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PRESIDENTIELLE DE 2020 EN COTE D’IVOIRE : Les couteaux sont tirés  

Les vieux démons des tensions politiques qui ont fait basculer la Côte d’Ivoire dans une longue crise sociopolitique sont-ils de retour ? Touchons du bois ! C’est trop tôt pour le dire, mais on en voit déjà des signes avant-coureurs. En effet, au cours de cette semaine, dans l’interview qu’il a accordée à Jeune Afrique, Henri Konan Bédié, président du PDCI, sans langue de bois et par rapport à la présidentielle de 2020, a tenu à faire une clarification nette de l’esprit et de la lettre de « l’appel de Daoukro » concernant l’origine politique du candidat qui devra porter les couleurs du RHDP, famille politique dont les membres les plus emblématiques sont le RDR au pouvoir, et le sien, le PDCI. Il a dit, sans ambages, que ce candidat viendra du PDCI. Mais cette affirmation qui, somme toute, apparaît comme une évidence, a pourtant fait comme l’effet d’une bombe dans le camp du RDR. Puisque le porte-parole du parti présidentiel, Joël N’Guessan, a fait, hier, une sortie pour le moins tonitruante sur les antennes de RFI, comme si l’ancien président Bédié avait franchi une quelconque ligne blanche.  Pour lui, le message du président du PDCI s’adresse à ses militants. Un chassé-croisé qui laisse entrevoir qu’il y a un certain péril en la demeure RDHP.

« l’appel de Daoukro » est aux portes de l’abattoir

A demi-mot, le porte-parole du RDR marque une ligne de démarcation par rapport à l’engagement pour l’alternance en 2020 en mettant en avant cette fois un militant du PDCI. C’est dire que désormais, les couteaux sont tirés et c’est peu de dire que « l’appel de Daoukro » est aux portes de l’abattoir. En un mot comme en mille, la sortie du porte-parole du RDR est vraisemblablement une bombe à fragmentations multiples. D’abord, au sein même du RDR, de deux choses l’une. Ou bien N’Guessan a dit haut ce que pense son parti et c’est accablant pour le président Alassane Ouattara qui ne va pas manquer d’essuyer les plâtres, ou bien N’Guessan est un trublion à la solde d’une quelconque aile dissidente au sein du RDR sur cet « appel de Daoukro » et a fait cette sortie dans le but de l’éclater au grand jour. Dans tous les deux cas de figure, c’est dévastateur. Dans l’hypothèse où Joël N’Guessan aurait réellement rapporté la ligne du RDR, nul besoin de dire que ce serait jeter une pierre dans le jardin de Bédié qui a été le principal « manœuvrier » de l’unanimisme de la famille RHDP autour de la candidature d’Alassane Ouattara (ADO), il y a seulement deux ans. Dans l’autre éventualité, il va sans dire que le président Ouattara est en train de perdre le contrôle des jeunes loups de son clan. Ce qui ne serait pas sans conséquences sur la gestion du reste de son mandat. Puisqu’à l’allure où vont les choses, on n’est pas loin que ces « escarmouches », pour l’heure entre le RDR et le PDCI, n’aboutissent à une rupture de ban totale. Ce qui ne manquera pas de diminuer davantage Alassane Ouattara qui ne semble pas encore s’être remis de la récente bourrasque de l’ex-rébellion. On le sait, le RHDP a été pour beaucoup dans l’élection du président Ouattara en 2015 voire en 2010 et la stabilisation de son régime aussi. Ce qui amène certains à dire que si le PDCI largue les amarres ici et maintenant, il n’est pas évident qu’ADO puisse terminer son mandat. Alors, Alassane Ouattara joue non seulement sa crédibilité dans le cadre de l’accord de Daoukro, mais aussi, cela risque de déstabiliser son pouvoir.

Il appartient à Alassane Ouattara de clore le débat

Aujourd’hui, avec la passe d’armes larvée entre le PDCI et le RDR, il ne fait  plus l’ombre d’un doute que « l’appel de Daoukro » ne  tient qu’à un fil. Et il appartient à Alassane Ouattara, qui est pour l’heure le principal « bénéficiaire » de ce pacte tacite, de réussir au plus vite à clore définitivement le débat sur le soutien ou pas du RDR à l’accord de Daoukro, à travers une déclaration solennelle. Autrement, son silence ne fera qu’en rajouter à l’océan des hypothèses. Et tant que ce silence durera, cette image d’ « âme de traîtrise » que lui attribuent ses détracteurs, lui restera irrémédiablement collée à la peau. D’ailleurs, le clan Ouattara  risque aussi d’apporter de l’eau au moulin des cadres du PDCI qui n’avaient pas manqué de parler de mascarade, à l’adoption de cet appel de Daoukro. Certes, on dit qu’en politique, la morale a souvent été la chose la moins partagée. Mais la classe politique ivoirienne, depuis la disparition de Félix Houphouët Boigny, a trop exploité cette maxime au point de faire basculer le pays dans des crises dont elle a du mal à s’en sortir aujourd’hui. Depuis l’accord de Daoukro, l’on pensait que les intrigues politiciennes allaient être reléguées au second plan pour donner la chance au pays de retrouver son lustre d’antan de havre de paix. Au lieu d’être facteur de consolidation de la paix en Côte d’Ivoire, l’appel de Daoukro risque de diviser profondément les Ivoiriens. Toujours est-il qu’il faut souhaiter que cette nuit des longs couteaux qui s’annonce, ne se termine pas par la loi des kalachs.

« Le Pays »

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