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RESOLUTIONS DU XVIe SOMMET DE L’OIF : La Francophonie a-t-elle les moyens de sa politique ?

 

Les lampions se sont éteints hier, 27 novembre 2016, à Antananarivo, sur le 16è sommet  de la Francophonie après deux jours d’échanges entre les chefs d’Etat présents à Madagascar. Le sommet s’est conclu avec l’adoption d’une déclaration dite d’Antananarivo et de 13 résolutions thématiques, allant de la consolidation de la paix et de la sécurité dans l’espace francophone, à la promotion de la diversité linguistique et culturelle, en passant par le développement économique et social des pays membres de l’organisation. Dans le fond, cette conférence des chefs d’Etat et de gouvernement ayant le français en partage n’est pas allée au-delà des sentiers battus et du catalogue de vœux le plus souvent pieux auxquels on nous a habitués à la fin de chaque sommet. Certes, il y a eu de nouveaux arrivants comme c’est de coutume à l’occasion de chaque biennale de la Francophonie. Il y a eu également le discours iconoclaste du Premier ministre canadien, Justin Trudeau, sur les droits des homosexuels, lesbiennes et transgenres. Mais dans l’ensemble, on n’a assisté qu’à un léger replâtrage des mêmes préoccupations moult fois énumérées mais presque jamais résolues. Est-ce parce que les membres de la Francophonie sont en panne d’imagination et manquent d’efficacité, ou parce que l’organisation n’a véritablement pas les moyens de sa politique ? On pourrait répondre qu’il y a un peu des deux, quand on sait que l’ Organisation internationale de la Francophonie (OIF) peine à faire respecter les principes qu’elle a elle-même édictés par ses membres, à commencer par la démocratie et la bonne gouvernance qui sont les choses les moins bien partagées dans l’espace francophone. Quand des chefs d’Etat qui ont, manifestement, pris des libertés avec les Constitutions de leurs pays respectifs ou qui sont sortis prétendument vainqueurs des urnes après un trucage à ciel ouvert des élections viennent se faire pour ainsi dire, légitimer aux sommets de la Francophonie, quelle crédibilité pourrait-on encore accorder à cette organisation ? Le scepticisme est encore plus grand quand on pense aux différentes adhésions dont se félicite le secrétariat général de l’OIF, surtout qu’il s’agit de pays en porte-à-faux avec les droits de l’Homme et toutes les valeurs défendues par l’organisation. Beaucoup estiment, en effet, qu’en ouvrant à tous vents les portes de la Francophonie, l’organisation ne pourra plus poursuivre un idéal collectif, encore moins prendre des résolutions qui s’appliquent à tous.

Le sommet de Madagascar a eu le mérite d’appeler une fois de plus au dialogue des cultures

Cela dit, ce n’est pas parce que des pays réputés être des soutiens au terrorisme international comme l’Arabie saoudite, ou parce que des Etats linguistiquement très éloignés de la famille francophone comme l’Argentine et la Corée du sud frappent à la porte ou y sont déjà qu’il ne faut pas reconnaître à l’OIF son importance dans le contexte actuel marqué par des crises identitaires et religieuses, et par un fossé de plus en plus abyssal entre les pays riches et les pays pauvres. En cela, le sommet de Madagascar a eu le mérite d’appeler une fois de plus au dialogue des cultures pour un monde meilleur, à la mutualisation des efforts pour venir à bout du terrorisme, et à la réduction de la fracture économique et sociale entre les pays du Sud et ceux du Nord. Espérons que le prochain sommet qui se déroulera dans deux ans en Arménie, mettra l’accent sur le bilan du plan d’actions élaboré à Antananarivo, avant de dégager d’autres pistes de solutions aux problèmes qui minent les pays membres. C’est en cela que la Francophonie sera véritablement celle des peuples, et non une simple foire comme elle est de plus en plus considérée par les Africains surtout.

Hamadou GADIAGA

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