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REMANIEMENT AU SEIN DES FORCES ARMEES CONGOLAISES SUR FOND DE TENSIONS POLITIQUES

Tshisekedi opte pour la méthode douce

Le Comité laïc de coordination et des organisations de la société civile ont battu le macadam du Boulevard Triomphal de Kinsasha, le 19 juillet dernier, pour protester encore une fois, contre la confirmation par l’Assemblée nationale, de la nomination de Ronsard Malonda comme président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la République démocratique du Congo (RDC). En l’espace de dix jours, c’est la quatrième fois que des marches de protestation sont organisées à travers la RDC pour barrer la route de la présidence de la CENI à celui qui est présenté comme étant en mission commandée pour le compte du parti de l’ancien président Joseph Kabila et de ses alliés, dans la perspective des élections générales de 2023. Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette levée de boucliers risque de déboucher sur une crise politique lourde de conséquences pour ce pays-continent dont le niveau de développement est inversement proportionnel à la richesse de son sous-sol, justement à cause de l’impéritie de ses différents gouvernements et de l’inconséquence de sa classe politique. Le torchon qui brûle entre les deux alliés de circonstance au sujet de la nomination du président de la CENI, risque malheureusement de se consumer davantage dans les jours à venir, avec le refus du président Tshisekedi de confirmer Ronsard Malonda à ce poste hautement stratégique. En balayant d’un revers de manche la nomination de ce proche de Joseph Kabila à la tête de la centrale électorale, Félix Tshisekedi ne contrarie pas seulement le rêve de l’ancien président de tripatouiller les prochaines élections comme à son habitude, il l’écarte aussi un peu plus et de manière insidieuse, des instances décisionnelles pour mieux asseoir son autorité et son impérium pendant le reste de son mandat.

C’est un signal fort que Tshisekedi envoie dans le cadre de la lutte contre l’impunité

En la matière, beaucoup s’accordent à dire que l’actuel président de la RDC est un véritable orfèvre, surtout quand on pense à la méthode douce qu’il utilise actuellement pour fissurer la ‘’Kabilie’’ au sein des forces armées congolaises. La dernière victime en date de cette « chasse aux …kabilistes », est le très controversé Général John Numbi, débarqué vendredi dernier de son poste d’Inspecteur général des forces armées. C’est vrai qu’il n’y a pas de quoi pavoiser, outre mesure, quand on sait que son remplaçant n’est autre que le Général Gabriel Amisi alias Tango 4, lui aussi sous le coup de sanctions de l’Union européenne (UE) pour les crimes qu’il aurait commis en RDC depuis une vingtaine d’années, mais c’est déjà un signal fort que Tshisekedi envoie dans le cadre de la lutte contre l’impunité. N’oublions pas, en effet, que le Général Numbi a toujours été, selon les organisations congolaises des droits de l’Homme, le principal suspect dans l’assassinat de Floribert Chebeya et de son chauffeur Fidèle Bazana, en juin 2010, mais la foudre judiciaire était plutôt tombée sur des lampistes, parce que Numbi bénéficiait du paratonnerre qu’était, pour lui, l’ancien président Joseph Kabila. Exit donc l’homme qui est pointé du doigt dans plusieurs affaires criminelles au Kasaï et au Katanga notamment, mais dans la foulée, le président Tshisekedi a fait le ménage dans l’ensemble de la haute hiérarchie militaire, tout en épargnant étonnamment le chef d’Etat-major général des armées. Voilà, en tout, qui va en rajouter aux relations devenues épisodiquement caniculaires depuis un certain temps, entre lui et son prédécesseur, et qui augurent de lendemains volcaniques sur le plan politique, dans le pays du Nyiragongo.

Hamadou GADIAGA

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