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POLEMIQUE AUTOUR DU DECES DE LA DEPUTEE ROSE COMPAORE

« Si derrière le Covid-19, il y en a qui ont des visées politiques et électoralistes, cela n’engage qu’eux », dixit Adama Sosso de l’UPC

Le décès de la députée Rose Marie Compaoré suscite toujours la polémique. Alors que les autorités sanitaires avaient indiqué qu’elle a été victime du Covid-19, l’on sait maintenant, avec les récentes déclarations de la ministre de la Santé, Pr Claudine Lougué, que les circonstances restent floues. Nous sommes allés rencontrer le député Adama Sosso, un des cadres de l’Union pour le progrès et le changement (UPC).

« Le Pays » : L’UPC, votre parti, a été durement éprouvé par le décès de militants de premier plan. Déjà, quels sont les mots qui vous viennent face à ces décès ?

Adama Sosso : Nous nous inclinons respectueusement sur la mémoire de ceux qui nous ont quittés, particulièrement celles qui nous ont quittés et qui étaient membres du Bureau politique national. Nous présentons nos condoléances à leurs familles respectives et à toute la classe politique. Nous souhaitons prompt rétablissement à tous ceux qui sont malades.

Le décès de la députée Rose Marie Compaoré (attribué au Covid-19 par les autorités sanitaires mais contesté par la famille) continue de faire polémique. Quel commentaire vous suscite cette polémique ?

C’est avec un pincement au cœur que nous constatons qu’il y a un débat autour du décès de notre collègue qui est députée et en même temps camarade de parti. Nous sommes vraiment très attristés de constater qu’il y a un débat qui n’est pas propice pour le repos de son âme. Des contre-vérités, sinon des mensonges, ont été véhiculés par-ci par-là. Aujourd’hui, ce n’est pas nous, à l’UPC seulement, mais c’est tout le Burkina qui est troublé par ce qui s’est passé.

L’UPC a-t-elle des éléments de réponses quant aux circonstances exactes du décès de sa militante ?

Nous sommes un parti politique. Elle était notre collègue mais elle était entre les mains des gens de la santé. C’est donc eux qui sont normalement habilités à dire la vérité, non seulement à nous, mais aussi et surtout à la famille. C’est vrai qu’elle appartient à une famille politique mais il y a sa famille biologique qui devrait avoir toutes les informations. Ce que cette famille nous dit, c’est ce que nous prenons en compte.

« Nous savions que tôt ou tard, le débat allait se poser. C’est chaque chose en son temps »

D’aucuns disent ne pas comprendre ce qu’ils considèrent comme un silence du parti dans cette affaire Rose Marie Compaoré !

Ceux qui pensent de la sorte, ne suivent pas l’actualité. L’interpellation de Madame la ministre de la Santé à l’Assemblée nationale, c’est bien l’UPC qui l’a faite et non quelqu’un d’autre. Ce n’est pas juste de la part de ceux qui disent que nous sommes silencieux. Nous avons eu à intervenir dans la presse sur cette question mais nous sommes restés toujours dans une certaine logique. Il y a eu un décès et nous attendions que la famille fasse le deuil. Parce qu’à quoi sert-il de se précipiter dans une situation de ce genre alors qu’on était tous choqués, à commencer par la famille ? Pour nous, ce n’était pas le moment de courir derrière la famille pour dire de faire ceci ou cela. Cela allait même être perçu comme une récupération politique. Nous sommes allés présenter nos condoléances à la famille et nous sommes restés en contact avec elle. Donc, pour nous, c’est ce qui était essentiel. Nous savions que tôt ou tard, le débat allait se poser. C’est chaque chose en son temps.

La ministre de la Santé, Pr Lougué, explique qu’on l’a fait mentir devant les députés. Quant au traitement du dossier Rose Compaoré. Qu’en dites-vous ?

Un ministre ne peut pas dire qu’on l’a fait mentir ; ce n’est pas responsable. Quand vous venez devant la Représentation nationale, je dis bien devant l’Assemblée nationale, et que vous êtes ministre d’un gouvernement, vous devez prendre suffisamment de précautions et d’informations avant de vous exprimer. Moi, je pense que ce qu’elle dit n’est pas vrai. Peut-être qu’il y a un recul quelque part ou peut-être qu’elle a ses raisons mais dans tous les cas, elle est responsable de ce qui est arrivé. Car, elle devait avoir toutes les informations, s’assurer avant de se présenter devant la Représentation nationale. En tant que ministre de la Santé, elle aurait dû appeler au moins le mari de celle qui est décédée et qui était députée et deuxième vice-présidente à l’Assemblée nationale. Si cela avait été fait, tout ce qui s’est passé aujourd’hui aurait pu être évité.

