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REDUCTION DE LA DUREE DU MANDAT PRESIDENTIEL AU SENEGAL : Macky Sall était-il sincère ?

La bataille pour la victoire au référendum du 20 mars sur la réforme constitutionnelle au Sénégal s’annonce âpre et serrée. En effet, après que le parti au pouvoir, l’APR, a promis de remuer ciel et terre pour que le oui l’emporte, les frondeurs, eux, entendent sillonner l’ensemble du pays pour sensibiliser les Sénégalais pour qu’ils votent non. Ces derniers sont en colère contre Macky Sall qu’ils accusent de n’avoir pas respecté sa promesse de réduire la durée de son mandat de 7 à 5 ans. L’affaire est d’autant plus grave que les organisations de la société civile qui ont prêté main forte à Macky Sall pour déloger Abdoulaye Wade du palais présidentiel en 2012, se sont fait les porte-étendards de la lutte contre le oui. Et l’on pourrait dire que cette colère des OSC est tout à fait légitime. Une promesse est une dette, dit-on, et Macky Sall le sait. Tout se passe comme si Macky Sall avait fait une promesse démagogique. Il savait que (la loi disposant pour l’avenir), la Cour constitutionnelle n’accepterait pas que cette réduction de mandat s’applique à son mandat en cours. Pourquoi n’a-t-il pas démissionné après l’avis défavorable de la Cour constitutionnelle comme le général De Gaulle l’avait fait en 1969, lorsque ses réformes sur le Sénat et la régionalisation avaient été rejetées au référendum? Autant d’éléments qui nous font croire que Macky Sall n’était pas sincère lorsqu’il promettait de réduire son septennat en quinquennat, une fois parvenu au pouvoir. Il a piégé le peuple sénégalais et c’est pourquoi ces derniers se sentent aujourd’hui trahis. Pour séduire l’électorat, Macky Sall avait donné l’impression d’être un bon démocrate. Mais comme  le dit l’adage, chasser le naturel, il revient au galop. Les actes posés par Macky Sall depuis son accession au pouvoir aussi bien au Sénégal qu’au Burkina, surtout lors du putsch du 16 septembre 2015, auront montré qu’il n’a jamais été un démocrate bon teint.

Macky Sall ne devrait pas s’étonner du fait que certains de ses compagnons d’hier veulent rompre les amarres

Après Léopold Sédar Senghor, le père de la nation sénégalaise, seul Abdou Diouf a véritablement incarné les valeurs démocratiques au Sénégal. Même lorsqu’il a été battu aux élections à la régulière, Diouf a cédé son fauteuil à Abdoulaye Wade sans chercher à s’accrocher au pouvoir comme certains l’ont fait au prix de milliers de morts.  En tout cas, Macky Sall risque gros. Car si le oui ne triomphe pas au référendum, il pourrait dire adieu à un second mandat. La levée de boucliers qu’a suscitée la réduction de la durée du mandat présidentiel est la preuve que les Sénégalais sont bien à cheval sur les principes démocratiques. Et il serait fort étonnant qu’ils se laissent duper une seconde fois. De toute évidence, Macky Sall a deux solutions pour redorer son blason. La première consiste à mettre les bouchées doubles pour remporter le référendum. La seconde, c’est sa démission en 2017 pour provoquer la tenue d’élections anticipées. Mais osera-t-il prendre un tel risque? Rien n’est moins sûr. Le moins que l’on puisse dire, c’est que tout ce ramdam, à quelques jours de la tenue du référendum, est un véritable sale temps pour Macky Sall. L’homme semble pris au piège de sa propre promesse. Du reste, il est difficile de condamner l’attitude de l’opposition, notamment le PDS que certains accusent d’en faire trop. Car après tout, n’est-ce pas Macky Sall qui a donné des verges pour se faire fouetter? S’il avait tenu sa promesse, on n’en serait certainement pas là. Il a voulu ruser avec son peuple et il ne devrait pas s’étonner du fait que certains de ses compagnons d’hier veulent rompre les amarres pour soutenir l’opposition.

Dabadi ZOUMBARA

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