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REJET DES RESULTATS DE LA PRESIDENTIELLE BISSAU-GUINEENNE

Domingos Pereira sera-t-il entendu ?

Les Bissau-Guinéens ont décidé de tourner la page d’une longue et sombre période de leur Histoire marquée par des coups d’Etat à répétition, en confiant aux urnes le pouvoir à l’opposant Umaro Sissoco Embalo. Mais bien que ce quadragénaire et général de l’armée ait obtenu 53,5% des voix au deuxième tour du scrutin, son challenger Domingos Simoes Pereira, candidat du PAIGC, conteste les résultats qui lui donnent 46% des voix. Une volte-face qui laisse plus d’un Bissau-Guinéen perplexe puisque DSP avait promis de reconnaître les résultats avant l’annonce de ceux-ci. L’on se demande quelle mouche a donc piqué Domingos Simoes Pereira pour qu’il en arrive là ? En attendant de le savoir, l’on peut faire le constat que c’est le jeu favori des candidats  malheureux aux élections surtout en Afrique. L’on se rappelle le cas de l’opposant malien Soumaïla Cissé. Ce dernier avait rué dans les brancards pendant plusieurs mois avant de reconnaître la victoire de son rival, Ibrahim Boubacar Kéita. C’est aussi le cas, de Martin Fayulu de la République démocratique du Congo, qui continue de réclamer à cor et à cri la victoire que lui aurait volée son adversaire Félix Tshisékedi, lors de la dernière présidentielle. Même s’il y a des raisons de croire en ce dernier,  l’on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi les perdants adoptent-ils généralement cette posture de contestataires pour finir par courber l’échine? Cela dit, Domingos Simoes Pereira sera-t-il entendu ? Rien n’est moins sûr. C’est vrai que la Cour suprême n’a pas encore confirmé les résultats mais tout laisse croire que les chances de DSP d’obtenir gain de cause, sont très minces. Et cela pour plusieurs raisons. La première raison est que les observateurs de la CEDEAO, l’instance qui aura pesé de tout son poids pour que l’élection se tienne à bonne date, n’ont pas signalé de cas de fraudes de nature à remettre en cause les résultats du scrutin. La deuxième raison est que le jeu d’alliances qui a favorisé le report des voix des candidats arrivés 3e, 4e et 5e au premier tour du scrutin, en faveur de l’opposant Embalo, semble avoir bien marché. La troisième raison est que les Bissau-Guinéens ne semblent plus prêts à vivre des crises à répétition dont le PAIGC était devenu coutumier.  En outre, les divisions internes au sein de la formation politique du candidat malheureux sont loin d’accroitre ses chances d’être entendu.

La Cour suprême n’a pas droit à l’erreur

 

En tout état de cause, il faut saluer le fait que DSP ait décidé de recourir non pas à la rue mais plutôt aux voies légales pour contester les résultats. Ce qui dénote d’une bonne disposition d’esprit à éviter le chao à la Guinée-Bissau. En tout cas, ce pays qui revient de loin a besoin de tout sauf une crise. Et ce serait bien dommage que ce virage à 180 degré voulu par les électeurs bissau-guinéens, ne puisse pas aboutir à une vraie alternance. En attendant que la Cour suprême confirme ou infirme les résultats, il convient d’inviter le perdant à la retenue, à la sagesse et au fair-play. Car, tout laisse croire que le vin est tiré et il faut le boire. Gageons que le vainqueur qui se fait appeler «général du peuple », soit véritablement un homme de peuple, accepte de tendre la main à l’ensemble des acteurs politiques pour sortir le pays des eaux glauques dans lesquelles il patauge depuis Mathusalem. La CEDEAO qui soutient la Guinée-Bissau à bout de bras, doit, elle aussi, peser de tout son poids pour éviter une crise à ce petit pays aux gros problèmes que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de narco-Etat. C’est peu dire que d’affirmer que la Cour suprême a un rôle majeur à jouer. En tout cas, elle n’a pas droit à l’erreur.  

Dabadi ZOUMBARA

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