PRESIDENTIELLE NIGERIANE

 PRESIDENTIELLE NIGERIANE

Le géant d’Afrique saura-t-il éviter une crise postélectorale ?

Demain, 16 février 2019, les Nigérians seront appelés aux urnes pour élire leur nouveau président. 72 candidats, 84 millions de votants sur une population qui avoisine les 200 millions d’habitants, autant de chiffres qui prouvent, à souhait, que le Nigeria est un pays où tout se conjugue au superlatif. Toutefois, de la septantaine de candidats qui iront à la pêche des voix des électeurs, deux émergent du lot : le général et président sortant Muhammadu Buhari de l’APC (All Progressive’s Congress), et l’homme d’affaires, Atiku Abubakar du PDP (People’s Democratic  Party), ancien vice-président qui est aussi donné pour l’une des plus grosses fortunes du pays. Avec la particularité que ces deux personnalités issues de la partie septentrionale du pays, sont toutes de confession musulmane, dans un pays divisé entre un Sud majoritairement chrétien et un Nord à dominante musulmane.

Les élections, en Afrique, se sont révélées des périodes sensibles qui ont parfois débouché sur des scènes de violences

Et si la pléthore de candidatures devait être la traduction d’un certain engouement, l’on pourrait s’attendre à une forte participation des électeurs à ce scrutin.

La question que l’on pourrait se poser est de savoir si ce géant d’Afrique saura éviter une crise postélectorale. La question est d’autant plus pertinente que ces dernières années, les élections, en Afrique, se sont révélées des périodes sensibles qui ont parfois débouché sur des scènes de violences, mettant en péril la paix sociale. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à regarder comment les choses se sont passées au Burundi, en Côte d’Ivoire, au Mali, en RD Congo, au Cameroun, au Gabon, au Kenya, au Zimbabwe, etc., où les lendemains électoraux ont souvent donné lieu à des contestations des résultats qui ont souvent fait craindre le pire.  Parfois, l’on a même frôlé le chaos ou la catastrophe comme la crise postélectorale de 2010-2011 avec ses trois mille morts en Côte d’Ivoire, ou encore au Gabon où le QG de l’opposant Jean Ping a été pris d’assaut par les forces de sécurité et bombardé par hélicoptère.

Dans le cas du Nigeria, la confiance ne semble pas la chose la mieux partagée entre les principaux candidats en lice. En effet, l’opposition ne manque pas de griefs contre le chef de l’Etat qu’elle soupçonne de manœuvres peu catholiques dans l’optique de se faire élire sans coup férir.  Ainsi, elle a crié au scandale et dénoncé la suspension, le mois dernier, du président de la Cour suprême par le chef de l’Etat, pour une sombre affaire de procès de corruption. Cette mise à l’écart du plus haut magistrat du pays qui a été remplacé par un intérimaire issu du Nord comme Buhari, est vue par les détracteurs du général président, comme une façon de se débarrasser, à quelques encablures de la présidentielle, d’une personnalité de haut rang assez critique contre son pouvoir, et qui pourrait avoir son mot à dire en cas de contentieux électoral. De même, la récente nomination de dame Amina Zakari à la tête du centre de compilation des résultats du scrutin de ce 16 février, a donné libre court à des critiques de l’opposition qui y voit la promotion d’une proche parente du président, à des fins inavouées. D’un autre côté, la confrontation entre Muhammadu Buhari et son challenger Atiku Abubakar, ressemble, à s’y méprendre, à des règlements de comptes entre ex-alliés. Le second ayant déjà fait campagne pour le premier, de par le passé, avant de rompre les amarres.

Maintenir les djinns de la violence dans leur bouteille

Sans compter ces incendies de locaux de la Commission électorale qui contribuent à renforcer la suspicion et la méfiance à l’égard du pouvoir. C’est dans un tel contexte de campagne difficile, que se tiendra le scrutin de ce 16 février où le président Buhari semble être face à son bilan. En effet, entre un maigre bilan économique qui a même été frappé d’une croissance négative en 2016 (-1,6%), des résultats mitigés dans la lutte contre la corruption dont il avait, pourtant, fait son cheval de bataille, et l’insécurité liée aux assauts répétés de la nébuleuse terroriste de Boko Haram qui continue de sévir dans le pays, ce n’est véritablement pas en toute sérénité que le président Buhari va à ces élections qui s’annoncent aussi incertaines que serrées entre lui et son principal challenger qui bénéficie, de son côté, de soutiens de taille comme celui de l’ex-président Olusegun Obasanjo. Et en cas de second tour, les choses pourraient davantage se corser pour l’actuel locataire de Aso Rock, la résidence présidentielle, dont le mandat a aussi été émaillé par ses soucis de santé qui l’ont souvent tenu éloigné de son pays.

En tout état de cause, à 72 et 76 ans, Atiku Abubacar et Muhammadu Buhari ne sont plus vraiment de la jeune génération. Et pourtant, c’est entre ces « papys » que la présidentielle de demain risque de se jouer, au moment où le landerneau politique du Nigeria a visiblement besoin de sang neuf, au propre comme au figuré. Mais il appartient aux Nigérians de décider de la personne à qui ils veulent confier leur destin. Pourvu que les choses se passent dans le calme, la transparence et que les résultats soient acceptés de tous. C’est à ce prix que ce géant pétrolier d’Afrique de l’Ouest, pourra maintenir les djinns de la violence dans leur bouteille, et éviter les affres d’une crise postélectorale dont nul ne saurait en prédire ni l’ampleur ni l’issue.

 « Le Pays » 

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