RETRAIT DU PROJET DE REFERENDUM AU MALI . Quand la pression de la rue pousse IBK à la sagesse

RETRAIT DU PROJET DE REFERENDUM AU MALI . Quand la pression de la rue pousse IBK à la sagesse

 Le président Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) a annoncé, dans la nuit du vendredi dernier à travers une adresse solennelle à la Nation, son abandon du projet pour le moins controversé de révision constitutionnelle par voie référendaire. Avait-il vraiment le choix, quand on sait que le référendum qui était en vue a été décrié et rejeté par une bonne partie des Maliens, davantage pour des raisons d’opportunité et de timing, que par opposition au principe même de la révision constitutionnelle ? Malgré les marches et meetings de protestation organisés par la plateforme anti-référendum, et les réserves émises par des partis politiques dont certains sont réputés être proches du président, les caciques du régime tenaient à leur référendum, faute de quoi, arguent-ils, certaines dispositions de l’accord de paix ne pourraient pas être appliquées. Mais dans ce Mali où le Nord et une partie du Centre sont quasiment sous occupation des groupes armés et des terroristes, il y a mieux à faire que d’opérer un passage en force pour organiser un scrutin à la fois impopulaire et inopportun, au regard du risque élevé de boycott, d’abstention et même d’affrontements entre ceux qui en sont pour et ceux qui s’y opposent. Ibrahim Boubacar Kéita, en homme averti et instruit par la montée en puissance des sociétés civiles et des acquis que ces dernières ont pu arracher ici et là en Afrique de l’Ouest notamment, a sagement préféré  ranger son projet dans les tiroirs, afin d’éviter ce que lui-même considère comme étant une « montée des radicalités » susceptible « d’ébranler durablement la cohésion nationale ».

 

IBK a fait preuve de réalisme et de lucidité politique

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que IBK a fait preuve de réalisme et de lucidité politique en abandonnant ce pari risqué de référendum, au moment où le Mali a plus que jamais besoin d’union sacrée pour faire face aux défis et aux périls majeurs qui menacent son existence même en tant que République. A vrai dire, le président malien avait le droit avec lui, puisque même la Cour constitutionnelle a, pour ainsi dire, recommandé le toilettage de cette loi fondamentale vieille d’un quart de siècle. Mais que vaut le droit face à cette fronde qui allait crescendo et qui menaçait véritablement de fragiliser encore un peu plus ce régime déjà malmené de toutes parts ? En tout état de cause, cette reculade voulue ou forcée de IBK contribuera un tant soit peu à calmer les vagues du fleuve Djoliba et c’est tout à son honneur, car, d’autres chefs d’Etat auraient marché sur des cadavres pour rejoindre leurs bureaux de vote, comme pour dire que la volonté du chef ne saurait être contrariée. Si cette volte-face du président IBK est à saluer, il ne faudrait pas occulter le rôle ôh combien salutaire que les autorités religieuses et les notabilités coutumières ont joué dans le dénouement de la crise, à travers leurs avis et conseils donnés notamment au Chef de l’Etat. Mais la palme du mérite dans ce retrait du projet de référendum revient incontestablement aux organisations de la société civile notamment, qui ont pour ainsi dire poussé IBK dans les cordes et qui entendent désormais jouer pleinement leur partition dans la conduite des affaires de l’Etat. Le fait que des jeunes leaders d’opinion aient pu tenir la dragée haute au président de la République est en soi un signe de maturité et de vitalité démocratique, et espérons que pour le bien du Mali, l’activiste Ras Bath et les siens continueront à entretenir cette veille citoyenne pour non seulement répéter à l’envi « Anté, A baana » (nous sommes contre, un point c’est tout), mais aussi pour clamer haut et fort que « plus rien ne sera comme avant ». Gageons que le rétropédalage de IBK sera perçu par beaucoup de Maliens non pas comme un signe de faiblesse, mais plutôt comme une volonté de trouver des points de convergence entre les différents acteurs, dans l’intérêt supérieur du Mali.

 

Hamadou GADIAGA

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