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SCISSION AU SEIN DU PARTI DE HAMA AMADOU

Du pain béni pour Mohamed Bazoum  

La cacophonie a atteint son paroxysme le 19 septembre dernier au sein du Moden Fa Lumana de l’opposant nigérien Hama Amadou, avec l’organisation simultanée de deux congrès par les deux tendances rivales du parti dans la capitale des Djermakoyes, à Dosso. La tendance dite légitimiste a, à l’issue de son conclave tenu dans la salle de réunion du gouvernorat de la région éponyme, investi son candidat à la prochaine élection présidentielle de décembre 2020, en la personne du fondateur du parti, Hama Amadou. L’autre aile du parti qui s’est réunie à l’hôtel Toubal de la même ville de Dosso, a choisi Oumarou Noma comme candidat, et a propulsé ce dernier à la tête de la formation politique en remplacement de Hama Amadou déchu de ses droits civiques comme chacun le sait, après sa condamnation à un an de prison dans le dossier des bébés nigérians. C’est donc un pas de plus dans la dislocation du parti du cheval ailé qui vient d’être franchi, et tout porte à croire qu’on assistera à d’autres épisodes du feuilleton judiciaire qui oppose, depuis le 26 juillet 2019, les partisans du fondateur du parti, Hama Amadou, à ceux de son intérimaire, Oumarou Noma. A cette date en effet, le juge des référés avait déchu  le premier de son droit d’éligibilité suite à la requête du second, et depuis lors, on assiste à des querelles picrocholines entre les protagonistes de cette crise interne qui a atteint son summum le week-end dernier avec l’investiture de deux candidats pour le compte du même parti. Mais dans cette guerre de positionnement et de légalité, c’est Hama Amadou qui va probablement y perdre des plumes, quand on sait qu’il ne doit actuellement sa liberté qu’au coronavirus qui lui a permis de sortir de prison en mars dernier, suite à une grâce présidentielle de Mahamadou Issoufou dans le cadre global de la lutte contre la pandémie.

 

Il est très peu probable que la surprise de mars 2016 se reproduise

 

Rappelons que la grâce présidentielle ne réduit que la durée de la peine, et le séjour de Hama Amadou à la prison, entrecoupé de deux évacuations sanitaires en France, le disqualifie d’office, aux termes du Code électoral nigérien. Son rival, Oumarou Noma, lui, par contre, n’a pas de soucis à se faire, car rien que le 5 août dernier, le tribunal de grande instance Hors classe de Niamey a débouté le bureau politique national favorable au fondateur du parti, et l’a confirmé comme président intérimaire. Maintenant qu’il a pris les rênes du Moden Lumana au terme d’un congrès qu’il est fondé à organiser, il ne restera plus à ses contestataires qu’à poursuivre la saga judiciaire à l’issue incertaine, à rentrer dans les rangs, à créer un autre parti ou à se fondre dans une formation politique déjà existante s’ils veulent continuer à espérer d’être candidats aux élections générales de décembre 2020. Dans tous les cas, c’est du pain béni pour le candidat du parti au pouvoir, Mohamed Bazoum, qui va, si les choses restent en l’état, rouler sur du velours dans cette compétition où il aura à affronter d’autres  candidats dont les chances de consécration sont quasiment nulles. N’oublions pas en effet qu’en plus du parti aujourd’hui déchiré de Hama Amadou, l’opposition nigérienne compte en son sein une foultitude de formations politiques malheureusement animées par des hommes aux intestins fragiles et prêts à faire de ‘’l’à plat ventrisme’’ juste pour tirer leurs marrons du feu. Dans ces conditions, il est très peu probable que la surprise de mars 2016 se reproduise, notamment quand le candidat du Moden Lumana avait miraculeusement contraint le président Issoufou à un second tour, alors qu’il n’avait même pas pu battre campagne en raison de son incarcération à la prison civile de Filingué. Si tous les Nigériens épris de paix et d’alternance ont salué la décision du président sortant de ne pas briguer un troisième mandat, ils auraient voulu avoir un bien meilleur scénario pour la prochaine présidentielle, avec des candidats dignes de confiance et des programmes politiques susceptibles de ramener la paix sociale et la sécurité intérieure,  et booster le développement économique amorcé par le Niger depuis l’arrivée de Mahamadou Issoufou au pouvoir en 2011. Hélas, ça ne sera vraisemblablement pas pour cette fois-ci, et la seule chose qu’on puisse demander aux éventuels challengers de Mohamed Bazoum, est qu’ils ne se comportent pas comme des lépreux politiques, incapables de se créer des conditions nécessaires pour remporter le graal, mais prompts à se donner les moyens pour fragiliser les institutions et rendre la situation du Niger encore plus incertaine qu’elle ne l’est aujourd’hui.

 

Hamadou Gadiaga

 

 

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