STATUT DE LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE EN RCI:A quand le tour du Burkina ?

STATUT DE LA CHEFFERIE TRADITIONNELLE EN RCI:A quand le tour du Burkina ?

Le Parlement ivoirien a adopté, le vendredi 11 juillet dernier, à l’unanimité, une loi portant sur le statut des rois et chefs traditionnels en Côte d’Ivoire. L’on se souvient que cette loi est une promesse de campagne d’Alassane Ouattara, alors candidat à la présidentielle. L’on peut donc dire que ADO a tenu parole. La grande question que l’on pourrait se poser à propos de cette loi est de savoir ce que la Côte d’Ivoire y gagne.

 

l’Assemblée nationale ivoirienne a fait œuvre utile en légiférant sur le statut de la chefferie traditionnelle

Il faut d’abord faire observer que le débat sur cette problématique a fait des gorges chaudes dans plusieurs pays africains. Le Ghana a été le premier pays de l’Afrique au Sud du Sahara, à avoir planché sur la question et à y trouver des réponses. Lesquelles vont non seulement dans le sens de la sauvegarde des valeurs culturelles liées à la chefferie traditionnelle, mais aussi dans celui de l’enracinement de la démocratie. L’on peut supposer que c’est cet esprit qui a inspiré les députés ivoiriens. En effet, si l’on s’en tient à certaines dispositions de cette loi, notamment celles qui font obligation aux rois et chefs traditionnels d’observer de la neutralité par rapport à la chose politique, l’on peut tirer cette conclusion : les Ivoiriens, qui ont été certainement instruits par le rôle néfaste qu’ont joué certains rois et chefs traditionnels pendant la grave crise sociopolitique que le pays a connue, ont voulu par cette loi, mettre cette institution multiséculaire à l’abri des dérives liées à son implication dans le jeu politique. De ce point de vue, l’Assemblée nationale ivoirienne a fait œuvre utile en légiférant sur la problématique du statut de la chefferie traditionnelle. Désormais, les rois et chefs traditionnels seront réunis au sein d’une chambre. L’Etat ne leur versera pas de salaire, mais plutôt une subvention qui pourrait les mettre à l’abri du besoin.

En attendant de voir la mise en œuvre de cette loi et surtout de vérifier si les têtes couronnées ivoiriennes respecteront scrupuleusement leur devoir de réserve et de neutralité par rapport à la politique partisane, l’on peut déjà se féliciter de cette vision qui, visiblement, peut contribuer à plus de cohésion nationale et d’avancées démocratiques. Après le Ghana et la Côte d’Ivoire qui ont eu le courage de trancher la délicate question du statut de la chefferie traditionnelle, l’on peut se demander à quand le tour du Burkina.

Le Burkina doit avoir le courage de marcher sur les pas du Ghana et de la Côte d’Ivoire

En effet, le pays des « Hommes intègres » a plus d’une raison de leur emboiter le pas.

D’abord, un statut sur la chefferie traditionnelle pourrait permettre à cette institution de s’émanciper de la tutelle souvent compromettante des partis politiques, pour se consacrer à un travail de mobilisation sociale autour des grands défis liés à la santé, à l’éducation et au vivre-ensemble des populations sur lesquelles, il faut le dire, les chefs traditionnels ont de l’ascendant.

Ensuite, une telle mesure pourrait faciliter l’enracinement de la démocratie au Burkina. En effet, dans certaines localités du pays, les chefs, peut-on dire, biaisent le jeu démocratique en orientant voire en imposant les choix politiques à « leurs sujets ». Dans un contexte notamment marqué par l’analphabétisme et l’ignorance, cette emprise des chefs sur les populations vient enlever à la démocratie toute sa saveur. Celle qui consiste notamment pour le citoyen à opérer des choix de société en dehors de toute interférence. Enfin, en légiférant sur la question, l’on peut contribuer à rendre la compétition politique plus saine, équitable et loyale. Les partis politiques, qui seront de ce fait logés à la même enseigne, se verront dans l’obligation d’abandonner l’achat des consciences de ces leaders d’opinions que sont les chefs traditionnels, pour aller directement voir les populations afin de leur vendre leurs projets de société. Dans ces conditions, l’on peut parier que la démocratie burkinabè grandira en se délestant de certaines pathologies propres aux démocraties bananières.

Cela dit, une chose est de prendre des lois, une autre est de les appliquer. Au Burkina notamment, l’implication de la chefferie traditionnelle dans le jeu politique a une histoire qui remonte à la période coloniale. Considérés jadis par l’administration coloniale comme des auxiliaires, ils ont pu se tailler une place de choix dans l’espace public. Les indépendances n’ont fait que perpétuer cette tradition. Aujourd’hui, les hommes politiques les instrumentalisent à des fins partisanes qui sont de nature à porter atteinte à la noblesse et à la dignité d’une institution dont l’utilité sociale ne peut être mise en doute. C’est pourquoi le Burkina doit avoir le courage de marcher sur les pas du Ghana et de la Côte d’Ivoire, s’il veut sauvegarder ce riche patrimoine que nous tenons de nos ancêtres et qui fonde quelque part notre identité. Mais un éventuel statut de la chefferie au Burkina ne signifierait pas que l’Etat doit y investir d’énormes ressources financières au détriment des autres préoccupations des populations, notamment celles liées à la question du chômage des jeunes. La question du statut de la chefferie traditionnelle est certes importante pour l’avancée de la démocratie, mais ce qui est plus important, peut-on dire, c’est la conscientisation et l’éducation des populations. C’est par ce biais que l’on peut faire d’elles des citoyens aptes à tirer la démocratie vers le haut.

Sidzabda

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