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POLEMIQUES AUTOUR DU LIEU D’INHUMATION DE ETIENNE TSHISEKEDI : Et si l’on interrogeait le mort?

POLEMIQUES AUTOUR DU LIEU D’INHUMATION DE ETIENNE TSHISEKEDI  : Et si l’on interrogeait le mort?

Le retour annoncé pour le 12 mai 2017 de la dépouille mortelle du vieux lion de la scène politique congolaise, décédé le 1er février dernier en région bruxelloise, vient d’être à nouveau renvoyé aux calendes congolaises. La raison officielle de cet énième renvoi, est à rechercher dans les échauffourées intervenues dans le quartier de Limete entre des militants de l’UDPS et des policiers. Mais en toile de fond, il faut voir toujours la polémique comme un désaccord entre un parti qui entend enterrer son leader au siège de l’UDPS et le pouvoir qui entend faire respecter la législation en vigueur et qui interdit les inhumations dans les lieux privés. Au-delà de cette polémique qui ne désenfle pas, c’est un véritable bras de fer qui s’est engagé entre l’opposition et le pouvoir de Joseph Kabila. En effet, d’un côté, l’opposition veut exploiter au mieux le retour du cadavre de l’opposant le plus emblématique de la RDC pour décupler sa force de mobilisation contre les funestes desseins d’éternité au pouvoir du président Kabila. Au regard des immenses foules qui avaient accueilli le Sphinx de Limete en juillet dernier à son retour de Belgique après plusieurs années d’exil pour des soins, le gouvernement congolais ne veut pas prendre de risques en acceptant que soit enterré Tshisekedi à Limite. Cela dit, le régime, bien conscient qu’il joue dans cette affaire sa survie, n’entend pas laisser l’opposition agir à sa guise. C’est donc dire que l’adage selon lequel « Le lion, même mort, fait peur », est vrai. Mais au-delà, les entraves aux obsèques d’Etienne Tshisekedi pourraient participer d’une stratégie du pouvoir de distraire l’opposition. Cela dit, si l’on comprend les enjeux politiques liés à ce retour plusieurs fois reporté du cadavre du vieil opposant, le bras de fer entre l’opposition et le pouvoir frise l’indécence et montre la face hideuse de la politique. En Afrique, le mort est sacré et c’est franchement choquant de voir la dépouille mortelle de Tshisekedi ainsi exposée pendant plusieurs mois. Cette guerre des tranchées à laquelle se livrent les Congolais, est d’autant plus regrettable que la mort en Afrique est sacrée.

La guéguerre sonne pour le vieux comme une seconde mort

Et dans le cas d’espèce, le décès  d’Etienne Tshisekedi ne devrait pas déroger à la règle, car l’homme n’appartient pas à la seule opposition congolaise. Son histoire personnelle se confond à celle de la république démocratique du Congo et il a incarné des valeurs politiques aux sources desquelles,  toute la classe politique congolaise et au-delà, toute l’élite politique africaine, devraient s’abreuver. Il s’agit entre autres, de l’attachement à la mère-patrie dont l’indépendance et l’unité semblaient être la prunelle de ses yeux, de l’attachement aux valeurs démocratiques et du rejet de toutes les formes de dictatures qu’il a combattues en s’opposant aux différents régimes qui se sont succédé au Congo, de Mobutu Sésé Seko à Joseph Kabila en passant par Laurent Désiré Kabila. Il aura surtout marqué en un demi-siècle de vie politique la conscience universelle par sa constance et sa fidélité à ses idéaux qu’il a défendus à vie. C’est dire combien cette guéguerre sonne pour le vieux comme une seconde mort. En tout état de cause, si les Congolais, contre tout bon sens, ne parviennent pas à trouver un compromis pour accorder le repos de l’âme au vieil opposant, l’on pourrait se demander s’il ne faudrait pas recourir aux vieilles pratiques ancestrales, c’est-à-dire l’interrogatoire du mort. Sans nul doute que le vieux sait plus que quiconque quel bout de terre en RDC peut lui servir de dernière demeure. Quant à Kabila, il devrait craindre la malédiction des morts dans cette affaire. Car, à défaut d’inscrire son rival dans le panthéon congolais, il ne devrait pas céder à la tentation de l’enterrer dans un cimetière anonyme.

SAHO

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