenté comme le véritable frein à la maladie. Mais l’on peut cependant regretter que cette vision holistique ne se soit pas étendue à d’autres pans de la science qui auraient été d’un apport primordial. En effet, la crise du Covid-19 n’est pas seulement que sanitaire, elle est aussi sociale, économique et politique. En excluant donc les autres secteurs du plan de riposte, il y a fort à craindre que l’on ne soit pas sorti de l’auberge dans une structuration du monde où l’économique et le politique tiennent la santé et vice-versa. Par ailleurs, l’on peut déplorer avec les partenaires sociaux, notamment le Syndicat des médecins du Burkina Faso (SYMEB), que dans la clé de répartition du budget de la riposte contre la pandémie du COVID-19, l’on ait accordé peu d’importance à l’amélioration des plateaux techniques.

Le Burkina Faso ne devrait plus être au stade de l’invention de la roue

Cela est d’autant plus regrettable que ce besoin a été exprimé de longue date par ces partenaires sociaux pour qui la situation actuelle de l’épidémie aurait été moins alarmante si le gouvernement leur avait prêté une oreille attentive. En tout cas, l’histoire semble leur donner raison même si la leçon est des plus douloureuses, y compris pour les décideurs politiques au plus haut sommet de l’Etat, qui, dans le cadre précis de cette pandémie, n’ont plus la possibilité de prendre l’avion pour aller bénéficier de meilleurs soins dans d’autres pays où les plateaux techniques sont plus rélevés.
En outre, l’on peut se demander, à l’analyse du budget, s’il n’existe pas de doublons dans les rubriques et si certaines activités n’ont pas été surévaluées. En effet, le regard du profane a du mal à situer la frontière entre la recherche et le laboratoire tant dans la pratique que dans l’imaginaire collectif, la recherche se déroulant dans les laboratoires. Et quid de la logistique qui est transversale à toutes les rubriques définies dans le budget ? Par ailleurs, l’on peut bien se poser des questions sur le bien-fondé des 8 milliards et demi de F CFA de la coordination.  Ce qui est cependant le plus à déplorer dans ce plan de riposte, c’est son aspect conjoncturel. Au regard de l’expérience récente de l’épidémie de la fièvre hémorragique appelée Ebola et des avertissements récurrents de la communauté scientifique sur les risques des maladies émergentes consécutives au réchauffement climatique, le Burkina Faso ne devrait plus être au stade de l’invention de la roue mais plutôt à huiler sa machine ou juste à la réadapter aux nouvelles situations. C’est un impératif aujourd’hui que le pays ait des solutions structurelles face aux nouveaux défis qui se posent.

« Le Pays »

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