PREMIERE JOURNEE REGIONALE DE LA ZONE SYLVO-PASTORALE DE LA TAPOA-BOOPO : Une cérémonie qui s’achève en queue de poisson

PREMIERE JOURNEE REGIONALE DE LA ZONE SYLVO-PASTORALE DE LA TAPOA-BOOPO    : Une cérémonie qui s’achève en queue de poisson

 

 

Matiacoali, commune rurale située à environ 90 kilomètres  de Fada N’Gourma, chef-lieu de la région de l’Est, a abrité, le vendredi 26 janvier 2018, la cérémonie de la première journée régionale de la forêt entrant dans le cadre de la mobilisation des acteurs communautaires pour une gestion durable et concertée de la forêt  de la zone sylvo-pastorale de la Tapoa-Boopo. Placée sous le thème  «Technologie et valorisation des produits de la zone sylvo-pastorale de Tapoa-Boopo », cette cérémonie a connu la présence du secrétaire général de la région  de l’Est, Mahamad Michara, représentant le gouverneur,  des hauts-commissaires  des provinces du Gourma et de la Tapoa, du coordonnateur national du Programme d’investissement forestier (PIF) et des Corps constitués de la région. Si tous les ingrédients étaient réunis pour donner de l’éclat à cette première journée, elle a été interrompue par des manifestants, après le discours d’ouverture du représentant du gouverneur.

 

Le décor annonçait une belle couleur de fête, tôt le matin, au regard des étals des produits sylvo-agro-pastoraux qui abondaient dans la cour de la Maison communautaire de Matiacoali où devait se tenir la première journée régionale de la zone sylvo-pastorale de la Tapoa-Boopo. Juste après la cérémonie d’ouverture, un groupe d’individus  s’y invite pour gâcher la fête. Au nombre d’une cinquantaine, et se disant être victimes d’une arnaque de l’administration pour les spolier de leurs terres cultivables, ils ont ainsi surgi  en scandant en langue locale : « PIF tii boua, PIF tii boua (ndlr : Le PIF, on n’en veut pas, le PIF, on n’en veut pas)». Dans un vacarme indescriptible, ils disent avoir été expropriés des terres qu’ils exploitent depuis des lustres  au sein de la zone pastorale Tapoa-Boopo. Alors, ils demandent de repousser les limites de cette zone.  Face à leur intransigeance et aux menaces proférées, les autorités ont décidé de mettre un terme à la cérémonie. Elles se sont retirées à la résidence du préfet du département de Matiacoali où les mêmes dissidents les ont rejointes avec la même fougue, obligeant ainsi tous les officiels à rentrer  précipitamment sur Fada. Mais après avoir quitté la résidence du préfet, les manifestants ont engagé une course-poursuite derrière le président départemental de l’union des producteurs, Koulabiga Diatani  par ailleurs président du comité de gestion de la zone Tapoa-Boopo, qu’ils ont rattrapé et passé à tabac. «Les manifestants m’ont rattrapé en cours de route, et j’ai juste eu le temps d’entendre : ‘’le voici, tuez-le, tuez-le’’. Je me suis ensuite réveillé au centre médical de Matiacoali. Ils étaient munis de gourdins, de sabres et autres armes blanches. J’ai eu la vie sauve grâce à des riverains qui se sont interposés », nous confie M. Koulabiga qui a été par la suite évacué au CHR de Fada où il a bénéficié de soins appropriés. La fureur des manifestants ne s’est pas arrêtée là. Après le passage à tabac du président du comité de gestion de la zone Tapoa-Boopo, ils sont allés saccager  tout le matériel du PIF  composé de  bornes de délimitation et de panneaux d’indication et  qui était entreposé au poste forestier.

Il faut le rappeler, le Programme d’investissement forestier (PIF), initiateur de cette journée régionale, intervient dans 13 pays africains pilotes pour une phase quinquennale afin de mettre en œuvre deux projets financés par la BAD et la Banque mondiale. Les objectifs visés sont, entre autres, la réduction des émissions des gaz à effet de serre, la lutte contre la dégradation des forêts, la  promotion de la gestion durable des forêts. Bref, le PIF lutte contre la pauvreté. La mise en œuvre de ce projet au Burkina Faso, concerne 12 forêts dans 4 régions. Dans la partie Est de notre pays, c’est la forêt de la Tapoa-Boopo que se partagent les communes de Matiacoali, Partiaga et Kantchari, qui a été choisie pour la réalisation du projet. Cette forêt a été identifiée en 1980 comme zone pastorale, sous l’inspiration consensuelle des populations, des services déconcentrés de l’époque, et de l’Administration. Une vaste campagne de communication inclusive a été menée par le Réseau de Communication sur le Pastoralisme (RE.CO.PA) qui a organisé des fora dans tous les villages, avec l’appui des services techniques. Ces différentes rencontres ont permis d’avoir le consentement des populations et cela a abouti à la délimitation de la zone par un arrêté conjoint.  « Nous avons mené de nombreuses rencontres en vue d’expliquer le bien-fondé du projet, des comités de gestion ont été mis en place depuis le début du projet et sont fonctionnels », a expliqué le colonel Barnabé Kaboré, directeur régional de l’Environnement, de l’économie verte et du changement climatique de l’Est, qui dit être très surpris du comportement des paysans manifestants. « Mais les responsabilités seront situées et chacun répondra à la hauteur de son forfait », a-t-il conclu.

BANGOU MARDIA AMAL (Correspondant)

 

 

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