SORTIE DE L’EGLISE CATHOLIQUE SUR LE REFERENDUM AU BURUNDI

 SORTIE DE L’EGLISE CATHOLIQUE SUR LE REFERENDUM AU BURUNDI

De l’eau sur les plumes d’un canard

Au Burundi, le débat sur le référendum constitutionnel du 17 mai prochain, censé ouvrir la voie de deux nouveaux mandats qui devraient permettre au président Pierre Nkurunziza, en poste depuis 2005, de rester au pouvoir jusqu’en 2034, fait rage. En effet, alors que l’opposition est vent debout contre cette forfaiture, le pouvoir a pris des mesures draconiennes visant à sanctionner toute personne qui se montrerait hostile à cette consultation populaire. Ainsi, à quelque trois semaines du scrutin, le président Nkurunziza a fait publier un décret qui prévoit une peine de « un à trois ans de prison » pour quiconque tentera de convaincre les électeurs de « s’abstenir de voter ». Pendant ce temps, le pays bruisse de rumeurs faisant état de l’arrestation de militants de l’opposition accusés d’avoir mené campagne pour le non. C’est dire si des menaces de représailles pèsent lourdement sur les contrevenants et que dans les faits, les Burundais n’ont d’autre choix que d’aller voter Oui pour l’adoption d’un texte dont ils ne connaissent même pas toute la teneur, en dehors du fait qu’il consacrera le maintien du pasteur-président au pouvoir. Pire, l’on voit déjà le bourreau de Bujumbura brandir les résultats de ce référendum comme un adoubement de son peuple, acquis à sa cause, et qui le supplierait en quelque sorte de rester, à la fin de son troisième mandat en 2020, aux commandes de l’Etat pour encore au moins quatorze années.

Si ce n’est pas du cynisme, cela y ressemble fort. Surtout quand on voit comment ce même peuple s’était mobilisé contre le troisième mandat du satrape qui n’a  pas hésité à marcher sur les cadavres de ses compatriotes pour accomplir sa forfaiture.

Le pasteur-président semble être allé trop loin pour se laisser attendrir par le sermon de ces serviteurs de Dieu

Et c’est dans ce climat de méfiance et de peur généralisées que va se tenir un référendum dont beaucoup de Burundais ne veulent pas, mais auquel ils ne peuvent ouvertement s’opposer sous peine de se trouver dans le collimateur de l’homme fort de Bujumbura et des milices Imbonerakure à sa solde. Toutefois, cela n’a pas empêché la Conférence des évêques catholiques du Burundi de donner de la voix sur l’opportunité de la tenue de ce référendum, estimant que ce n’était pas le bon moment de le tenir, puisque,  disent-ils, «selon ce que nous constatons, au lieu d’unir les Burundais, le travail qui a été fait et le projet de Constitution qui en est issu, semblent avoir exacerbé les désaccords ».

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en décidant de sortir de son silence pour dénoncer la mascarade référendaire qui se profile à l’horizon,  la Conférence épiscopale burundaise fait non seulement preuve de courage, mais aussi d’engagement aux côtés du peuple opprimé. Pour autant, son sermon sera-t-il entendu par le pasteur-président ? Rien n’est moins sûr. Au contraire, vu la détermination et l’empressement de ce dernier  à aller à ce référendum controversé et d’en finir au plus vite, il y a lieu de croire que les propos des prélats n’auront aucun effet et qu’ils glisseront sur lui comme de l’eau sur les plumes d’un canard. En tout cas, ce n’est pas ce qui fera renoncer Nkurunziza à son référendum dont le processus semble déjà enclenché avec l’ouverture de la campagne. C’est pourquoi l’on se demande si cette sortie des évêques n’est pas un coup d’épée dans l’eau, car le pasteur-président semble être allé trop loin pour reculer ou se laisser attendrir par le sermon de ces serviteurs de Dieu. Et s’il n’a pas cédé aux multiples pressions de la communauté internationale, l’on ne voit pas comment il pourrait se laisser toucher le cœur et l’âme par « le bêlement » de brebis qu’il considère comme faisant partie de son troupeau. Car, en tant que berger, c’est lui qui connaît le chemin et personne d’autre et ce chemin passe nécessairement par ce référendum qui doit lui donner les pleins pouvoirs et lui ouvrir la possibilité d’un pouvoir à vie. A tout le moins, en prenant une telle position qui va à l’encontre de la volonté du prince, les évêques burundais ne devraient pas s’étonner d’être désormais comptés au nombre des ennemis du satrape. Et l’on sait comment Nkurunziza traite ses ennemis.

Outélé KEITA

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