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PRESIDENTIELLE GUINEE-BISSAU


Initialement prévue pour le 3 novembre 2019, c’est finalement, le 24 novembre, que les Bissau-Guinéens ont été appelés aux urnes pour départager la douzaine de candidats en lice pour le très convoité, mais aussi le très éjectable fauteuil présidentiel. Pour ce faire, il y avait foule devant les bureaux de vote, et le scrutin s’est globalement bien déroulé alors qu’on redoutait des affrontements entre les partisans des deux principaux candidats, le président sortant José Mário Vaz qui s’est présenté en indépendant et le chef de l’historique Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), le Premier ministre Domingos Simões Pereira. En attendant les résultats de ce duel au sommet, on peut légitimement se féliciter de la tenue, dans le calme, de cette élection dans ce très instable pays lusophone d’Afrique de l’Ouest à peine plus grand que la région de le Boucle du Mouhoun, et cela, grâce à la bienveillante implication de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Il a fallu, en effet, que l’instance sous- régionale tape par deux fois du poing sur la table au cours de cette année électorale décisive pour l’avenir de la Guinée-Bissau, pour que cette élection qui est l’aboutissement d’une série de crises politiques et institutionnelles, puisse être organisée. La première et la plus importante intrusion de la CEDEAO, pour ainsi dire, remonte au mois de juin 2019, quand les députés du PAIGC, ulcérés par les velléités du président Vaz alors en fin de mandat, de se maintenir au pouvoir jusqu’aux élections dont la date était encore incertaine, ont décidé de le remplacer par le président de l’Assemblée nationale, Cipriano Cassamá. Les tirs de barrage de la CEDEAO ont vite rétabli le président Vaz dans ses fonctions, mais les chefs d’Etat ouest-africains ont été obligés d’intervenir une deuxième fois en début du mois en cours, cette fois-ci contre la décision kafkaïenne de leur homologue bissau-guinéen de limoger son Premier ministre, Domingos Simões Pereira et de le remplacer par son homme-lige, Faustino Imballi.

Il est du devoir de la CEDEAO de veiller au grain

 

C’est donc dans une ambiance de guerre larvée entre les candidats sur fond de divergences et de différends individuels, que cette élection s’est tenue à bonne date, et cela est à mettre au crédit de l’organisation sous-régionale, mais aussi des forces armées qui, une fois n’est pas coutume, ne sont pas sorties de leurs casernes pendant toutes les cinq années de mandat tumultueux de José Mário Vaz pour s’emparer ou tenter de s’emparer du pouvoir, comme elles l’avaient fait par 20 fois depuis l’indépendance du pays en 1973. Le fait qu’un président en exercice aille pour la première fois jusqu’au terme de son mandat dans ce pays affligé par la pauvreté, la corruption et le trafic de drogue, est une lueur d’espoir pour un retour progressif et peut-être définitif à la légalité constitutionnelle. Malheureusement, cet optimisme doit être vite tempéré au regard de la configuration actuelle du paysage politique certes toujours dominé par le PAIGC qui veut coûte que coûte relever le défi de sortir le sortant, mais avec cette fois-ci en face et en verve, une opposition plus que jamais déterminée à casser les codes en écartant le parti historique des rênes du pouvoir. Si les résultats donnent le sortant vainqueur du scrutin, il y aura fatalement des étincelles dans cet air politique hautement inflammable de la Guinée-Bissau avec le risque énorme de voir, sept ans après le dernier putsch militaire, le pays renouer avec ses vieux démons. L’inimitié entre le président sortant et son ancien parti, le PAIGC, est telle qu’il sera difficile à l’un ou à l’autre de reconnaître sa défaite ou d’accepter de travailler sereinement ensemble en cas de cohabitation. D’ores et déjà, le ton commence à monter puisque le camp du président sortant dénonce des « bourrages d’urnes ». Autant dire que cette ancienne colonie portugaise se retrouve encore une fois à la croisée des chemins, et il est du devoir de la CEDEAO qui a jusqu’ici servi tantôt d’arbitre, tantôt de gendarme, de veiller au grain afin que l’immense espoir suscité par sept ans de vie politique sans canon, ne s’évanouisse pas dans les méandres d’une crise postélectorale qui replongerait le pays d’Amilcar Cabral dans un cycle de violences qu’on croyait révolu. Au regard des forces politiques en compétition, il n’y aura probablement pas de coup K.-O. dès le premier tour ; ce qui va rendre le suspense encore plus époustouflant et plus inquiétant car il est fort possible que, de part et d’autre, on déclenche une véritable chasse aux sorcières à l’issue du second tour prévu pour fin décembre prochain. Et comme dans cette armée bissau-guinéenne pléthorique et pouvoiriste, tout est prétexte à coup d’Etat, il pourrait suffire de quelques bisbilles au sommet de l’Etat pour que des gradés déboulent dans l’arène politique pour prétendument remettre le pays exsangue sur les rails de la démocratie et du développement. Espérons que pour cette fois-ci, la CEDEAO ne laissera pas ce bateau d’ordinaire ivre, tanguer dans les eaux de cette mer sous-régionale déjà particulièrement agitée du fait du terrorisme et de la paupérisation des populations. L’espoir est d’autant plus permis que les acteurs politiques, en tout cas, semblent au fait du principal enjeu de ce scrutin qui est la stabilité du pays, car, ils ont tous appelé, à quelques exceptions près, au rassemblement et à l’union sacrée pour sortir leur pays de la zone de turbulences politique, économique et sociale dans laquelle il se débat depuis des décennies. On peut, pour une fois, croire en la sincérité de leurs propos, même si on convient avec Hannah Arendt, que « la véracité n’a jamais figuré au nombre des vertus politiques»

 Hamadou GADIAGA


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