PROCES DU PUTSCH « Le général Gilbert Diendéré a reçu 2 600 appels et sms en 5 jours », (Me Stéphane Ouédraogo)

PROCES DU PUTSCH  « Le général Gilbert Diendéré a reçu 2 600 appels et sms en 5 jours », (Me Stéphane Ouédraogo)

 

Le procès du putsch manqué du 16 septembre 2015 suit son cours à la salle des Banquets de Ouaga 2000. L’heure est à la présentation des pièces à conviction aux parties au procès. C’est dans ce cadre que les conversations téléphoniques attribuées au général Gilbert Diendéré avec plusieurs autres personnes dont l’ex- vice-président du MNLA, Mahamadou Djéri Maïga, ont été débattues le 25 mars 2019. Mais avant, les relevés d’appels recueillis auprès des téléphones mobiles ont mis fin à la déposition de l’expert Younoussa Sanfo. Pour ce dernier jour, les parties n’ont pas trouvé opportun de recueillir l’avis de l’expert.
Le parquet militaire continue de présenter les pièces à conviction dans le cadre du procès du putsch manqué du 16 septembre 2015 et jours suivants. Les communications téléphoniques du général Gilbert Diendéré, captées par les services des renseignements du Burkina au moment des faits, selon le parquet, ont fait l’objet de débats le 25 mars dernier. Avant de passer aux écoutes téléphoniques à proprement dites, les parties ont opiné sur les relevés des communications téléphoniques entre accusés, d’une part, et entre accusés et autres personnes, d’autre part. Selon Me Stéphane Ouédraogo, le général Diendéré a reçu 2 600 appels et sms en 5 jours. Ces relevés ont été obtenus sur réquisition du parquet auprès de certains opérateurs de téléphonie mobile au Burkina Faso. De ces relevés, il ressort que contrairement à ce que certains accusés ont dit à la barre, a relevé le parquet, il y a bel et bien eu interaction entre eux et le général Diendéré dès le 16 septembre 2015 à 13h. En effet, selon les explications du parquet, le journaliste Adama Ouédraogo dit Damiss avait effectué son premier appel vers le général Diendéré à 13h, et le second à 14h, alors qu’il a soutenu à la barre que son premier appel a été effectué aux environs de 22h le même jour. Selon ces mêmes relevés, le général Diendéré a appelé l’ex- directeur général de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), Mathurin Bako, le 16 septembre 2015 pour lui demander de couper la connexion internet, les sms et autres canaux de communication. Il a fait la même chose avec le directeur général de la police nationale, Lazare Tarpaga, pour lui demander dès le 16 septembre 2015, de tout faire pour éviter que ceux qui manifestent contre le putsch ne soient dès les rues. Tout comme lui, l’ancien bâtonnier Mamadou Traoré a aussi eu des échanges téléphoniques avec celui que d’aucuns ont qualifié de cerveau du coup d’Etat manqué de septembre 2015. Mais, contrairement à ce que l’accusé dit, il n’y a pas d’appel venant du Sénégal parce qu’il soutient avoir été appelé par le président du Sénégal, Macky Sall. Ce qui justifiait sa présence au camp Naaba Koom dans la nuit du 16 septembre 2015. Invité à la barre pour donner son avis sur ces relevés, l’accusé n’a pas souhaité faire de commentaires. Il dit s’en tenir à ses observations antérieures. Si le parquet et les avocats de la partie civile ont trouvé que ces relevés corroborent le rapport de l’expertise des téléphones, ceux de la défense doutent de sa fiabilité. Pire, d’autres trouvent que leur obtention ne s’est pas faite dans les règles de l’art. Pour l’ancien bâtonnier du Niger, Me Moussa Coulibaly, conseil de l’ancien bâtonnier burkinabè, Me Mamadou Traoré, si la production des preuves est libre, son administration est encadrée par des règles. Et comme le parquet n’a pas respecté ces règles, il ne peut pas opiner sur le contenu de ces relevés. C’est pourquoi, estime-t-il, le juge doit déclarer non recevable cette pièce. Après les débats sur les relevés téléphoniques produits par le parquet militaire, place a été faite aux écoutes téléphoniques. Celle qui a retenu l’attention des parties, c’est celle attribuée au général Diendéré avec Mahamadou Djéri Maïga, ex- vice-président du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), en présence du magistrat militaire, le colonel Abdoul Karim Traoré. Dans cette conversation, Mahamadou Djéri Maïga annonce que des troupes postées à la frontière sont prêtes à combattre aux côtés des putschistes. Mahamadou Djéri Maïga, ancien vice-président du Mouvement national de libération de l'Azawad, et le colonel Abdoul Karin Traoré ont eu une conversation le 23 septembre 2015. Ce dernier, dans l'audio, a annoncé au général la reddition du lieutenant-colonel Mamadou Bamba, qui s'est rendu à la gendarmerie. Il aurait également demandé des moyens au général Diendéré pour quitter le territoire burkinabè. Interrogé, le colonel Abdoul Karim Traoré n'a pas voulu opiner sur l'élément sonore en l'absence de ses conseils. Dans une autre conversation téléphonique, toujours attribuée au général Diendéré, si on s’en tient aux dires du parquet, d’autres personnes supposées être à Bobo-Dioulasso ont exprimé leur soutien au général Diendéré et s’apprêtaient à organiser des mouvements pour soutenir le putsch. Pour le parquet militaire, ces audios prouvent que le général Gilbert Diendéré a prémédité le coup d'Etat contrairement à ses déclarations à la barre. Une thèse soutenue par Me Hervé Kam et son confrère Me Prosper Farama de la partie civile. Un avis que les avocats de la défense ne partagent pas. Pour Me Olivier Yelkouni, dans l'audio, le général Diendéré n’a pas exprimé le besoin d'avoir des hommes stationnés à la frontière pour intervenir au Burkina Faso. D’ailleurs rien dans ces audios ne fait de lui l’auteur de ce dont on l’accuse. L’audience a été suspendue aux environs de 17h et reprend ce jour à 9h.

Issa SIGUIRE

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Google+