PUTSCH MANQUE : « Je n’ai rien à voir dedans » (Abdoul Aziz Korhogo)

PUTSCH MANQUE  : « Je n’ai rien à voir dedans » (Abdoul Aziz Korhogo)

Qu’est-ce qui s’est réellement passé pendant le coup d’Etat ? Bientôt cette question trouvera réponse puisqu’il ne reste plus beaucoup de pièces pour que le puzzle soit reconstitué. L’interrogatoire des personnes déterminantes dans le dossier du coup d’Etat manqué a débuté le 5 novembre 2018 au tribunal militaire de Ouagadougou par Abdoul Aziz Korhogo, commandant du RSP au moment des évènements. Il est poursuivi pour « attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres sur 13 personnes, coups et blessures volontaires sur 42 personnes ».

« Je ne reconnais pas les faits ». C’est la réponse de Abdoul Aziz Korhogo lorsque le président du tribunal lui notifie les faits retenus contre lui. Dans sa narration des faits, Abdoul Aziz Korhogo souligne qu’au moment des faits, il était responsable de la sécurité du Président Michel Kafando. Selon ses explications, la prise d’otage a eu lieu pendant qu’il était à la maison. Et c’est de là que le Général Gilbert Diendéré l’a appelé pour lui dire de rassembler les officiers au camp Naaba Kom II. Et c’est au camp qu’il a cherché à comprendre ce qui se passe. Il est mis devant le fait accompli : « Le conseil des ministres a été interrompu et les autorités de la Transition ont été arrêtées ». Il a réuni les officiers comme cela a été demandé par le général qui vient et leur dit de l’excuser car tout le monde ne pouvait pas être au courant. Pris au dépourvu et n’épousant pas les faits, Abdoul Aziz Korhogo décide de démissionner du commandement. Mais ses frères d’armes lui suggèrent d’attendre la conclusion de la réunion avec le collège de sages. Par la suite, le Général a insinué qu’il a le soutien de l’Armée. « Je suis resté, à la demande du Commandement militaire » et dans ce contexte, « la fuite est une faute militaire ». Le 17 septembre, après avoir constaté que certains éléments ne respectaient pas le quartier consigné, le commandant dit avoir rendu compte et a demandé au Chef d’Etat-major général des armées (CEMGA) de dire au général de les rappeler parce que sa voix peut porter plus que la sienne. Et c’est aussi le 17 septembre que le Commandant dit avoir eu des instructions pour faire venir du matériel de maintenance, par le Togo, à la demande de la gendarmerie et de la Police. Et il précise que cette mission a été effectuée avec un ordre de mission dûment signé. Le jeune officier, après avoir sécurisé l’arrivée des chefs d’Etat de la CEDEAO pour la médiation, dit avoir été informé le 21, dans la matinée, que des troupes se mobilisaient pour descendre sur Ouagadougou. « Chez moi ça bouillonnait, j’avais du mal à maintenir mes hommes. J’ai demandé aux troupes de ne pas entrer à Ouagadougou parce que je ne suis pas en mesure d’assurer leur sécurité, compte tenu du fait que certaines entrées de Ouagadougou étaient tenues par le RSP. Lorsque nous avons rencontrés les autres, ça bouillonnait de part et d’autre. Au camp ça bouillonnait et de l’autre côté, ils avaient peur parce qu’ils connaissaient la capacité du RSP », raconte le Commandant. Finalement, les troupes qui faisaient mouvement sur Ouagadougou et le RSP ont trouvé un modus vivendi et le protocole a été signé chez le Mogho Naaba. Mais ce protocole n’a pas été respecté parce que « les éléments qui partaient rendre visite à leurs familles ne revenaient pas parce qu’ils étaient arrêtés », affirme le jeune officier qui précise que les opérations de désarmement du RSP ont commencé le 25, se sont poursuivies le 26 mais ont été interrompues le 27 par «Koussoubé, Zerbo, Sanou Aly, Zongo et beaucoup d’autres jeunes » que le Commandant dit ne pas connaître. Pour lever le blocage, Abdoul Aziz dit avoir demandé l’intervention du Mogho Naaba. Pendant qu’il était dans ces démarches, il dit avoir été surpris d’entendre que le RSP essaie de gagner du temps pour un appui de mercenaires et de djihadistes. Le 28, alors que le désarmement devait reprendre, il y a eu encore un blocage et c’est le 29 septembre que le camp a été encerclé. Instruction a été donnée au Commandement du RSP de dire à ses hommes de quitter le camp Naaba-Koom II pour le camp 11-78. « Je n’ai pas pu le faire parce que la situation était tendue. J’ai rendu compte que ma sécurité était menacée et on m’a dit de me réfugier au camp 11-78 ». Le Commandant dit avoir été choqué parce qu’au moment où on parle de désarmement, au même moment on dissout le RSP.

