SOUDAN DU SUD

SOUDAN DU SUD

 L’accord de la dernière chance ?

Les protagonistes de la crise qui secoue le Soudan du Sud ont finalement accepté de signer l’accord de paix. L’acte constitue en lui-même, peut-on dire, une victoire. Car, les choses n’étaient pas gagnées d’avance. Et pour cause, Riek Machar et avec lui, l’ensemble de l’opposition, avaient refusé, entre-temps, de signer le document final, exigeant que leurs réserves y soient intégrées. Ces fameuses réserves, il faut le rappeler, portent sur le gouvernement de Transition proposé, le nombre d’Etats (provinces) qui composeraient le pays et la formulation de la nouvelle Constitution. D’emblée, l’on peut se rendre compte que les sujets querellés ne sont pas des sujets qui comptent pour du beurre. Il s’agit plutôt d’éléments majeurs qui participent de la conquête du pouvoir d’Etat dans la perspective des élections prévues pour 2020. L’enjeu est donc grand et il est de bonne guerre que Riek Machar ouvre l’œil et surtout le bon, de sorte à ne pas se laisser rouler dans la farine par le camp d’en face. Il a d’autant plus de raisons de se méfier de Salva Kiir que les hommes de ce dernier ont failli lui faire la peau pendant les combats qui avaient mis aux prises les deux camps. C’était en 2016, à Juba, la capitale. Et l’on ne compte plus le nombre de fois où les troupes des deux frères ennemis se sont livré bataille depuis 2011, date à laquelle le Soudan du Sud a accédé à l’indépendance, et cela, après une longue et meurtrière guerre contre Khartoum. En 2013, par exemple, l’on a assisté à un conflit de pouvoir entre Kiir et Machar, qui a fait des dizaines de milliers de morts et près de quatre millions de déplacés, et provoqué une crise humanitaire majeure. Depuis 2013, on ne compte pas non plus le nombre de fois où les deux frères ennemis ont signé un accord de paix sans que cela ne se soit traduit dans les actes. De ce point de vue, rien ne permet de dire que l’accord de paix signé le 12 septembre dernier à Addis Abeba, en Ethiopie, sera différent des autres.

Le fouet, dans certaines circonstances, participe de l’éducation

L’on peut d’autant plus se laisser aller au scepticisme que ce présent accord de paix a été signé au forceps par le chef rebelle. En effet, le Soudan, pays qui parraine les pourparlers de paix au Soudan du Sud, a déployé une forte diplomatie dans ce sens. A cela, l’on peut ajouter l’Igad (Organisation des Etats d’Afrique de l’Est) qui, depuis de longs mois, ne cesse de pousser Kiir et Machar à aller à la paix. Même son Conseil des ministres ouvert le 11 septembre 2018, a fait du Soudan du Sud un sujet central de préoccupation. Se sont joints également à l’effort de pacification du pays, les Etats-Unis. Les Américains, on le sait, depuis 2013, ont mis un point d’honneur à aider le Soudan du Sud à marcher sur les deux pieds. Cet investissement est d’autant plus grand que le Soudan du Sud peut être considéré comme leur bébé. Moralement et politiquement donc, l’Amérique, plus que tout autre pays, avait l’obligation de tirer le pays de l’enfer dans lequel les « deux grands enfants » que sont Kiir et Machar, ont décidé de le plonger. En tout cas, c’est sous haute pression que le chef rebelle a signé cet énième accord de paix. Et l’on peut logiquement en déduire que le cœur n’y était pas. En tout état de cause, l’on peut se poser la question de savoir si cet accord n’est pas celui de la dernière chance. La question est d’autant plus pertinente que tous ceux qui s’échinent à pacifier le Soudan du Sud sont fatigués du comportement irresponsable de Kiir et de Machar. L’Igad, les Etats-Unis, le Soudan, l’ONU (Organisation des nations unies), bref, tout le monde a des raisons d’en être agacé et de rendre par conséquent le tablier. Mais ce scénario serait catastrophique pour le peuple du Soudan du Sud qui a déjà payé un lourd tribut à l’inconscience caractérisée des deux frères ennemis. C’est pourquoi la communauté internationale, dans l’hypothèse où cet énième accord de paix viendrait à voler en éclats, doit tout faire pour que le malheureux peuple du Soudan du Sud cesse d’être l’otage de ces deux grands enfants qui refusent obstinément de grandir. S’il le faut, elle peut recourir à la coercition. Après tout, le fouet, dans certaines circonstances, participe de l’éducation des enfants en Afrique. Et ce n’est pas le peuple du Soudan du Sud qui s’en offusquerait.

Pousdem PICKOU 

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