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PRESIDENTIELLE FRANÇAISE : Macron évitera-t-il de marcher sur les bijoux des dictateurs africains ?

Les urnes ont parlé au pays du Général De Gaulle. Et les Français ont jeté leur dévolu sur le candidat d’En Marche, Emmanuel Macron, 39 ans, avec près de 65%, au détriment de Marine Le Pen (34,9). Il creuse ainsi un écart de 30 point d’avec son challenger. Ce n’est pas tout. En plus d’être le plus jeune président de la Ve République, Macron rentre davantage dans l’histoire de la France en réalisant la deuxième plus forte progression (derrière Jacques Chirac en 2002) depuis 1965. Et ce, malgré les tentatives de déstabilisation à la veille du second tour avec le piratage massif de ses documents de campagne (Lire page 25). Ce résultat, bien des observateurs avisés de la scène politique française l’avaient prévu. Ce n’est donc pas une surprise car Marine Le Pen s’est retrouvée finalement seule contre tous. Et en cela, l’histoire ne fait que se répéter tristement. En effet, en 2002, Jean Marie, le père de la candidate malheureuse et par ailleurs fondateur du Front national que bien des Africains ne veulent pas voir même en peinture, n’a pas pu résister au coup de boutoir du pacte républicain qui a été mis en place contre lui, au second tour. Le clivage séculaire gauche-droite avait été mis sous le boisseau à l’époque pour sauver, disait-on, la France et ses valeurs. Jacques Chirac, le plus africain des Français, avait été le bénéficiaire du large rassemblement républicain contre le péril ultra-nationaliste aux relents xénophobes, qu’incarnait celui qui ne se gênait pas de marteler que les fours crématoires où ont été rôtis les Juifs pendant la dernière guerre mondiale, n’étaient que « des détails de l’histoire ».

Les Français n’ont pas voulu prendre de risques

Certes, Marine, la fille n’a pas voulu chausser les bottes révisionnistes du père, mais force est de reconnaître que l’image détestable de ce dernier lui colle encore à la peau. De ce point de vue, l’on peut dire que les électeurs français n’ont pas voulu prendre de risques en lui ouvrant les portes de l’Elysée. Et en cela, ils ont été certainement instruits par l’histoire. Dans les années 30, en effet, en Europe et plus particulièrement en Allemagne et en Italie, des partis ultra-nationalistes, à force de démagogie et de manipulation de l’électorat, avaient été portés au pouvoir. La suite, on la connaît. La Deuxième Guerre mondiale avec ses millions de morts, est passée par là. En plus de ce saut dans l’inconnu qui avait représenté le choix de Marine Le Pen, il faut dire que Macron s’est montré convaincant et digne tout au long de la campagne. Le plus illustratif de cela est le grand débat qui l’a opposé à sa rivale. A cet exercice, en effet, le candidat Macron, par un argumentaire digne de ce nom, a su confondre son vis-à-vis sur les grands enjeux liés à ce scrutin. Bref, le peuple français a parlé et tout le mal que l’on puisse souhaiter à l’heureux élu, est qu’il puisse tirer la France de la mauvaise passe dans laquelle elle se trouve actuellement.
Cela dit, et en attendant de voir si oui ou non Macron va répondre aux attentes de ses compatriotes du côté du continent noir, la grande question que beaucoup de gens se posent est la suivante : avec l’élection du candidat d’En Marche, les dictateurs africains, dont certains pourraient l’avoir pour petit-fils, doivent-ils en trembler ou s’en réjouir ? Pour tenter d’y apporter des éléments de réponse, l’on pourrait partir de l’idée du Général De Gaulle selon laquelle la France n’a pas d’amis, mais des intérêts. Et la probabilité est forte que le banquier devenu président, en fasse une ligne de conduite. De ce point de vue, l’on pourrait s’attendre à ce que le tout nouveau locataire de l’Elysée caresse les dictateurs africains dans le sens du poil, si cela peut contribuer à remettre à flot l’économie française. Tout le monde sait à ce propos que ce sont les matières premières de ses ex-colonies d’Afrique qui ont toujours nourri pour l’essentiel l’économie de l’Hexagone. C’est également en Afrique que la France, pour des raisons géopolitiques évidentes, a positionné des bases militaires. Pour préserver ces avantages, Macron pourrait opter pour le réalisme en évitant de marcher sur les bijoux des dictateurs africains. A l’appui de cette perception des choses, l’on pourrait évoquer l’interview qu’il a accordée à notre confrère Jeune Afrique, entre deux meetings. A la question de savoir la politique qu’il entend mener vis-à-vis de l’Afrique s’il est élu président, Macron a laissé entendre ceci : « Je suis très attaché à la stabilité des Etats, même quand nous sommes face à des dirigeants qui ne défendent pas nos valeurs ou peuvent être critiqués ». Voilà qui est bien dit. Au nom de la stabilité et de la paix, Macron pourrait passer par pertes et profits les questions liées à la démocratie et à la bonne gouvernance. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Macron semble apporter de l’eau au moulin des dictateurs d’Afrique.

Les dictateurs d’Afrique ont de fortes chances de tuer le veau gras

C’est pour sauvegarder également ces valeurs, peut-on dire, que bien de nos despotes ne se gênent pas d’organiser de véritables hold-up électoraux, tordant ainsi de manière flagrante le cou à la démocratie. Si l’on s’en tient donc à cette déclaration de Macron, l’on peut affirmer que les dictateurs d’Afrique ont de fortes chances de tuer le veau gras pour accueillir le nouveau chef des Blancs. Au-delà, l’on pourrait même se poser la question de savoir si la politique africaine de la France ne se décide pas en Afrique et non à Paris. Car, en tout cas, du temps de Houphouët Boigny et Omar Bongo Odimba, l’on aurait pu avoir cette impression. Les temps ont certes changé, mais les choses pourraient n’avoir pas changé fondamentalement. Depuis le Général De Gaulle en passant par Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et autre François Hollande, l’on peut avoir l’impression que la politique africaine de la France a la valeur d’un dogme. Elle est immuable. Tous les présidents qui ont tenté de la réformer dans le fond, se sont par la suite dégonflés comme un ballon de baudruche. François Hollande, par exemple, qui, à ses débuts, voulait casser du dictateur, a fini par mettre beaucoup d’eau dans son vin au point qu’il a tenté de justifier les velléités monarchiques de Denis Sassou Nguesso. Sur le plan de la lutte contre le terrorisme également, Macron n’apportera pas la révolution. Il poursuivra les engagements tenus par son prédécesseur, notamment au Sahel africain. Tout ce que Macron pourrait apporter de nouveau pour donner l’illusion du changement, c’est de modifier l’emballage de la Françafrique de sorte à ce qu’elle soit plus présentable aux yeux des Africains. Il revient donc aux Africains de savoir que leur bonheur ne dépend pas de la France mais d’eux-mêmes. Néanmoins, l’on peut se risquer à saluer certaines œuvres du prédécesseur de Macron, François Hollande. En tout cas, l’on ne peut pas dire qu’il a été le pire président français pour l’Afrique (nous reviendrons dans les prochains jours sur le bilan de son mandat en ce qui concerne le continent noir). Mais en attendant, l’on peut souhaiter bon vent à l’époux de Brigitte.

« Le Pays »

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