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POURPARLERS INTER-BENINOIS

Un dialogue pour rien ?

Chose promise, chose due !  Dans son adresse à la Nation du 20 mai dernier, le président béninois, Patrice Talon, avait fait à la classe politique, l’offre d’un dialogue national. «J’inviterai très prochainement, avait-il dit,  toute la classe politique pour des échanges directs, francs et constructifs au profit de notre bien commun : le Bénin».  Donnant suite à cette promesse, c’est aujourd’hui que s’ouvrent à Cotonou sous son impulsion, les pourparlers inter-béninois réunissant neuf formations politiques. Les partis conviés sous l’arbre à palabres sont ceux qui sont en règle avec la nouvelle charte des partis politiques. Même si le menu ne le précise pas expressément, l’on devine très aisément que l’ingrédient principal  du plat de résistance de ces échanges prévus pour durer trois jours, sera la crise politique née des dernières élections législatives.

 

Ce dialogue politique voulu par Talon, vient comme le médecin après la mort

 

Du reste, l’initiateur du dialogue lui-même  en avait clairement annoncé la couleur en proposant la relecture consensuelle avec l’opposition, des textes qui sont à l’origine du contentieux électoral, en l’occurrence la Charte des partis et le Code électoral. Si a priori, l’on peut saluer l’idée que les Béninois ont décidé de vider leurs contradictions par le débat politique, il n’en demeure pas moins que ce dialogue politique voulu par Talon, vient comme le médecin après la mort. En effet, il intervient après que le président a réussi, par le biais d’un scrutin controversé parce qu’organisé sur la base d’un Code électoral qui contient des clauses d’exclusion, à manœuvrer pour s’attribuer tous les pouvoirs de la République. L’on imagine aisément que l’agenda caché de cette manœuvre est de fouler au pied la promesse du mandat unique qu’il avait lui-même faite à son peuple, pour se faire réélire à la prochaine présidentielle. Si l’ambition du président Talon était de préserver la paix et la cohésion sociales au Bénin, la logique aurait voulu qu’il remît le compteur à zéro avant de convoquer la classe politique pour s’accorder sur le processus électoral et les textes qui le régissent. Mais en entérinant les résultats du scrutin controversé et cela, malgré les appels à l’annulation, pour organiser un dialogue politique, l’on ne peut qu’y voir une simple ruse de guerre destinée à détourner l’attention du peuple des échecs de son mandat dans la perspective de rempiler pour un second mandat. L’on est donc tenté de croire que ces pourparlers qui s’ouvrent ce matin, ne sont qu’une opération de communication politique à visée électoraliste et destinée à présenter le président Talon au peuple, comme un homme de dialogue et  un artisan de la paix.   Mais l’on peut bien se demander si l’homme parviendra à ses fins. En effet, le dialogue national se mène sans les principaux poids lourds de l’opposition béninoise que l’on a insidieusement écartés par la règle de la conformité avec la nouvelle charte des partis politiques ou par le biais des décisions de la justice qui ont contraint certaines figures emblématiques à l’exil. Il s’agit de l’ancien président Boni Yayi et de l’homme d’affaires Sébastien Ajavon. Certes, le pouvoir s’est fabriqué des interlocuteurs qui, d’ailleurs, sont pour l’essentiel des partis satellites  qui gravitent autour de lui, mais l’on peut bien se poser la question de savoir si les conclusions qui vont résulter de ces palabres entre amis,  peuvent engager les deux illustres absents qui sont les principaux responsables de l’ébullition de la scène politique béninoise.

 

Ce dialogue ne parviendra pas à désamianter l’atmosphère de la politique béninoise lourde de rancœurs tenaces

 

En tout cas, une chose est certaine : on ne fait pas la paix avec ses amis mais avec ses ennemis. C’est pourquoi l’on est tenté de dire que c’est un dialogue pour rien qui démarre ce 10 octobre car, de toute évidence, il ne parviendra pas à désamianter l’atmosphère de la politique béninoise lourde de rancœurs tenaces. Par conséquent, l’on ne peut que regretter le gaspillage des ressources des contribuables destinées à financer de stériles palabres. En tout état de cause, l’on peut penser donc que les pourparlers inter-béninois ne sont qu’une des phases des manœuvres politiques destinées à rendre moins amère pour l’opinion nationale, la pilule du passage en force des dernières législatives.  Mais c’est en cela qu’ils justifient tout le mal que l’on peut penser du  président Talon qui s’est revêtu de tous les apparats du dictateur. Il vendange ainsi non  seulement l’héritage démocratique d’un pays qui était l’un des phares de la démocratie en Afrique, mais il assombrit aussi l’horizon au-dessus du Bénin avec cette politique du « diviser pour mieux régner ». De ce fait, il est en train de faire regretter aux Béninois, leur choix en imprimant de la plus mauvaise des manières, sa marque dans l’histoire du pays. Mais faut-il pour autant plaindre le peuple béninois ? Si ce serait faire preuve de méchanceté que de dire que les anciens Dahoméens méritent leur sort, il faut noter qu’ils ne sont pas exempts de tout reproche dans l’avènement de cette dictature qui enveloppe lentement mais sûrement le pays de sa chape de plomb. En effet, plutôt que de choisir leur candidat à la dernière élection présidentielle en fonction de la qualité de son programme, le peuple béninois s’est comporté en arbitre dans la querelle qui opposait Patrice Talon à Yayi Boni en sanctionnant sévèrement ce dernier. Aujourd’hui, Talon lui fait payer cash sa myopie politique. Mais comme le dit un proverbe, «  la fourmi ne peut se fatiguer de sa tête ». Alors, c’est au même peuple qu’il appartient le pouvoir de se donner les moyens de cadrer l’homme dans ses dérives.

«  Le Pays »

 

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