Droit dans les yeux

STAGE MILITAIRE POUR LES ELEVES DE L’ENAM

Une mesure qui vaut son pesant… de patriotisme

Les élèves fonctionnaires en fin de formation à l’Ecole nationale d’administration et de la magistrature (ENAM) ont dégusté cette année le mouton de la Tabaski dans un contexte particulier. Et pour cause, le gouvernement a décidé de les envoyer à Bobo-Dioulasso où ils doivent suivre un stage militaire de 45 jours au camp Ouezzin Coulibaly de ladite ville. A entendre le Pr Seyni Ouédraogo, ministre en charge de la Fonction publique, cette mesure vise à inculquer en eux, entre autres, le sens du service public, le brassage, le don de soi à la patrie. En plus de ce volet civique, ils seront initiés au métier des armes. En réalité, cette mesure n’est pas une trouvaille. En effet, elle n’est pas sans rappeler le SNP (Service national populaire) sous la Révolution sankariste. A cette époque, on se souvient, tous les étudiants en fin de cycle de l’Université de Ouagadougou et les élèves fonctionnaires en fin de formation dans les écoles professionnelles, étaient obligés de suivre une formation militaire de trois mois au camp Ouezzin Coulibaly avant de rejoindre leurs postes d’affectation respectifs pour leur production. Avec le temps, le volet militaire a été supprimé pour faire place exclusivement à la production et à une sorte de badigeonnage en matière de formation civique. Il est donc heureux que le gouvernement ait décidé de rétablir le volet militaire. Et cette option peut être soutenue par les arguments suivants. Premièrement, la vie en caserne suscite un esprit de camaraderie et de cohésion. La fameuse formule de « un pour tous et de tous pour un », en ces lieux, est, en effet, une réalité. Et ces liens tissés dans la joie et dans la douleur résistent au temps. Dans le jargon militaire, tous ceux qui ont partagé ces moments à la même période, s’appellent « classe ». Et ce mot évoque la fraternité, la solidarité. Deuxièmement, la formation militaire éduque au civisme. Le respect par exemple des symboles de l’Etat, dans ce cadre, prend une dimension quasi-religieuse. Le fait de s’immobiliser pour honorer la montée des couleurs, devient un acte qui relève du réflexe. A cela, l’on peut ajouter la discipline et le respect de la hiérarchie.

On peut suggérer que la mesure soit étendue à l’ensemble des écoles de formation professionnelle

Ces valeurs, dans l’armée, sont érigées au rang de dogmes. Et cela est à juste titre. Car les grandes armées tirent leur force de ces deux valeurs centrales. Dans un Burkina où la défiance de l’autorité de l’Etat, le non-respect de la hiérarchie, l’incivisme et l’indiscipline caractérisée sont devenus le sport favori de tous, l’apprentissage de ces valeurs peut aider à soigner la République. L’on peut d’autant plus s’en féliciter que le public ciblé est constitué de futurs grands commis de l’Etat, c’est-à-dire les administrateurs, les magistrats, les cadres de l’administration scolaire et universitaire et l’on en oublie.
Troisièmement, la formation militaire inculque le sens du sacrifice et de la modestie. Et dans un contexte où tout le monde pense que l’Etat lui doit et non l’inverse, cela peut aider à inverser la tendance de sorte à conduire les uns et les autres à modérer leurs revendications. En effet, si certaines d’entre elles sont légitimes, il faut reconnaître que d’autres, par ces temps qui courent, peuvent être logées à l’enseigne des caprices. Enfin, un séjour de 45 jours dans un centre de formation militaire, peut être mis à profit pour apprendre les rudiments de l’armée. On peut, en effet, y apprendre le maniement des armes, des techniques de combat et des stratégies de renseignement. Et cet apprentissage peut être d’un apport considérable dans la défense de la patrie, par ces temps où le terrorisme est en train de sévir au pays des Hommes intègres. Comparaison n’est certes pas raison, mais l’on peut relever que les éléments de la troisième promotion du Service national populaire (1985-86), promotion dite « Georges Namoano », ont contribué à la défense de la patrie, lorsque cette dernière a été attaquée en 1985. C’était pendant la guerre dite de Noël. Ce sont eux notamment qui avaient en charge la garde des édifices publics. Et l’engagement des uns et des autres à exécuter cette mission, était total. Cette grande valeur leur a été inculquée grâce à la formation militaire reçue. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils étaient disposés à braver le froid et la peur pour faire face à l’ennemi. Pour toutes ces raisons, l’on peut affirmer que la formation militaire des élèves de l’ENAM, vaut son pesant… de patriotisme. Et c’est la raison pour laquelle l’on peut suggérer que la mesure soit étendue à l’ensemble des écoles de formation professionnelle. Mais ces mesures ne pourront obtenir les effets escomptés que si les gouvernants eux-mêmes font preuve de civisme, de droiture et de patriotisme. Cette posture est un prérequis, pour autant que l’on veuille que l’ensemble de la population épouse les mêmes valeurs. En tout cas, la méthode qui consiste à inviter la population à faire dans la vertu alors qu’au sommet de l’Etat, on fait dans le scandale public, ne peut pas prospérer dans ce Burkina post-insurrection. Et tout le monde doit en prendre conscience, à commencer par le gouvernement de Roch Marc Christian Kaboré.

Sidzabda

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