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REFUS DE LA JUNTE MILITAIRE AU POUVOIR DE LIVRER EL BECHIR A LA CPI

Un très mauvais présage pour le Soudan

Récemment, l'ex-président soudanais, Omar el-Béchir, a été déféré au parquet en charge des affaires de corruption à Khartoum. C’était sa première apparition publique depuis sa destitution par l'armée, en avril dernier, sous la pression populaire. La Justice soudanaise l’accuse « d’avoir possédé des devises étrangères, acquis des richesses de façon suspecte et illégale et ordonné l'état d'urgence ». Celui-là même qui avait rendu illégale la possession, sur le territoire soudanais, de l'équivalent de plus de 5.000 dollars en devises dans le sillage de l’état d’urgence, aurait, pour ainsi dire, menti voire fait un doigt d’honneur au peuple en stockant en sa résidence, l’équivalent de plus de 113 millions de dollars. Mais le président déchu du Soudan devra davantage sa descente aux enfers aux poursuites à son encontre, pour « les meurtres de manifestants durant la répression de la contestation ». Evidemment, ces chefs d’accusation font l’affaire voire le miel de la junte militaire au pouvoir qui n’avait pas hésité à sacrifier l’homme à l’éternel turban, sur l’autel de sa survie politique. Quid d’une affaire encore plus sombre et bien plus grave, pour laquelle Omar el-Béchir est visé, qui lui vaut d’être wanted par la Cour pénale internationale (CPI) qui veut le voir répondre de « génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre pour le conflit au Darfour (Ouest) », qui aura fait près de 300.000 morts, selon l'ONU ? Sur cette affaire, les militaires au pouvoir ont été sans équivoque : pas question de remettre l’autocrate déchu au tribunal international. La marque d’une empathie à l’égard d’un ancien frère d’armes à qui tous ou presque doivent leur ascension sociale mais dont ils n’auront pourtant pas hésité à se débarrasser au plus fort de la contestation ? N’y pensez même pas.

Le Conseil militaire de transition semble vouloir jouer la montre

Le refus des militaires au pouvoir, de livrer Omar el-Béchir, ne peut s’expliquer autrement que par sa peur bleue de s’exposer, en cas de comparution de l’ex-homme fort du Soudan, devant cette juridiction internationale, qui se ferait un plaisir exquis de tout déballer pour… ne pas couler seul. Ce qui, pour le général Abdel Fattah al-Burhane et compagnie, évidemment, reviendrait à se faire hara-kiri. A l’inverse, le Conseil militaire de transition peut être assuré de ne pas être inquiété tant qu’il aura pour alliés, des juges locaux de service pour faire rendre gorge à l’ex-dirigeant soudanais à propos de tous les crimes économiques et de sang, à l’exception de la tragédie du Darfour dans laquelle elle aura été mouillée jusqu’aux… galons. Ce faisant, c’est un très mauvais présage pour le Soudan.
Pour autant que l’ex-président soudanais porte l’entière responsabilité des crimes de sang dont on veut lui faire porter le… turban, et pour autant que la junte n’ait rien à se reprocher, qu’est-ce qui l’empêche d’expédier le colis à la CPI qui n’a du reste jamais cessé d’en faire la demande ? Avancer, comme la Junte au pouvoir l’a récemment laissé entendre, que ce sera au nouveau gouvernement qui se mettra en place, de décider ou non, du transfèrement de El-Béchir à La Haye, relève, en réalité, de la fuite en avant ou tout simplement d’un Ponce Pilatisme nauséeux. Face à des voix qui s’élèvent et qui sont plutôt favorables à ce que l’ex-dirigeant soudanais soit jugé par cette Cour pour garantir un minimum de transparence et d’impartialité au procès, le Conseil militaire de transition semble vouloir jouer la montre. C’est de bonne guerre ; il n’a pas intérêt à se tirer une balle dans le pied d’autant que parmi les membres de la nomenklatura actuelle, figurent des personnalités au passé pour le moins sombre, qui auraient activement contribué au massacre du Darfour. En mai 2007, la CPI n’a-t-elle pas lancé deux mandats d’arrêts internationaux contre deux Soudanais accusés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, en l’occurrence Ahmed Haroun, ancien ministre de l’Intérieur, et Ali Kosheib, l’un des principaux chefs des milices janjawid ? En toute impunité, certaines de ces ex-milices soutenues et financées, à l’époque, par le gouvernement de Khartoum, continuent d’arpenter les arcanes du pouvoir kaki ou de bénéficier de sa protection.

Cheick Beldh’or SIGUE

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