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RENCONTRE GOUVERNEMENT/SYNDI-CATS :

Un face-à-face sur fond d’ébullition du front social

Sauf report de dernière minute, c’est ce matin que le gouvernement reprend langue avec les syndicats dans la salle du dialogue social de l’Immeuble Baoghin, dans le cadre des rencontres instituées entre les deux parties depuis 2008 pour discuter des préoccupations des travailleurs résumées dans le cahier des charges que ces derniers remettent au ministre de la Fonction publique à l’occasion de la Fête du travail. Initialement prévue du 16 au 22 avril, et reporté à la demande des syndicats, ce face-à-face entre les deux partenaires a lieu au moment où des mouvements sociaux sont déclenchés tous azimuts par des syndicats excédés par le non-respect des engagements pris par le gouvernement lors des précédentes crises. Ainsi, pendant que le Premier ministre et son équipe seront en train d’examiner les points non encore satisfaits contenus dans le catalogue remis au ministre de la Fonction publique depuis 2017 par l’Union d’action syndicale (UAS), un syndicat et non des moindres a appelé sa base à observer un mot d’ordre de grève du 21 au 25 mai 2019.  Le Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA), puisque c’est de lui qu’il s’agit, annonce également le boycott des gardes et permanences du 25 mai au 03 juin prochain, pour contraindre le gouvernement à mettre en œuvre un protocole d’accord que les deux parties avaient signé en 2017. Après les financiers qui n’ont jamais caché leur volonté d’en découdre avec l’Etat depuis la coupe sombre opérée dans leur fonds commun, et pendant que le personnel de l’Education et les gestionnaires des ressources humaines menacent de se radicaliser face au louvoiement du gouvernement, le Premier ministre et son équipe n’avaient pas besoin de ce bourbier dont on ne connaît encore ni l’ampleur ou la profondeur, ni les effets sur les malades.

 

Les autorités devront se dégager de ce piège infernal par des décisions fortes et hardies

 

Christophe Dabiré est d’autant plus dans une mauvaise passe que depuis que son patron et président du Faso a privilégié le « cas par cas » pour ne pas dire le « gré à gré » dans la recherche des solutions aux problèmes des travailleurs, chaque crise en appelle toujours une autre. On ne serait donc pas étonné que malgré la reprise du dialogue social ce matin même, une autre corporation rue dans les brancards dans les tout prochains jours pour se voir remettre sa part de billets, le Trésor public ayant été transformé depuis un certain temps en une espèce de self-service pour tous. Au sortir du conclave bilatéral en cours, on sera curieux de savoir par quelle alchimie le gouvernement pourra mettre fin à cette fronde sociale tout en contenant l’évolution haussière pour ne pas dire erratique de la masse salariale. Car, il faudra plus que les incantations, les professions de foi et les appels au sacrifice habituels pour convaincre les syndicats d’observer une trêve sociale, alors que le train de vie de l’Etat croît, dans le même temps, à un rythme exponentiel. On espère que Christophe Marie Dabiré, du haut de ses 71 ans, aura le tact qui tranche avec la verticalité de son prédécesseur pour amener les syndicats à accepter le sacrifice pour l’intérêt général, qui n’est pas la somme des intérêts particuliers comme l’a merveilleusement démontré Jean Jacques Rousseau dans Le Contrat social. Il va falloir donc aller au-delà du cahier de charges de 2017, devenu d’ailleurs caduc avec les accords-secrets de Polichinelle conclus entre-temps entre le gouvernement et certains syndicats, pour trouver une solution globale aux problèmes des agents publics qui sont en première ligne dans cette surchauffe syndicale que notre pays connaît depuis l’insurrection populaire. Cette solution globale pourrait ne plus s’appeler « remise à plat des rémunérations » pour éviter la bombe nucléaire que les magistrats seraient prêts à larguer sur le gouvernement au cas où, mais qui renferme ou qui comporte des formules à doses homéopathiques acceptables par tous et possiblement applicables par petites touches. Les plus sceptiques diront peut-être que c’est plus facile à dire qu’à faire, surtout avec ce gouvernement à la fois poltron et généreux, mais en dehors même de l’insoutenabilité et du non-respect des critères de convergence de l’UEMOA en matière de masse salariale, il faut être sûr qu’avec l’éveil des consciences actuel des Burkinabè, il y a des monstruosités que nos compatriotes n’accepteront plus de cautionner, et pourraient le faire savoir le moment venu, dans la rue ou dans les urnes. Les autorités,  à commencer par le président du Faso, devront se dégager au plus vite de ce piège infernal, pas par le dilatoire et le jeu trouble, mais par des décisions fortes et hardies, à commencer par exemple par la suppression des institutions inutilement budgétivores, et par le langage de vérité qu’il faudra tenir aussi bien aux syndicats qu’à certains gourous de la République qui confondent allègrement et volontairement servir le pays et se servir.  Le gouvernement pourrait donner déjà le ton à l’occasion des concertations en cours prévues pour durer toute la semaine, et nous croisons les doigts afin que du côté des syndicats, l’on soit plus soucieux, non pas de la survie de ce régime, mais plutôt du Burkina Faso en tant qu’entité homogène et viable.    

 

SIDZABDA                            

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