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PRESIDENTIELLE SANS CANDIDAT EN ALGERIE :

La rançon de l’entêtement de Gaïd Salah

 Les candidats à la présidentielle prévue le 4 juillet prochain, avaient jusqu’au 25 mai dernier à minuit pour déposer leurs dossiers accompagnés des formulaires de parrainage nécessaires. Eh bien, l’on peut faire le constat que les membres de la Cour constitutionnelle chargés de la réception desdits dossiers ont passé leur temps à se tourner les pouces, puisque les postulants ne se sont pas bousculés au portillon. Selon la presse locale, il n’y a eu aucun candidat. Le seul candidat, Lakhar Benzahea, retraité, peu connu du grand public et dont on disait qu’il a déposé le sien, s’est finalement rétracté au motif qu’il veut éviter de « refaire le scénario d’Abdelaziz Bouteflika » en 1999. En rappel, cette année-là, Boutef s’était retrouvé seul dans les starting-blocks de la présidentielle.

 

La date du 4 juillet ne peut plus être tenue

 

Le rapport que devrait produire la Cour constitutionnelle pour faire le point de la situation a donc de fortes chances d’être le  plus concis et le plus squelettique de son histoire puisqu’à ce qu’on dit, la plus haute juridiction algérienne dit avoir enregistré deux dossiers. La grande question que l’on peut se poser dès lors est la suivante : que va faire maintenant l’homme fort de l’Algérie post-Boutef ? En effet, le Général Ahmed Gaïd Salah, puisque c’est de lui qu’il s’agit, avait récemment réaffirmé, sur un ton martial, que la présidentielle se tiendrait le 4 juillet, car, selon lui, c’est la seule possibilité que prévoit la Constitution pour mettre un terme à la  période d’intérim après la démission d’Abdelaziz Bouteflika. De toute évidence, la date du 4 juillet ne peut plus être tenue puisqu’on ne peut pas organiser une élection sans candidat. A cette étape donc de la situation politique algérienne, l’on peut dire que la rue vient d’enregistrer une victoire. Car tout laisse croire que son combat acharné pour l’annulation de l’élection, semble partagé par tous ceux qui, par les urnes, caressent l’espoir de diriger l’Algérie. En tout cas, tous ceux qui ont manifesté le vendredi dernier pour la 14e semaine consécutive dans toute l’Algérie et ce, malgré le jeûne, pour exiger, entre autres, l’annulation de cette élection, peuvent se permettre de boire leur petit lait. Ils viennent de remporter, peut-on dire, une sorte de victoire d’étape. Et l’on peut reprendre un proverbe de chez nous pour les encourager : « la femme n’a pas encore terrassé sa coépouse mais le début de la lutte est prometteur ». Le bras de fer épique que la rue a engagé contre l’armée incarnée par le Général Ahmed Gaïd Salah afin qu’elle ne vole pas sa révolution, donne l’impression de tourner lentement mais sûrement en faveur de ceux qui ne jurent aujourd’hui en Algérie que par le changement du système politique. Le chemin pour y arriver sera sans doute jonché d’embûches pour ne pas dire qu’il l’est déjà à cause de la volonté affichée du vieux patron de l’armée de faire du Boutef sans Boutef. Cela dit, l’on peut parier, sans grand risque de se tromper, que le dernier mot reviendra au peuple algérien. Car l’on peut dicter sa volonté à une partie du peuple pendant un temps mais on ne peut pas le faire à tout un peuple pendant tout le temps. Le Général Ahmed Gaïd Salah donne l’impression de n’avoir pas encore compris cette vérité. Mais il court le risque de l’apprendre à ses dépens.

Gaïd Salah court le risque d’être la prochaine grande victime de la colère de la rue

 

En attendant, il est en train de payer la rançon de son entêtement. Et le temps est venu pour lui, si tant est qu’il soit capable de lire les signes des temps, de ne pas se méprendre sur la détermination du peuple algérien à tourner définitivement la page  de l’ère Bouteflika. Et les arguties qu’il brandit selon lesquelles l’élection se tiendrait coûte que coûte  le 4 juillet, ne sauraient prospérer aujourd’hui en Algérie. Le seul cheminement pour une Algérie plus stable et plus démocratique passe par une refonte totale des institutions et ce, avec la participation de l’ensemble des forces vives du pays. Aujourd’hui donc, la priorité en Algérie n’est pas d’organiser des élections comme le martèle le Général. Elle consiste en l’assainissement de l’environnement politique. D’ailleurs, aujourd’hui, l’on peut trouver curieux et suspect  l’attachement viscéral de Gaïd Salah au respect de la Constitution ; lui qui a consacré presque toute sa carrière à aider Boutef à s’asseoir sur la loi fondamentale de l’Algérie à l’effet de s’éterniser au pouvoir. Et puis, Ahmed Gaïd Salah a beau être le militaire le plus puissant et le plus craint de l’Algérie, cela ne lui donne pas le droit de jouer le rôle de vigie de la Constitution. Dans un pays qui  marche sur les pieds, ce rôle est dévolu, non pas à l’armée mais à d’autres institutions de la République. En tout cas, le zéro dossier enregistré le samedi dernier par la Cour  constitutionnelle est un message fort que le peuple algérien vient de lui envoyer. Et il a intérêt à le lire non pas comme un manque d’intérêt pour la fonction mais comme un refus collectif de tout un peuple, de faire le jeu de l’armée. Et dans ces conditions, l’on ne voit pas comment Gaïd Salah va réussir à faire avaler  ses couleuvres  au peuple algérien. Et s’il persiste dans son entêtement après le premier revers qu’il vient d’essuyer, il court le risque d’être la prochaine grande victime de la colère de la rue.

« Le Pays »

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