« Si tu tires, tu as intérêt à me gagner parce que si tu me rates, moi je ne vais pas te rater »

A la fin de la narration des faits, le Président du tribunal militaire, Seidou Ouédraogo, cherche à savoir qui a donné les instructions pour la mission à la Place de la nation. L’accusé affirme qu’il a reçu les instructions du Général Diendéré d’empêcher tout rassemblement par une présence dissuasive à la Place de la nation, « qui est une place militaire ». Le président poursuit son interrogatoire : « Avez-vous été menacé pendant les opérations de désarmement ? ». D’une voix hésitante, l’accusé confie que ce n’est pas une fierté pour un chef de dire qu’il a été menacé par ses hommes. Il finit par avouer : « Pendant les opérations de désarmement, j’ai été menacé. L’un des jeunes m’a dit « mon Commandant, si vous ne quittez pas, je vais tirer ». Et je lui ai répondu : « Si tu tires, tu as intérêt à me gagner parce que si tu me rates, moi je ne vais pas te rater ». Par ailleurs, le Commandant du RSP réaffirme : « je n’ai pas ordonné l’arrestation des autorités, je n’y ai pas participé. Je n’ai rien à voir là-dedans ». L’accusé est dans les mains du parquet militaire. « Vous avez dit à vos hommes de rester militaires, qu’est-ce que cela veut dire ? » L’accusé : « Cela veut dire ne vous mêlez pas des questions politiques ». Puis il qui que l’occupation de la Place de la nation est une mission de contrôle de zone qui entre dans le cadre des attributions du RSP. Mais le parquet estime que la mission d’occupation de la Place de la nation est une mission de la Police. Le Commandant lance : « Je ne suis pas un policier. Donc je ne sais pas si la Police fait des missions de contrôle de zone qui est d’ailleurs une mission militaire ». En réponse à une question du parquet, l’accusé fait comprendre que comme le RSP a été dissous, ils devaient remettre l’armement impérativement. « Si on ne le fait pas, nous sommes considérés comme des rebelles et un rebelle, ça se matte ». Revenant aux éléments incontrôlés, le Commandant a confié, lors de l’audience, avoir eu des problèmes avec ces gens « avant et pendant les évènements ». A la question « pourquoi n-a-t-il pas envisagé de libérer les autorités de la Transition ? », le Commandant reprend son souffle et explique calmement : « j’ai dirigé l’unité anti-terroriste pendant cinq ans et les libérations d’otages ne s’improvisent pas. Il faut avoir un certain nombre d’informations au préalable ». Tout compte fait, il dit avoir pensé à les libérer mais « le faire avec quels hommes ? »
Le parquet continue son interrogatoire : « Pourquoi le Commandement militaire a-t-il voulu que vous restiez sur place ? Est-ce parce que vous étiez de la même promotion que ceux qui on fait mouvement sur Ouaga ? » L’accusé s’aventure en ces termes : « Il se disait qu’ils avaient besoin d’un chef pour s’adresser à la troupe ». Et le fait qu’ils soient des promotionnaires du PMK a beaucoup facilité les échanges.
Le parquet : « Le Général Diendéré occupait quelle fonction pour vous donner des instructions ? »
L’accusé : « Le Général était comme notre père spirituel. Quand je reçois des instructions du général, je me réfère toujours au chef d’Etat-major particulier de la Présidence du Faso, le colonnel major Kéré qui a pour chef le Général Diendéré ».  Le parquet estime qu’il y a une incohérence parce que le général n’avait pas de fonction officielle au RSP. Pour ce qui est du coup d’Etat manqué, « nous avons œuvré pour que la situation ne soit pas pire », affirme le Commandant qui, selon le PV de la gendarmerie, dit avoir « déploré les propos du général dans la presse laissant croire qu’il était le chef des putschistes et lui le médiateur ».  Qu’à cela ne tienne, Me Dieudonné Willy félicite son client parce qu’il est resté gérer la situation sinon, « on n’aurait pas eu une issue heureuse ».

Françoise DEMBELE

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