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PRESIDENTIELLE ALGERIENNE

Gaïd Salah tient son élection

Jour J en Algérie !  Après avoir été reportée une première fois  faute de postulant, c’est ce jeudi 12 décembre que se tient la présidentielle censée mettre fin à la longue transition entamée depuis le départ du pouvoir de Abdel Aziz Bouteflika. Ainsi en a, en tout cas, décidé Gaïd Salah et ce, en dépit de la contestation populaire. En effet, le peuple algérien, conscient que l’ancien système manœuvre, par ces élections, pour assurer sa propre survie, les a rejetées  en bloc en occupant constamment la rue. Mais il en fallait plus pour faire démordre les autorités intérimaires. Conséquence : on a eu droit à une campagne électorale fade et morose, sans véritable attrait pour les populations et émaillée d’incidents qui témoignent de toute l’hostilité que lui vouent les Algériens. Une telle situation ne peut manquer de susciter de nombreuses questions. La première de ces questions est relative à la sécurité du scrutin. On le sait, en effet, des courants importants de la contestation populaire, appuyés par certains partis de l’opposition, ont appelé les Algériens à boycotter le scrutin quand ils n’ont pas, à demi-mots, incité à en empêcher la tenue.

Ce scrutin porte  tous les germes  de la fracture entre l’élite au pouvoir et le peuple algérien

 

Jusqu’à la veille de l’élection, la situation était des plus tendues avec l’organisation, sur toute l’étendue du territoire national, de manifestations hostiles à la tenue du scrutin. Il faut donc craindre des débordements voire des violences  qui peuvent entacher le libre choix des électeurs et la sérénité du scrutin. Mais l’on peut penser que l’armée qui est à la manœuvre depuis la chute du président Bouteflika et dont l’agenda principal était la tenue de cette élection, a pris toutes les dispositions pour dissuader, par la manière forte, d’éventuels perturbateurs et éviter un chaos électoral qui serait bien dommageable au pays dans le contexte sécuritaire régional actuel. Pour preuve, un important dispositif sécuritaire est en place depuis quelques jours déjà pour empêcher les manifestations et l’on annonce même des arrestations dans les rangs des enseignants et étudiants qui sont le fer de lance de la contestation.  La seconde préoccupation liée à ce scrutin et qui découle de la première, est le taux de participation. Sans nul doute que les Algériens qui n’ont pas fait mystère de leur opposition au processus électoral et répondant aux appels à boycotter les urnes, ne se bousculeront pas devant les bureaux de vote. Bon nombre d’entre eux, participant à des manifestations en de nombreux points du pays, scandaient qu’ils ne voteraient pas et qu’ils souhaitaient un Etat civil et non militaire. L’on peut donc se demander si le président qui sortira de ces urnes disposera de toute la légitimité pour gouverner car tout laisse croire que ce nouveau chef d’Etat est, avant même d’être élu, déjà contesté.  De ce qui précède, l’on peut se demander de quoi sera faite l’Algérie au lendemain de cette élection puisque, manifestement, ce scrutin qui devrait être l’aboutissement d’un processus démocratique inédit dans l’histoire du pays, porte  tous les germes  de la fracture entre l’élite au pouvoir et le peuple algérien dont la soif de changement va inéluctablement se muer en une bien détestable gueule de bois.

On a impression que la rue algérienne n’avait pas d’alternative à proposer pour tourner la page du système qu’elle a vomi

 

Dans ces conditions, l’on imagine donc que les manifestations contre le pouvoir vont se poursuivre. Cela dit, comment se comportera l’armée ? Celle-ci pourrait, en effet, siffler la fin de la récréation en usant de l’argument que le pays dispose désormais d’un pouvoir issu des urnes. Il faut donc craindre des violences et des menaces sur la paix sociale ; toute chose qui pourrait impacter très négativement le développement socio-économique du pays. Cela dit, si, comme tout semble l’indiquer, les urnes n’apporteront pas le changement réclamé  par les Algériens, l’on peut bien se poser la question : à qui la faute ?  Il est difficile, en tout cas, d’accuser de tous les péchés d’Algérie l’ancien système quand on sait que le mouvement de contestation, après près de huit mois de mobilisation, n’a pas pu faire émerger une ou des figures politiques qui incarnent les valeurs portées par les manifestants, capables de défier dans les urnes les candidats issus du pouvoir. L’on a impression que la rue algérienne, au-delà des slogans d’hostilité proférés contre le régime en place, n’avait pas d’alternative à proposer pour tourner la page du système qu’elle a vomi. Il est illusoire, par une telle attitude, de vouloir dessoucher un pouvoir dont les racines remontent à la genèse même de l’Etat algérien. Et l’on ne peut que déplorer que le peuple algérien qui a fait preuve d’une si grande maturité politique dans la contestation qui a mis fin de façon inattendue au long règne du président Abdel Aziz Bouteflika, n’ait pas perçu cet aspect et se soit contenté de réclamer un changement sans en définir clairement les contours. En attendant que les urnes livrent leur verdict, l’on peut dire sans risque de se tromper, que l’une des grandes leçons à tirer de ce scrutin pour les Algériens, c’est cette absence sur la liste des concurrents pour le pouvoir, de ce candidat qui porte les aspirations populaires.

«  Le Pays »  

 

 

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