« Si vous êtes une autorité et que vous vous rendez compte que vous ne maîtrisez pas vos éléments-parce que c’est de cela qu’il s’agit- cela veut dire que vous ne contrôlez pas votre département »

Quelle suite, selon vous, devrait-on donner aux déclarations du ministre de la Santé ?

Qu’est-ce que vous voulez que nous donnions comme suite ? Nous attendons, puisque la famille de la défunte n’est pas d’accord aujourd’hui avec la version rendue publique. Et c’est elle qui est sortie pour dire que les déclarations de la ministre sont fausses. La ministre a menti à la Nation et à la Représentation nationale. C’est à elle-même de tirer les conclusions. Ce n’est pas à nous de les tirer. Si vous êtes une autorité et que vous vous rendez compte que vous ne maîtrisez pas vos éléments, parce que c’est de cela qu’il s’agit, cela veut dire que vous ne contrôlez pas votre département. Et donc les conséquences, c’est à elle de les tirer.

De façon générale, quel regard critique portez-vous sur la gestion du Covid-19 au Burkina Faso ?

Nous avons dit que c’est une gestion catastrophique. Elle est catastrophique et vous-même vous l’avez relevé dans la presse plusieurs fois. Je prends l’exemple de l’avion de Ethiopian Airlines. On nous a fait dire par la même ministre, qu’il y avait des Chinois qui étaient contaminés et qui avaient même été internés dans leur pays. Cela veut dire qu’il y avait suffisamment de précisions. Et le lendemain, on revient nous dire que ces informations sont fausses. Vous comprenez qu’il y a un problème. On ne sait pas quel est le vrai fond du problème. Quand on prend les pays de la sous-région, on sent que ça va par rapport à cette lutte contre le Covid-19 et ce, contrairement à chez nous. Prenons la question des échantillons où on prend 30, 40, 50 pour aller analyser. C’est normal que vous reveniez dire à la population qu’il y a des cas négatifs. Et que personne n’est malade. Pourquoi ne pas faire comme au Sénégal où à la date d’aujourd’hui, ils ont testé 800 échantillons pour se retrouver avec 100 cas postifs ? C’est cela qu’on appelle un gouvernement sérieux, qui se soucie de la santé de sa population. Chez nous, on nous dit que faire beaucoup de tests, c’est gaspiller l’argent. Les gens travaillent pour quoi ? C’est pour vivre !

D’aucuns estiment que la lutte contre le Covid-19 dans notre pays, s’est transformée en lutte politique. Qu’en pensez-vous ?

Le Covid-19, pour certains, a été une aubaine et cela n’engage que moi. Nous n’avons pas voulu faire du malheur du peuple, une situation où on peut avoir un gain politique. Le faire serait même indécent. Voilà pourquoi quand nous faisons nos observations, nous travaillons toujours dans le sens de dire au gouvernement de prendre des dispositions pour que la maladie régresse et qu’elle quitte notre territoire. C’est cela qui nous intéresse. Si derrière le Covid-19, il y en a qui ont des visées politiques et électoralistes, cela n’engage qu’eux. Mais nous, ce n’est pas notre préoccupation aujourd’hui.

Avez-vous autre chose à dire pour conclure ce bref entretien ?

Nous souhaitons que, pour une fois, le gouvernement se mette au sérieux. Parce qu’il n’y a pas de sérieux dans ce qu’il fait jusque-là. Nous leur disons : mettez-vous au sérieux ; faites suffisamment de tests ; analysez sérieusement la situation. Aujourd’hui, avec la fermeture des marchés (ndlr : rouverts à présent) et ce qui se passe après la réouverture de Rood Wooko, entre autres, l’on voit que la réflexion n’a pas été vraiment mûrie. Tout le monde savait très bien que si vous ouvrez le grand marché, les petits marchés vont exiger également leur réouverture. On n’a pas besoin d’être un devin pour savoir cela. C’est la même situation qui prévaut au niveau des dates de réouverture des écoles.

Propos recueillis par Boureima KINDO

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