A la uneLignes de force

PROBLEMATIQUE DES TROISIEMES MANDATS EN AFRIQUE

Mahamadou Issoufou, la mauvaise conscience des dictateurs du continent

Décidément, entre le président nigérien, Mahamadou Issoufou, et la question du troisième mandat, les choses sont claires et nettes. En effet, dans cette Afrique encore à la recherche de ses marques, le chef de l’Etat nigérien, au détour d’un entretien radiotélévisé accordé, le 13 octobre dernier, à des médias internationaux, a réaffirmé avec force, son rejet d’un troisième mandat. A quelques encablures de la fin de son second quinquennat, c’est dire si le diable du pouvoir à vie aura lamentablement échoué à tenter le natif de Dandadji. Et cela est réconfortant, dans une Afrique en pleine mutation,  où la notion de démocratie semble à géométrie variable pour bien des dirigeants qui sont passés, très souvent au grand dam des démocrates du continent, champions des tripatouillages constitutionnels pour s’accrocher, toute honte bue, à un pouvoir prétendument obtenu du peuple. Sont de ceux-là, le Guinéen Alpha Condé et l’Ivoirien Alassane Dramane Ouattara qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé des fossoyeurs de la démocratie dans la sous-région ouest-africaine.

 

Mahamadou Issoufou mérite d’être élevé au rang des vrais démocrates du continent

 

Eux qui sont prêts à dresser le bûcher contre leurs peuples respectifs, dans leur volonté d’assouvir des ambitions personnelles en foulant allègrement au pied les règles de l’alternance ; ces mêmes règles qui ont été le combat des opposants qu’ils étaient et par le truchement desquelles ils ont pu  accéder au trône qu’ils ne veulent plus désormais quitter. Quel paradoxe ! C’est pourquoi, en cette période particulièrement tumultueuse dans la sous-région, où, des flancs du Fouta Djallon aux rives de la lagune Ebrié, la question des troisièmes mandats n’en finit pas de polluer l’atmosphère sociopolitique avec son lot de violences et malheureusement de morts, c’est peu dire que le président nigérien apparaît, aujourd’hui plus que jamais, comme la mauvaise conscience des dictateurs du continent. Lui qui a su résister à la tentation de ce fruit défendu par les démocrates bon teint du continent, évitant du même coup les affres de la division et des violences meurtrières avec leur corollaire de lendemains incertains pour ses compatriotes. Ne serait-ce que pour cela, Mahamadou Issoufou mérite, en plus de la stature d’Homme d’Etat, d’être élevé au rang des vrais démocrates du continent. Et cela, pour avoir su éviter de tomber dans le piège du culte de l’indispensabilité et de la démocratie en trompe-l’œil, qui fait le malheur de bien  de ses pairs dont on se demande s’ils ne se croient pas tout droit sortis de la cuisse de Jupiter en montrant des velléités de pouvoir à vie. Et aussi pour avoir compris que l’alternance demeure aujourd’hui la seule voie crédible d’une gouvernance vertueuse sous nos tropiques. Car, il est bien connu que quand on sait qu’on doit, à l’issue de deux mandats, céder la place, on travaille à ne pas traîner de casseroles. Alors que quand on œuvre à s’éterniser au pouvoir, c’est la porte ouverte à toutes sortes de dérives et d’abus dans un monde où le devoir de redevabilité devient un concept aussi creux qu’un tonneau vide.  

 

Prétendre vouloir  achever des chantiers avant de partir est une hérésie qui cache mal des intentions de pouvoir à vie

 

C’est pourquoi l’on peut avoir la faiblesse de croire que si des Mahamadou Issoufou se multipliaient sur le continent, l’Afrique ne s’en porterait que mieux. Car, à côté de ceux qui sont prêts à briguer un troisième mandat comme ADO et Condé, il faut aussi compter ceux qui ne veulent même pas entendre parler de limitation de mandats ou qui sont en train de se fossiliser au pouvoir sans rien apporter de nouveau à leur peuple, à l’instar du Camerounais Paul Biya, du Congolais Denis Sassou Nguesso, du Tchadien Idriss Déby Itno, du Togolais Faure Gnassingbé et on en oublie.  En tout état de cause, cette position du chef de l’Etat nigérien sur un sujet aussi sensible que celui des troisièmes mandats, qui fait actuellement des vagues dans certains pays de la sous-région, est une sortie qui l’honore à tous points de vue. D’abord, l’homme a toujours fait preuve de constance sur le sujet, allant même jusqu’à faire jeter en prison, certains de ses zélateurs qui s’étaient voulu les chantres de la question. Ensuite, en désignant dans son propre parti politique, un dauphin pour la prochaine présidentielle, il a fini de convaincre de sa volonté de ne pas succomber à la tentation du fameux troisième mandat. Et jusqu’à preuve du contraire, il ne montre pas le profil de quelqu’un qui pourrait se dédire comme Alassane Ouattara, même en cas de force majeure. Pour tout cela, Mahamadou Issoufou mérite la reconnaissance des démocrates du continent. Il le mérite d’autant plus que sans prétendre être le dirigeant parfait ni même porter un jugement sur qui que ce soit, il a su rester le même. Mais il est surtout en train de montrer que le pouvoir n’est pas une fin en soi. C’est pourquoi, prétendre vouloir  achever des chantiers avant de partir est une hérésie qui cache mal des intentions de pouvoir à vie. Car, par définition, la vie d’une Nation reste indéfiniment un chantier ouvert. Même dans mille ans, il y aura toujours des chantiers à terminer. Ce n’est donc pas en trois, quatre ni même cinq mandats que l’on peut prétendre achever les chantiers d’une Nation. De ce point de vue, si l’on est démocrate dans l’âme, il faut savoir partir après avoir apporté sa modeste contribution. Tout le reste n’est que viles prétentions qui ne peuvent avoir que des conséquences douloureuses pour nos pays, à court, moyen ou long terme.

 

 « Le Pays »

 

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page
Google+
Fermer